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Les miettes à la culture ?

15 mai 2006, 00:00

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C?était leur tour. L?ont-ils raté ? Mercredi, dans le cadre des consultations pré-budgétaires, Rama Sithanen, vice Premier ministre et ministre des Finances, recevait les ?organisations socio-culturelles?. Vocable inapproprié sous lequel se sont présentés Zul Ramiah, président du conseil d?administration du Mauritius Society of Authors (MASA) et Dev Chooramun, président de l?Action pour la créativité artistique (ACA), regroupement de plasticiens comptant une vingtaine d?années d?existence.

Ils étaient prévenus. Le signal de Rama Sithanen est, on ne peut plus clair. Les maîtres mots du grand argentier étant ?responsabilité?, ?sacrifice?, ?retenue? et ?solidarité?.

Dans ce contexte de ?maîtrise des dépenses?, Zul Ramiah a demandé que la subvention de Rs 1 million accordée à la MASA ne soit pas revue à la baisse.

Le représentant de l?ACA a pour sa part plaidé pour la création d?un musée d?art contemporain. Selon son raisonnement, l?avalanche d??uvres d?art en provenance de l?étranger ?tue? la productivité locale. Il a demandé l?intervention du gouvernement pour aider les artistes à placer leurs produits dans les établissements hôteliers, là où ils ont le plus de chances d?accrocher le touriste.

Un musée d?art contemporain ? Voilà qui est curieux. Si dans l?absolu, ce type d?institution est un must, un simple coup d??il à la situation actuelle fait tiquer. Nous pensons évidemment à la National Art Gallery (NAG) ? qui n?est une galerie que de nom. Si elle a bien ouvert une galerie virtuelle sur le Net, la NAG n?a pas d?espace d?exposition propre à elle. Exemple concret : pour sa dernière manifestation en date, c?est-à-dire la Triennale d?art contemporain, elle a dû avoir recours au Mahatma Gandhi Institute, au Mauritius Institute, à la galerie Max Boullé et à celle du Lake Point à Curepipe. Une absence d?adresse fixe joliment emballée dans une volonté de décentralisation de l?accès à l?art plastique contemporain. Déjà qu?une institution existante manque cruellement de moyens, demander d?en créer d?autres relève du fantasme.

Mais au-delà de ces considérations somme toute nombrilistes, les deux représentants prêchant pour leur paroisse ? quels sont les véritables enjeux du secteur culturel ?

Non, nous ne l?oublions pas. Les temps sont difficiles. Mais comment ne pas placer le Plaza en tête des chantiers nécessitant l?attention des finances de l?état. C?est justement la question de gros sous qui retarde la remise à neuf d?un théâtre fermé depuis pratiquement deux ans?pour cause de rénovation. La facture est désormais estimée à Rs 250 millions et plus le temps passe, plus le Plaza se casse. Sa rénovation est nécessaire pas seulement pour la valeur historique et patrimoniale de l?édifice mais surtout pour son potentiel économique.

Un Plaza qui marche, ce n?est pas seulement un lieu d?expression et de divertissements, mais surtout une source de revenus non négligeable pour la collectivité locale. Dans le même ordre d?idées, le potentiel économique des artistes a son rôle à jouer dans le rétablissement de l?équilibre des comptes de l?état, à travers des mesures ciblées. Et non seulement, à travers des discours les incitant à se constituer en PME.

Au sein de la famille, quand le porte-monnaie va mal, c?est sur le superflu, souvent sur ? le culturel? que l?on rogne. On diminue, voire on supprime les sorties au cinéma, au théâtre. On hésite à s?offrir le dernier livre de son auteur préféré, on devient frileux quand il s?agit de faire l?acquisition d?une ?uvre d?art. Question de priorité. Transposée au niveau des finances publiques, la formule effraie. Nous voulons croire que la politique d?austérité de Rama Sithanen ne se fera pas au détriment de la créativité.

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