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Les légumes hydroponiques gagnent du terrain

8 mai 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Quand Hossen Jhaumeer regarde ses quatre dernières années passées à produire des tomates, il se dit que tout cela n?aurait pas été possible s?il n?y avait pas la technologie hydroponique. «Je crois que si j?avais à cultiver la terre, à planter en plein champ, je ne l?aurais jamais fait. L?hydroponique est beaucoup moins salissant, demande moins de main-d??uvre, a un plus grand rendement, est moins susceptible aux maladies.» Cet informaticien, cadre de FUEL et venant d?une famille qui cultive traditionnellement la canne à sucre, fait partie d?une nouvelle vague de gentleman-farmer. La femme de Hossen, Waheeda, et trois employés travaillent à plein-temps dans ses deux serres qui totalisent 1 500m 2 à Mont-Ida et ne produisent que la tomate.

Pour s?agrandir et arriver là où il est aujourd?hui, Hossen a pris d?énormes risques, lui qui ne s?y connaissait nullement en culture légumière. «Mes parents ont un arpent et demi de terres sous cannes. J?ai commencé en 2004 avec une serre de 200 m 2. J?avais investi alors Rs 250 000 et suivi des cours à l?Agricultural Research and Extension Unit (AREU). J?ai pris deux différents prêts en 2005 de la DBM, au total Rs 1 million.»

Hossen regarde aujourd?hui d?autres personnes, qui n?ont aucune notion d?horticulture, se lancer. Il y a parmi des cadres du secteur privé, des fonctionnaires, des retraités que l?AREU forme à tour de bras. «La culture hydroponique attire de plus en plus de monde. Tout le monde veut avoir sa serre. Mais cela demande un investissement conséquent et une formation que nous donnons gratuitement à ceux qui en font la demande», explique Pouran Hanoomanjee de l?AREU.

Tout le monde. C?est-à-dire ceux qui en ont entendu parler. Ceux qui savent ce que l?hydroponie peut rapporter. C?est-à-dire très gros. Au point où ceux qui n?ont pas de terres cherchent à faire de l?hydroponie sur leur toit. Rita Nowbuth, du département de la recherche à l?AREU, parle de 324 serres hydroponiques qui totalisent plus de 25 arpents. Elle voit aussi défiler ceux qui veulent installer des serres sur leur toit et se heurtent à une interdiction des municipalités. Les structures en métal posent des risques au voisinage en cas de fortes rafales, selon des ingénieurs. Point à la ligne. Personne ne pense à faire une étude sérieuse sur la question.

Etonnant, alors que Singapour est devenu depuis longtemps un leader mondial dans la culture hydroponique sur le toit des bâtiments. Le Sénégal et l?Egypte foncent dans l?hydroponie sur les toits de même que Taïwan qui connaît les mêmes problèmes cycloniques que nous. L?hydroponie permet une grosse production sur une petite superficie, un rendement étonnant de légumes, fruits et fleurs. (Voir hors-texte).

Qu?importe les autorités, plusieurs personnes ont quand même installé de petites serres sur leur toit, en utilisant la structure de l?AREU ? A Frame ? pour cultiver fines herbes (thym, queue d?ail ou d?oignon, menthe) ou encore brèdes chinois, carottes ou fraises.

Mais commercialement, Maurice ne produit par méthode hydroponique que des tomates, laitues, poivrons, concombres, melons et fraises. Au MSIRI, à l?AREU et dans la communauté des horticulteurs, on affirme qu?on peut tout planter sous serre par la méthode hydroponique. Des bringelles (aubergines) aux brèdes malbar en passant par notre pomme d?amour Taïwan.

Pourquoi ne les cultive-t-on pas à Maurice ? «C?est une question de valeur ajoutée. Avec un important investissement, le cultivateur va chercher des légumes qui lui rapporteraient entre Rs 50 à Rs 100 le kilo pour amortir cet investissement», explique-on à l?AREU où l?on voit des personnes se lancer dans la culture de roses et non de pommes d?amour. Une rose se vend entre Rs 15 et Rs 80 à Maurice.

