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Les malheurs de l?Icac II
Une mauvaise passe poursuit la commission anti-corruption. On croyait, à tort, que la nouvelle équipe dirigeante ? qui d?ailleurs se fait appeler l?Icac II pour se distinguer de la précédente ? allait chasser les mauvais souvenirs et surtout les nombreux faux pas de l?ancienne direction. Mais les récents événements, dans le sillage de l?affaire Ajay Gunness, démontrent hélas le contraire.
La dernière déconvenue, intervenue en fin de semaine, est la démission de Vinesh Ragobur, qui avait pris un congé de la magistrature, pour remplir le poste de Directeur des investigations. Ce poste avait été laissé après le départ coûteux et fracassant de Roshi Bhadain.
Une chose est sûre : le directeur des investigations a soumis sa démission après avoir géré le dossier de l?affaire Ajay Gunness. Son départ a pris le personnel de la commission de court, d?autant qu?il intervient durant l?absence au pays du directeur général, Anil Kumar Ujoodha.
« Il a cédé à la pression entourant toute cette affaire. C?est bien dommage, puisque cela risque de donner une mauvaise perception relative à cette affaire », regrette-t-on à la commission.
« Il n?y aura plus d?arrestation médiatisée »
En recrutant en août dernier le Senior Magistrate Vinesh Ragobur, la nouvelle équipe de l?Icac avait voulu confier à un juriste la direction des enquêtes afin d?éviter les écueils du passé, maintes fois pointés de l?index par la Cour suprême. D?où le fait que plusieurs enquêtes dans le passé n?ont jamais abouti ; les bonnes procédures n?ayant pas été suivies.
« Je peux vous assurer qu?il n?y aura plus d?arrestation médiatisée ou arbitraire. Toute enquête qui démarre se fera selon les paramètres juridiques. La Legal Team veillera à ce que les procédures soient scrupuleusement suivies », nous déclarait du reste le directeur général de l?Icac, Anil Kumar Ujoodha, au lendemain de son installation aux commandes de l?Icac.
Mais la manière dont l?affaire Gunness a été gérée ? depuis le dépôt du dossier à charge par des ministres jusqu?à la volte-face de mercredi ? prend à contre-pied cette déclaration du patron de l?Icac. Le juge Bushan Domah, après avoir écouté les arguments de l?Icac, a demandé le rappel des commandos de Prem Raddhoa qui avaient déjà pris d?assaut le domicile du parlementaire de l?opposition.
Après ce déploiement policier, l?Icac est revenue sur sa décision de l?arrêter. À l?intérieur de la commission, on attribue ce changement de cap à un nouvel élément : l?hésitation du Principal Assistant Secretary du ministère des Infrastructures publiques de donner un further statement sur la rénovation du bureau de l?ancien ministre Gunness. « Mais l?enquête est loin d?être bouclée. Il ne faut pas que les politiciens tentent d?influencer notre travail », fait ressortir une source de la commission.
Dans sa lettre de démission, Vinesh Ragobur n?évoque pas les raisons ayant motivé sa démission mais uniquement son intention de reprendre son poste de magistrat. Il avait obtenu un congé de six mois de la magistrature. Vinesh Ragobur n?a pu être joint pour une déclaration. Après son départ, c?est Chimanlall Ghoora, assistant commissaire de police à la retraite, qui fera l?intérim comme directeur des investigations ; reprenant, entre autres, le dossier brûlant de l?affaire Ajay Gunness, dont d?autres développements sont à prévoir.
Cette affaire, qui continue à défrayer la chronique, prend de plus en plus une tournure politique. Indira Manrakhan, assesseur de l?Icac, regrette les attaques des politiciens qui veulent « undermine » l?institution. « Nous travaillons dans un legal framework, sans aucune autre considération. Nous faisons un travail de longue haleine qui rapporte ses fruits : notre progression à l?index de transparency en est une preuve. »
« L?Icac comme l?Eco auparavant? »
Mais hier, au cours de sa conférence de presse, Paul Bérenger a formulé de nouvelles attaques contre l?Icac. Le leader du MMM réclame cette fois-ci ni plus ni moins la tête d?Anil Kumar Ujoodha et celle d?Indira Manrakhan, responsables selon lui « d?avoir transformé l?Icac, comme l?Eco auparavant, en un outil politique ». Pourtant, ce même Paul Bérenger avait salué la nomination du magistrat Ujoodha?
La commission entre ainsi dans une inexorable phase d?agitations politiques, où aucune cartouche ne sera négligée.
La première Icac, prise entre les feux des politiciens, n?a fait qu?engloutir des millions de roupies ? en termes de dépenses et surtout de compensations payées aux anciens commissaires ? en laissant pas moins de 600 enquêtes en suspens.
L?Icac II promettait un vent de changement, « un nouveau souffle ». Mais au vu des débats passionnés que soulève l?affaire Gunness, des faux pas notés ces derniers jours et de la démission du Directeur des investigations, il devient évident que les jours sereins de l?Icac II sont terminés. Avec des politiques déterminés à scorer des points, c?est la corruption qui risque de sortir gagnante de ce climat d?affrontements.
Et dire qu?on célébrait hier la Journée internationale contre la corruption. Une bien triste célébration. Marquée par des salves de Paul Bérenger.
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