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Les médias parlent-ils trop de la crise ?
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Les médias parlent-ils trop de la crise ?
«C?est bon, on a compris... La Bourse chute ! Tout ce que vous faites n?est que de la dramatisation à sensation et vous empirez les choses en effrayant vos lecteurs. C?est scandaleux !» Voilà l?une des réactions reçues par «Le Monde.fr» quant à son traitement de la crise financière. Force est de constater que ce type de commentaire n?est pas isolé.
Ici et là sur le Net fleurissent les interrogations sur le traitement médiatique de la crise. Récemment sur «Canal+», le socialiste Jean-Luc Mélenchon s?est emporté contre «tout un personnel médiatique, politique et économique qu?il faut pousser vers la sortie», avant de s?en prendre directement à un journaliste de «TF1». La question est donc posée : les médias en font-ils trop sur la crise financière ? Pour Eric Bleines, directeur général délégué de la société de gestion CCR-Action, «même si le devoir des médias est d?informer», cette médiatisation massive de la crise peut faire «paniquer les gens» si elle n?est pas accompagnée d?un minimum d?analyse.
Même s?il estime que «l?atmosphère électrique des marchés financiers atteint le tout un chacun dans des proportions déraisonnables», le financier n?a pourtant pas constaté de conséquences directes sur son travail. Il rapporte «avoir reçu un nombre important d?appels personnels» pour lui demander conseil, mais n?a pas enregistré de retraits massifs.
Pour Grégoire Biseau, rédacteur en chef du service «Eco-terre» de «Libération», «à partir du moment où vous êtes un média généraliste, traiter de la plus grande crise financière du siècle, dont les répercussions vont toucher nos lecteurs d?une façon certaine et probablement durable, ça me paraît aller de soi.» Alain Frachon, directeur de la rédaction du «Monde», ne dit pas autre chose.
Grégoire Biseau estime par ailleurs que «le travail d?un journaliste, c?est de rendre compte d?une réalité», et que «si l?on pense aux potentielles conséquences négatives d?un papier, on arrête de faire ce métier». Reste que faire sa Une et consacrer plusieurs pages intérieures à cette crise financière depuis plusieurs semaines pourrait, à force, lasser le lecteur. C?est peut-être tout le contraire : «L?analyse qu?on en fait à la direction de Libération, c?est qu?au contraire, il y a peut-être un effet addictif, explique-t-il. Comme un feuilleton avec chaque jour desrebondissements.»
Pour les deux rédactions, la confirmation de l?intérêt des lecteurs pour cette actualité vient des ventes. «Si je m?en tiens aux chiffres de ventes, explique Alain Frachon, nous ne saturons pas nos lecteurs. Au contraire, nous gagnons des lecteurs en essayant d?expliquer par le détail et en donnant du sens à ces événements.» Même constatation du côté de «Libération» : «Compte tenu de la situation difficile de la presse, rapporte Grégoire Biseau, si on n?était pas suivi, on aurait tempéré notre couverture. Au contraire, on a vu une montée progressive des ventes à mesure que la crise s?approfondissait. A priori, c?était un pari plutôt payant.»
© Le Monde 2008
Distribué par The New York Times Syndicate
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