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Les misères des Chagossiens racontées

16 septembre 2003, 20:00

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La question chagossienne passionne ces jours-ci les Britanniques. Les tribulations de ce peuple font l?objet d?un ouvrage récemment publié par Mark Curtis, un spécialiste anglais des affaires internationales. Intitulé Web of Deceit ? Britain?s Real Role in the World, le livre consacre un chapitre (Diego Garcia: Removing People from History) au dossier chagossien.

C?est au début de 1968 que le gouvernement britannique décide de déplacer 1 500 îlois des Chagos, rappelle l?auteur. Le but était de permettre aux Américains d?installer sur Diego Garcia, la plus grande île de l?archipel, une base militaire. L?opération se déroule ?en cachette, afin de ne pas alerter l?opinion internationale sur cet acte illégal aux termes du droit international?.

S?appuyant sur des documents secrets pour faire le procès des différents gouvernements qui se sont succédé, Mark Curtis déplore ?l?indifférence? de la classe politique et des médias anglais. L?auteur est plus sévère encore lorsqu?il évoque ?les man?uvres bien orchestrées? pour cacher l?existence même d?une population indigène sur les îles Chagos. Il s?agissait de faire croire au monde qu?il n?y avait pas là d?habitants permanents. Reconnaître qu?il y en avait aurait signifié que les droits démocratiques de la population locale auraient eu à être préservés. Pour éviter cette situation, les Britanniques ont tenté ? avec succès ? de les catégoriser comme une ?floating population? qui aurait des origines mauriciennes et seychelloises.

A partir de 1965, le Foreign Office et par la suite le Commonwealth Relations Office devaient demander à toutes les ambassades britanniques à travers le monde d?éviter toute référence aux habitants permanents. Dans une note que le secrétaire aux Affaires extérieures d?alors, Michael Stewart, adressa au Premier ministre Harold Wilson, il était question de traiter les Chagossiens de travailleurs contractuels affectés sur l?archipel. Un avis légal du Foreign Office émis en janvier 1970 évoque même la nécessité de ?maintain the fiction? au sujet du statut des Chagossiens.

Deux décennies plus tard, Margaret Thatcher, Premier ministre conservateur, adoptait la même position. Dans une déclaration à la Chambre des communes, elle soutenait que les îlois avaient obtenu des assistances financières ?considérables? pour faciliter leur implantation à Maurice. ?Leur avenir se trouve dans ce pays?, dira-t-elle aux députés. Selon l?auteur, le gouvernement travailliste essaya de maintenir la ?fiction? au début du 21e siècle en s?appuyant sur l?argument de ?travailleurs contractuels? devant les tribunaux.

Mark Curtis décrit aussi les méthodes employées par les Anglais afin de priver les Chagossiens de la nationalité britannique. Les autorités britanniques s?inquiétaient de cette question dès le début de toute l?histoire. En 1968, le ministère de la Défense précisait qu?il était ?of cardinal importance that no American official? should inadvertently divulge that the islanders have dual nationality?.

Le combat contre le retour des Chagossiens à leur terre d?origine par le Foreign Office, est aussi raconté. La Grande-Bretagne devait évoquer ?des raisons pratiques? et le facteur sécurité. L?auteur dresse enfin un parallèle entre la manière dont les Anglais ont traité le dossier des Chagos et celui des îles Malouines. ?L?invasion des Malouines fut combattue avec acharnement par les forces britanniques au coût de plusieurs vies et de plus d?un milliard de livres. Diego Garcia fut, lui, livré (aux Américains) sans ses habitants.?

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