Publicité
Les meilleures réminiscences littéraires de l?année écoulée
Par
Partager cet article
Les meilleures réminiscences littéraires de l?année écoulée
Laval Ng, sans doute notre bédéiste le plus connu au-delà du Bell Buoy, était déjà à mi-chemin entre l?art (objet d?un précédent débat) et la littérature (objet du présent débat). On retrouve ce bon voisinage mais à un niveau à la fois plus esthétique et plus littéraire avec l?album mi-poétique mi-artistique d?Evelyne Piat, Au rythme du temps.
? On a dit que ce livre merveilleux est le passeport artistique d?un pèlerin de l?absolu. ? Superbement illustré par quelques-unes de nos artistes-femmes?
?? de nos peintres-fées?
?? les plus prometteuses
? Ce cri du c?ur demeure, il est vrai, le souvenir le plus lumineux de l?année 2003.
? Mamade Kadreebux nous a également donné le tournis à force de nous faire languir, dans Life in the shadows, entre les clichés intériorisés dont il est capable et le récit de son incroyable odyssée qui transformera successivement l?obscur enseignant du collège Montpellier qu?il a été, à la fin des années 1960, en un boursier du gouvernement pakistanais, un SDF sur les routes de l?ancien et du nouveau mondes et, pour terminer, un portraitiste lumineux de l?âme humaine, celle-ci se laissant photographier si l?on sait la voir et la comprendre de l?intérieur.
? Quittons, à présent, ces lisières où images et mots se côtoient pour s?enrichir mutuellement et pénétrons un autre monde où seule compte la force des mots?
?? la force des mots qu?on explore?
?? qu?on dissèque?
?? qu?on explose comme les feux d?artifice de la dernière Saint-Sylvestre?
?? cum Darius
? Et quel maître artificier que Maëva Poupard
? Des explosions de mots et de rire à vous décrocher la machoire.
? Des histoires lunatiques dont on ne se lassera jamais.
? Des étincelles à l?état brut fourmillant autant qu?un feu de camp qu?on secoue pour le libérer de son trop plein d?énergie.
? Elle nous fait voir autant de couleurs que notre Malcolm national.
? Son arrière-grand-oncle maternel
? Rien n?est pourtant plus doux à notre c?ur que ces poèmes ressuscités de Robert Edward Hart, le chantre de la mer Indienne où ses pères ont arrêté l?élan de leur nef.
? Sachons, comme lui nous contenter de l?essentiel?
? Un bois de filao près de la mer musicienne
L?ombre ancienne
La clarté de demain
Et surtout
Palpitant au creux de mes mains
Les ailes un peu meurtries
L?oiseau fabuleux de la vie
? Ou encore de ce miracle de communication entre enfants qui s?aiment
? Une chanson entre deux silences
Un peu d?âme entre deux chairs
Un instant d?éternité
Entre deux clartés
Un magnétisme entre deux mains
Un dieu entre deux humains
? Hart n?est pas le seul de nos poètes immortels à avoir été ressuscités en 2003. Savinien Mérédac l?a été tout autant et à deux reprises :
? La réédition de Labec Bouloire par Barlen Pyamootoo, en est la première.
? Et l?accession de son petit-fils, Paul Bérenger, au poste de Premier ministre, la seconde.
? Accession que d?aucuns qualifièrent de « revanche des pauvres bougres ».
? Mais que l?on a imprudemment anticipée comme la fin des tabous obsolètes du communalisme scientifique.
? L?absence de tout remaniement ministériel le prouve abondamment.
? De plus, nous attendons toujours la réédition de Polyte et de Miette et Toto.
? Sans savoir si le Premier ministre a certainement refusé ce qu?ont dû lui proposer ses ministres de l?Art et de l?Éducation.
? À savoir, l?inscription de Pauvres Bougres dans la liste des manuels de littérature française des classes terminales.
? Polyte devenu aujourd?hui un extracteur de sable pleurnichant parce qu?on ne lui permet plus de polluer le gagne-pain de cette grande gueule de Polyte.
? Un 30 septembre 2003 qui prend peut-être naissance dans l?hypersensibilité d?un grand-père pour les plus pauvres et transmise au petit-fils par une Mère-Courage exemplaire.