Mais en général, le consommateur mauricien trouve rarement des fruits et légumes hydroponiques sur le marché local. Ainsi, on ne trouve plus les laitues de Mon Désert Alma dans les supermarchés. Ce pionnier, qui s?est lancé en 1990 produit toujours. «Toute notre production est achetée par KFC et Plaisance Catering sur contrat. Ce n?est que quand nous avons un surplus que nous le mettons sur le marché», explique Stellio Préfumo, agricultural manager à Mon Désert Alma. Cette propriété ne compte pas investir dans d?autres serres. Aucun grand producteur ne s?intéresse pour le moment à investir dans l?hydroponie. Ce qui ouvre une porte aux petits et moyens producteurs alors que le jardin potager d?antan grimpe petit à petit et en cachette sur les toits des maisons, de Fond-du-Sac à Quatre-Bornes.

HYDROPONIE : DEFINITION

Le terme hydroponique vient du latin «hydro» (eau) et «ponos» (travail), donc «le travail par l?eau». Cette technique horticole permet de procéder à une culture (hydroculture) hors-sol. La terre est remplacée par un substrat inerte et stérile, comme la fibre de coco, le rocksand ou les «chippings» à Maurice. Pour remplacer les nutriments contenus dans une terre horticole, le cultivateur régule lui-même la composition des solutions nutritives aujourd?hui disponibles dans plusieurs points de vente, dont les supermarchés, qui sont parfaitement adaptées. En l?absence de terre, la qualité de l?eau et le dosage des produits nutritifs sont essentiels au bon fonctionnement et pour un bon rendement. Pour être vraiment efficace, la production hydroponique à grande échelle, comme à Mon Désert Alma, le pionnier à Maurice, est automatisée. Contrôle de température et arrosage des serres. Ces serres, avec des bâches, protègent les plantes des insectes et autres maladies. Par le contrôle de la température et de l?ensoleillement, le rendement est supérieur aux cultures en plein champ. Entre 100 % à 300 %. Par ailleurs, la culture hors-sol consomme entre 70 et 90 % d?eau en moins qu?en culture classique. En général, la culture hydroponique offre de nombreux avantages : gain de place, propreté, moins de maladies et d?insectes nuisibles, excellente croissance, floraison luxuriante, bonne récolte.

QUESTIONS A? SUREN SURAT DIRECTEUR GENERAL DE SKC

Vous achetez beaucoup de légumes des planteurs locaux, combien de vos achats viennent des serres hydroponiques ?

Environ 20 % des légumes fournis par les planteurs locaux viennent des serres hydroponiques. Et la tendance est à la hausse. Ce sont surtout des poivrons (rouge et vert), des tomates, des concombres «French cucumber» des melons et des courgettes. Nous payons aux planteurs Rs 100 à Rs 150 le kilo de poivron hydroponique, pour les encourager. À l?importation, le poivron nous coûte environ Rs 90 le kilo. Nous offrons d?ailleurs un prix minimum garanti à nos producteurs.

Vous avez une grande demande pour ces types de légumes ?

Oui, je dois vous dire que, pour le poivron par exemple, nous avons besoin de deux tonnes par semaine. En ce moment, nous importons une tonne et nous obtenons une tonne des producteurs locaux qui utilisent la technique hydroponique. Le poivron est ensuite traité et mis sous emballage ou dans des caisses appropriées. Donc, on peut prendre davantage de poivron, par exemple, des producteurs locaux. Pour être plus précis, je vous dirai que nous achetons 200 tonnes de fruits et légumes locaux par semaine auprès de nos planteurs agréés qui cultivent sur une superficie totale de 300 arpents. Nous sommes aussi à la Réunion où nous avons un certain nombre de planteurs qui travaillent our nous pour ce marché.

Si une personne qui n?a aucune expérience dans le domaine de la production des poivrons vient vous dire qu?il se propose de se lancer dans cette production, accepterez-vous de prendre ses poivrons ?

Oui, mais je dois vous dire que la personne doit commencer à se former, l?Areu assure la formation des personnes intéressées dans la production de légumes hydroponiques. Deuxièmement, on prend environ cinq ans pour arriver à la perfection dans la production, par exemple, des poivrons hydroponiques. Car il faut aussi respecter les normes et le calibrage. Ceci dit, du moment que le producteur arrive à respecter ces normes et produit la qualité qu?on demande, on est preneur.

Je dois quand même vous parler de deux producteurs qui sont venus nous voir parce qu?ils voulaient se lancer dans la production de fraises, un fruit très délicat. Nous leur avons donné les conseils en leur demandant de s?adresser à l?Areu pour être formés et assistés. Les deux premières années, ils se sont cassé le nez. Et puis, ça a marché et ils nous livrent 10 tonnes de fraises par saison. Vous savez, de plus en plus, le marché se détourne de ces légumes lavés à l?eau des rivières, mis en vente à même le sol, dans des conditions peu hygiéniques. Aujourd?hui les légumes que demandent les hôtels et les supermarchés sont des légumes cueillis, manipulés et traités dans des conditions très spécifiques. Maurice évolue très vite.

