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Les médecins légistes ont répertorié quinze traces de blessures sur le corps de Rajesh Ramlogun
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Les médecins légistes ont répertorié quinze traces de blessures sur le corps de Rajesh Ramlogun
Bleus, écorchures et enflures. Telles sont les blessures qu?ont relevées les médecins légistes ayant participé à l?autopsie de Rajesh Ramlogun, le samedi 14 janvier. Le médecin légiste de la police, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, et le Dr Amah Charya Gujjalu, médecin légiste à la retraite dont les services ont été retenus par la veuve de Rajesh Ramlogun, ont été entendus hier. Ils intervenaient dans le cadre de l?enquête judiciaire instituée pour faire la lumière sur la mort du suspect alors qu?il était en détention policière.
Ils ont comptabilisé au total 15 traces de blessures lors de l?examen post-mortem. Elles étaient, soutiennent les deux médecins légistes, ?clairement visibles? à l??il nu. Ils se sont également appuyés sur les photos de l?examen post-mortem pour soutenir ce fait.
Leur version diffère de celle des médecins de l?hôpital Jeetoo, qui ont ausculté le détenu avant qu?il ne meure, lors de ses deux admissions, le vendredi 13 et le samedi 14 janvier. En effet, le Dr Amatoola Essoof, la doctoresse Sunita Ramsewak, le Dr Farook Bholah et le Dr Bushan Oree ont soutenu dans leur témoignage lors de l?enquête judiciaire, ?qu?aucune blessure externe? n?a été relevée au cours de leur examen du patient.
Un de ces quatre médecins nous a déclaré que ?notre principal souci était de sauver le patient car il était arrivé à l?hôpital dans un état comateux. Il nous fallait d?urgence un CT scan car nous soupçonnions de graves problèmes neurologiques. De ce fait certains blessures ont pu nous échapper d?autant qu?elles n?étaient pas évidentes (obvious)?.
De toute façon, dit-il, les autres blessures externes, dont celles sur la plante des pieds, ne peuvent être la cause du décès. Cela rejoint la version des médecins légistes, la cause du décès est due à une hémorragie intra-cérébrale. ? Je devais me concentrer sur comment sauver le patient et non sur ce qui l?a mis dans cet état.?
<B>Blessures remontant à 48 heures au moins</B>
Dans son rapport intérimaire produit en cour, le Dr Gungadin, lui, note les points suivants : Des bleus de formes irrégulières au pied droit, à la jambe gauche, sur la plante des deux pieds, au talon droit, sur le cou, au bras droit, à l??il et à l?arcade sourcilière gauche, une écorchure de dimension de 4 x 5 cm sous l?oreille gauche et une écorchure de 2 cm en haut de la fesse gauche. L?examen interne du cadavre a permis de conclure entre autres aux observations suivantes sur la cause du décès : ?Sub-arachnoids hemorrhage on left cerebral hemisphere, hematoma with contusion necrosis and small sub-dural hemorrhage in the right middle cranial fossa.?
Le Dr Gungadin a soutenu que la cause du décès est un intra-cerebral hematoma with brain necrosis. évoquant les raisons ayant pu l?avoir entraîné, le médecin avance l?hypertension, un dysfonctionnement du système sanguin, une malformation congénitale des vaisseaux sanguins du cerveau, un coup violent à la tête avec un objet contondant ou une chute avec la tête heurtant le sol. Toutefois, a- t-il renchéri, aucune indication ne peut accréditer la thèse de l?hypertension ni celle de malformation congénitale. Le Dr Gungadin est d?avis qu?une chute est probablement responsable de la mort.
Revenant aux blessures relevées sur la plante des pieds du suspect, le Dr Gungadin estime que ces blessures ont été provoquées entre 48 et 72 heures avant le décès. Il n?a pas voulu se prononcer sur la question de déterminer si la victime elle-même a pu s?infliger ces blessures.
Les conclusions de Dr Amah Charya Gujjalu sont elles sans équivoque. La cause du décès est un coup fatal porté sur le côté gauche de la tête : ?traumatic intra-cerebral hemorrhage following facial and head injury?. ?Le coup porté à la face gauche a secoué et entortillé le cerveau. Durant la secousse, les tissus du cerveau ont heurté et frotté contre les parois de la boite crânienne?, a-t-il expliqué en cour.
Le Dr Gujjalu exclut la thèse qu?une chute aurait provoqué la mort de Rajesh Ramlogun. Justifiant ses conclusions, le médecin affirme que lorsqu?une personne tombe et que sa tête heurte le sol, il ne peut avoir plusieurs points d?impact sur le visage comme dans le cas présent. De même dit-il, en cas de chute dans cette position (sur le côté gauche), la victime aurait dû avoir au moins des blessures à l?épaule gauche. Tel n?était pas le cas.
