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Les médicaments n?échappent pas à la contrefaçon

15 septembre 2004, 20:00

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Maurice a-t-elle assez de garde-fous pour se protéger contre le dumping des faux médicaments? C?est la question que l?on se pose à la lecture de récents articles de presse concernant le marché des médicaments et de récentes informations publiées sur le Net. Néanmoins, la part du marché de l?importation parallèle, environ 5% selon des estimations officielles,permet d?assurer les consommateurs de la sécurité de la grande majorité des médicaments.

Le Porte-Monnaie a voulu faire le point sur la présence possible sur le marché local de médicaments de mauvaise qualité, ou de médicaments portant un nom de marque ressemblant à une marque renommée mais dont la composition serait quantitativement en deçà de la composition du produit imité. Précisons qu?il ne s?agit pas là de génériques.

Interrogé à ce sujet, Ravind Gaya, président de la Pharmaceutical Association of Mauritius (PAM), n?a pas exclu cette possibilité. Eu égard à l?ampleur que représente ce problème aux États-Unis comme en Afrique, on ne peut écarter la possibilité qu?il y ait des médicaments sub-standard ou tout simplement fake sur le marché.

Sans mettre en cause la compétence du Pharmacy Board ou du Trade and Pharmaceutics Committee du ministère de la Santé, Ravind Gaya est d?avis que la vigilance des autorités pourrait être trompée lors de l?importation, de sources alternatives, de médicaments ayant déjà reçu une approbation officielle. Il est clair que le président de la PAM montre du doigt les importateurs parallèles.

Il convient de relever que le problème du dumping de faux médicaments ou de médicaments de qualité inférieure inquiète aussi les autorités de grands états comme les États-Unis, aussi bien que certains pays africains. À titre d?exemple, aux États-Unis, des enquêteurs ont saisi des médicaments contre l?anémie qui contenaient 20 fois moins d?ingrédients actifs qu?indiqués.

Des pharmaciens ont aussi informé la Food and Drug Administration (FDA) de comprimés étiquetés ?aspirine? dans des flacons d?un médicament pour la schizophrénie... À la lecture d?articles de presse publiés en Amérique sur ce sujet, l?on peut conclure que le problème relève aussi des importateurs parallèles, ceux qui bénéficient auprès de centrales d?achats de prix nettement inférieurs à ceux pratiqués par les maisons mère.

Sur le continent africain, la situation n?est guère différente. Au Nigeria, presque tous les médicaments de marques renommées ou vendus sur ordonnance ont, soit une version contrefaite ou une version adultérée. Ils concernent les analgésiques, les antibiotiques, aussi bien que le traitement de diabètes ou d?hypertension.

Des sources sûres de l?industrie pharmaceutique de ce pays affirment que 40 % des médicaments sont soit contrefaits ou adultérés. Pour minimiser l?impact de ces produits, la National Agency for Food and Drug Administration and Control (NAFDAC) publie chaque semaine des listes de médicaments nouvellement identifiés faux ou adultérés avec des conseils pour faciliter leur identification.

Produits sous surveillance

Selon le directeur de cette agence, la plupart des faux médicaments proviennent de compagnies indiennes et sont transportés par des riches commerçants de retour de l?Inde. La surveillance dont font l?objet au Ghana des produits commercialisés par une compagnie indienne mérite d?être soulignée,cette compagnie étant aussi représentée à Maurice. En effet, des sanctions auraient été réclamées contre une compagnie indienne basée à Ahmedabad. Le gouvernement ghanéen la soupçonne de vendre des produits de qualité inférieure.

De son côté, le représentant de cette compagnie dans ce pays, lui-même un Indien, a fait des allégations à l?effet que la commercialisait des produits à l?approche de leurs dates d?expiration. De plus, contrairement à la pratique établie, de nombreux produits distribués par cette compagnie n?avaient jamais reçu l?aval de l?autorité concernée de ce pays.

Notre enquête au niveau de certaines pharmacies, à Maurice, a confirmé la présence d?une dizaine de produits commercialisés par la même compagnie indienne. Interrogé, Kentish Sooriamoorthy, directeur de Hygea Pharma, représentant de la filiale indienne à Maurice, affirme que ces produits sont sûrs. Il a toutefois déclaré que, si des informations précises quant aux pratiques commerciales douteuses de cette compagnie lui sont prouvées, il mettra fin à l?importation des produits de cette compagnie.

Au cours d?une rencontre, hier avec le directeur des services pharmaceutiques du ministère de la Santé, M. Gérard Requin a assuré l?ICP que tout a été mis en ?uvre pour mettre au clair cette affaire. Il a toutefois affirmé que, eu égard à la présence de médicaments adultérés dans de grands pays, il serait hasardeux d?affirmer que Maurice serait à l?abri.

L?ICP, pour sa part, est d?avis qu?un relâchement de la part du Pharmacy Board dans l?octroi du permis d?importation de certains produits pourrait avoir permis à ces produits d?être écoulés à Maurice. Dans une lettre adressée au ministère de la Santé cette semaine, l?ICP demande une analyse quantitative et qualitative de tous les médicaments distribués par cette compagnie afin d?assurer les consommateurs de leur efficacité.

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