? Ne quittons pas les rives mauves du militantisme des années de braise sans rappeler le souvenir pourtant récent de l?éloge mérité rendu à la « Collection Maurice » de Rama Poonoosamy.
? En regrettant que la sortie de chaque nouveau numéro de cette collection littéraire incomparable ne soit pas davantage un événement littéraire dûment salué par ceux se piquant d?avoir de l?esprit et de plus de lettres que les trois formant le mot sot.
? Il faut le redire et le répéter. La formule mise au point par Rama Poonoosamy, Barlen Pyamootoo et Dharma Mootien offre aux amateurs de Belles Lettres une intéressante anthologie comparative mettant en exergue nos meilleurs prosateurs d?expressions française, anglaise et créole.
? Il y a la « Collection Maurice » mais on pourra désormais compter sur le Nouvel Essor.
? Autre miracle de résurrection à mettre au crédit de l?Alliance française, de Priscille Rochecouste-Collet et de leurs collaborateurs.
? André, non pas Malraux, mais Decotter l?avait dit pour expliquer la mort de l?Essor fondé en 1919 par Oscar Grancourt et autres : « Les temps avaient changé. L?intérêt s?était détourné vers d?autres objectifs. Le besoin de culture prenait d?autres envols? Il y a un temps pour mourir? »
? Et un temps pour renaître.
? Accouchement certes difficile. Mais qu?importe le parcours du combattant. Seules comptent ces nouvelles briques littéraires qui s?ajoutent aux précédentes et agrandissent d?autant notre patrimoine littéraire.
? Mais les temps deviennent encore plus difficiles qu?auparavant.
? De nouvelles désillusions ont explosé aussi facilement que des bulles de savon.
? Nous avons pris des écueils pour balises et des repaires pour repères.
? Nous voici autant désemparés que Lavigilante, l?esclave mis en scène par Serge Ng Tat Cheung et découvrant avec stupéfaction que son maître, LE maître, peut avoir l?âme encore plus méchante que le dernier des derniers. Celui qui a les raisons les plus légitimes de maudire à jamais le monde cruel qui l?entoure.
? Plus que jamais, la prudence et la vigilance demeurent de mise.
? Il nous faut réfléchir davantage, faire preuve d?un plus grand discernement avant de faire confiance à ceux qui se prétendent vouloir nous guider sur les routes de la Vérité et de la Justice.
? Rien ne remplacera l?effort intellectuel personnel que nous devons toujours nous sentir capable de faire sous peine de déchoir à nos propres yeux.
? On le rappelait déjà à la fin de 2002 : mieux qu?un Festival du Livre, une fête de la lecture à la maison.
? Nous devons vénérer le Livre sous toutes ses formes. Hanter nos librairies même si notre poche est vide. Rien que pour nous rappeler que le Livre existe, qu?il est à notre disposition et qu?il n?y a pas de trésors plus précieux sur terre. Hanter les bibliothèques publiques à notre disposition.
? C?est davantage une question de bonne organisation du temps dont on dispose que d?argent. Toujours la même obligation : multiplier les possibilités de palper les livres à notre disposition. Prendre conscience qu?ils sont à notre portée et qu?il ne dépend que de nous de les posséder pour un temps donné.
? Sachons fabriquer nos livres Mauritiana, décrivant la vie à Maurice sous tous ses aspects.
? En collectionnant les journaux que nous lisons semaine après semaine.
? En conservant les meilleurs d?entre eux, reliés ensemble.
? Cousus ensemble s?il le faut.
? Pour que nous puissions raviver à loisir les souvenirs les plus intenses de notre vie à Maurice.
Le livre mauricien, fait à Maurice, par des Mauriciens, pour des Mauriciens, nous a accompagnés tout au long de l?année 2003. Tant pis pour nous si nous n?avons pas su nous approprier ce viatique. Notre descendance sera en droit, un jour, de nous cracher à la figure parce qu?incapable de nous pardonner une négligence aussi inexcusable.
(Propos recueillis par Yvan MARTIAL lors d?un débat sur la créativité littéraire en 2003)
Publicité
Publicité
Les plus récents