Revenant à la cause du décès, le Dr Gujjalu est d?avis que les blessures sur le côté gauche ont été causées par un seul coup fatal : gifle ou coup de pied sur cette partie du visage. Les blessures sur la victime ont été faites environ 48 heures avant sa mort.
L?enquête judiciaire se poursuit aujourd?hui devant le magistrat Raj Seebaluck avec l?audition de la veuve de la victime, Bindu Ramlogun, et du constable Kwan Cheung, affecté au centre de détention de Line Barracks.
Le premier jour de garde à vue du suspect, dans la soirée du jeudi 12 janvier, le constable Kwan Cheung avait inscrit dans le diary book, à 22 h 53 qu?il avait observé des ?red marks and scratches on the left cheek?.
<B>Six éléments de la MCIT au CCID</B>
■ La journée d?hier a été marquée par l?interrogatoire de six éléments de la Major Crime Investigation Team (MCIT). Ces policiers ont été appelés à expliquer les circonstances dans lesquelles ils ont eu des contacts directs ou indirects avec Rajesh Ramlogun avant que ce dernier ne rende l?âme à l?hôpital Jeetoo, le samedi 14 janvier.
Les policiers concernés sont Kawol, Jean Baptiste, Husnoo, Duljeet, Ramcharan et la policière Philogène. Le ?sub-inspector? Jean Louis responsable du centre de détention d?Alcatraz a aussi été interrogé hier sur les procédures à suivre concernant la visite de policiers à Alcatraz lorsqu?ils ont à déposer ou récupérer un détenu.
Ranjit Jokhoo, dont la déposition sur l?affaire de brutalité policière a déjà été consignée par le Central Criminal Investigation Department (CCID), lundi dernier, devra bientôt donner de nouvelles précisions à la police. Cette rencontre pourrait se faire aujourd?hui. Il en sera de même pour chef de la MCIT, le surintendant Prem Raddhoa, qui sera confronté à ses collègues. Ce dernier a lui-aussi consigné sa déposition le lundi 16. D?autre part, l?enquête initiée par le CCID se poursuit pour faire la lumière sur les allégations de brutalité policière qu?aurait fait subir Raddhoa et ses hommes à Avinash Ramgotee, neveu de Ramlogun. Le témoignage des médecins légistes (voir texte principal) a suscité un vif intérêt à tel point que plusieurs enquêteurs du CCID se sont rendus au tribunal de Port-Louis.
COMMISSION DES DROITS DE L?HOMME
<B>Prem Raddhoa maintient sa version</B>
■ Le responsable de la Major Crime Investigation Team (MCIT), Prem Raddhoa, a longuement déposé, hier, devant la Commission des droits de l?homme. Après une audition de plus d?une heure, il est ressorti de marbre. Il n?a pas souhaité faire de commentaires aux journalistes. Cependant, pour rester cohérent avec ses déclarations précédentes, il a nié toute participation à l?interrogatoire de Rajesh Ramlogun. Il a maintenu, devant les commissaires, qu?il n?a pas de lien direct avec ce qui s?est passé. Le sergent Dishiraj Jugdawoo avait lui affirmé, lors de sa déposition, que Prem Raddhoa avait donné des instructions, à travers Ranjit Jokhoo, pour garder à vue Rajesh Ramlogun. Les membres de la commission devront avant tout établir s?il y a eu ?foul play?. Une fois cette thèse accréditée, les responsabilités seront partagées entre les membres de l?équipe, compte tenu des dépositions entendues jusqu?ici. La Commission des droits de l?homme a également entendu l?inspecteur Ranjit Jokhoo hier. Ce dernier a expliqué les différentes étapes de l?arrestation de Rajesh Ramlogun, le 12 janvier, jusqu?à son interrogatoire. Dans la soirée du 12, l?interrogatoire a eu lieu vers 18 h 30 jusqu?aux environs de 22 heures. Devant la commission, Ranjit Jokhoo a soutenu qu?il était dans les locaux de la MCIT au moment de l?interrogatoire mais qu?il n?a pas participé à l?exercice. Son rôle en tant que ?supervising officer? de cette équipe était de coordonner le travail. Ce soir-là, il était resté au bureau, dans l?éventualité où il y aurait des déplacements à faire : les policiers interrogeant le suspect ne pouvaient en effet prendre sur eux d?organiser les différentes sorties. La dernière image qu?il a de Rajesh Ramlogun est celui-ci mangeant un pain qu?il lui avait offert, à la fin de son interrogatoire. Par ailleurs, Homadeven Manaroo, l?un des agents qui ont escorté l?officers du détenu des bureaux de la MCIT au ?Detention Centre? de ?Line Barracks? (Alcatraz), le soir du 12, a également donné sa version des faits, hier à la Commission des droits de l?homme. Le constable Homadeven Manaroo, arrêté la semaine dernière, a nié toute participation dans cette affaire. Le constable Paramavisen Arnasala, dans la même équipe que son collègue Manaroo, et le constable Sudesh Lutchmun, seront entendus cet après-midi. Comme leurs avocats n?étaient pas disponibles, leur déposition prévue pour hier a dû être reportée.