Est-ce que les petits planteurs de légumes tels que nous les connaissons peuvent disparaître un jour comme cela a été le cas pour les producteurs de lait ?

Non, je ne crois pas. Pour le lait, il y a eu tout un concours de circonstances, dont la politique agricole de l?Europe qui fait que le lait fabriqué en Europe coûtait moins cher que le lait des petits et gros producteurs mauriciens. Pour les légumes, vous savez que le gouvernement est très strict et ne permettra pas que les légumes importés de tuer la production légumière du pays. Pour importer des légumes, nous avons à justifier les raisons de ces importations.

Arrivez-vous à obtenir facilement vos légumes des producteurs mauriciens ?

Nous avons 300 producteurs de légumes et de fruits mauriciens agréés et nous achetons de ces personnes un peu de tout, de la patate aux tomates, en passant par le thym, le persil, le poivron, la papaye, etc. Nous livrons aux supermarchés et aux hôtels et une bonne partie de la production est hydroponique.

Pourquoi ces planteurs ne livrent pas directement aux hôtels et supermarchés ?

Simplement parce qu?il y a des normes, notamment hygiéniques, dont je viens de vous parler et qu?il faut impérieusement respecter. Nous avons investi énormément dans des unités de traitement pour le lavage et le stockage et nous formons aussi nos planteurs. Par exemple, pour qu?un chou soit aux normes et puisse être livré aux hôtels, il faut qu?il soit cueilli avant le lever du soleil et sa température doit être réduite d?environ 25 °C à 0 °C en moins de 4 heures. Cela augmente le temps pendant lequel le chou peut être conservé. C?est le blast chilling et plusieurs légumes sont ainsi traités.

Je voudrais là ouvrir une parenthèse pour souligner à quel point souvent les autorités font de la tracasserie administrative. Nous payons depuis cinq ans un certain tarif d?électricité parce que nous faisons du processing, c?est-à-dire le traitement des fruits et légumes. Un «expert» du CEB est récemment passé et a trouvé qu?on a des chambres froides et il a changé nos tarifs en disant qu?on ne fait pas du processing, ce qui fait que la facture de mars est passée de Rs 200 000 à Rs 400 000. Il n?est même pas entré dans nos locaux pour voir ce qu?on fait. Je suis en litige avec le CEB à ce sujet et je crois que de telles tracasseries ne sont nullement favorables au développement.

TROUVER DE L?OR DANS LES TOMATES

Au prix actuel du marché, une serre de tomate coûte entre Rs 1 800 à Rs 2 000 le mètre carré livré clé en main, c?est-à-dire avec les infrastructures métalliques, les filets à insecte, la bâche spéciale, les substrats (à base de fibre de coco), l?installation pour l?irrigation et les semences pour une récolte. Si on prend le prix maximum affiché, une serre de 250 mètres carrés coûterait Rs 500 000. Une telle serre, plantée en tomate, rapporte, trois mois après l?ensemencement, environ 200 kg de tomates par semaine. Cette production va durer six mois. La tomate hydroponique s?achète entre Rs 40 à Rs 250 le kilo. Rs 40 le kilo en ce moment, contre Rs 250, il y a trois mois, indique Suren Surat ? (voir interview plus loin).

Le cultivateur fera une récolte totale de 4 800 kg pour une saison, ce qui lui rapporterait, si le prix se maintient à Rs 40 le kilo, Rs 192 000 en 9 mois. Il faut alors enlever la main-d??uvre et le fertilisant utilisé et la dépréciation, ce qui peut donner au bas mot un profit de Rs 150 000. L?investissement est donc amorti en moins de cinq ans si aucun malheur ne tombe sur la tête de l?investisseur comme, par exemple, un cyclone qui détruirait les bâches et tordrait les structures en métal. Il faut alors réinvestir, car, comme le signale Stelio Préfumo de Mon Désert Alma, aucune compagnie n?est disposée à assurer ces types de serre.

Quoi qu?il en soit, jusqu?ici, ceux qui ont investi dans ce créneau ne l?ont pas regretté. Les experts de l?AREU affirment que, pour optimiser ses profits, il faut investir dans une serre d?au minimum 500 mètres carrés. La Banque de développement octroie un prêt spécial à ceux qui veulent se lancer dans la culture hydroponique.

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