DROITS DE L?HOMME
<B>Que faire quand état et justice vous abandonnent ? </B>
?La reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.? Ainsi débute le préambule du pacte relatif aux droits civils et politiques. Même si certains fonctionnaires ne semblent pas le réaliser, Maurice a ratifié non seulement le pacte, mais aussi son protocole facultatif. De ce fait, n?importe quel Mauricien peut porter à l?attention du Comité des droits de l?homme des Nations unies un problème de droits humains.
Ce recours est rendu d?autant plus intéressant que la Commission nationale des droits de l?homme (CNDH) n?est pas habilitée à prendre des sanctions contre les fonctionnaires qu?elle trouve coupables d?infraction. En effet, malgré toute sa bonne volonté, la CNDH est obligée, de par la loi, de référer les cas de brutalité policière au Directeur des poursuites publiques (DPP). Ceux-ci n?aboutissent que très rarement à des sanctions concrètes contre les protagonistes.
En ratifiant le protocole facultatif, Maurice reconnaît donc la compétence des 18 membres du comité ?pour recevoir les requêtes émanant de particuliers relevant de sa juridiction qui se disent victimes d?une violation d?un des droits humains?. Par les temps qui courent, c?est-à-dire quand l?Etat ? représenté par ses forces de l?ordre - se rend coupable de violences contre ses propres citoyens, il est pertinent que ces derniers sachent de quelles armes ils disposent. La brutalité policière constitue une violation du droit à la sûreté, entre autres.
Ainsi, tout citoyen peut soumettre une requête au Comité. Elle doit toutefois répondre à une condition sine qua non : que tous les recours nationaux, telles les démarches auprès des tribunaux et autorités, soient épuisés.
Pour alerter le Comité, une simple lettre suffit. Elle doit être soumise par écrit et signée. Elle doit, en outre, contenir des détails essentiels, tels nom, nationalité, date de naissance et préciser ?contre quel Etat (Maurice) ou partie votre plainte est dirigée?. Elle doit présenter ?chronologiquement, tous les faits sur lesquels votre plainte est fondée?. Pour être recevable, votre plainte doit, bien sûr, également prouver que toutes les filières locales ont été suivies en vain.
Si le Comité juge recevable la requête, elle est communiquée à l?Etat qui a six mois pour ?présenter ses observations?. Vous avez ensuite deux mois pour répondre à celles-ci. L?affaire est désormais prête pour que le Comité tranche. Même s?il existe une procédure pour les cas urgents, sa décision peut prendre plusieurs mois, voire des années.
Mais, comme le soutient Shirin Aumeeruddy-Cziffra, le jeu en vaut la chandelle. En 1976, elle s?était plainte au Comité, avec deux autres femmes, de nouvelles lois discriminatoires sur l?immigration. ?La procédure est très facile et elle fait une différence. En alertant l?opinion publique nationale et internationale, on fait savoir au gouvernement qu?il ne respecte pas les conventions qu?il a signées?, explique-t-elle. Surtout quand les décisions des institutions locales des droits de l?homme dépendent ?soit du gouvernement, soit du DPP?.
Pour rappel, ces lois stipulaient que seules les épouses de citoyens mauriciens étaient à l?abri de la déportation et étaient des résidents de facto de Maurice. Par contre, les époux de citoyennes mauriciennes n?étaient plus automatiquement résidents et pouvaient être déportés à n?importe quel moment. En 1981, le Comité rend sa décision. Les lois en question interfèrent de façon ?arbitraire et illégale? avec l?unité de la famille. Le premier cas africain devant le Comité résulte donc en une victoire pour les plaignantes !
Au cas où le jugement est favorable au plaignant, l?Etat a trois mois pour présenter les mesures prises pour ?donner effet aux constatations du Comité?. Celui-ci indique finalement quelles mesures, tels le ?versement d?une indemnité ou la libération d?une personne détenue (?) pourraient constituer une réparation appropriée?.
Cessez donc d?être une victime. Si l?Etat vous abandonne ou abuse de ses pouvoirs, vous pouvez agir en vous adressant à l?équipe des requêtes du haut-commissariat des Nations unies aux droits de l?homme à Genève (1211 Genève 10, Suisse - Fax : +41 22 917 9022).
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