Publicité

Les lots de la discorde

13 décembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les réservations des terres du Sugar Investment Trust ont pris fin dans un climat de suspicion. Les détenteurs des option certificates accusent : les réservations ont été faites dans des conditions obscures, le temps d?attente excessif. Les récriminations ne manquent pas. Mais le SIT ne s?inquiète pas de cette colère. Il maintient que l?opération a été un succès. Une opération plutôt ratée disent, en revanche, certains acheteurs.

Kamben Padayachy, le président du SIT, explique les raisons de sa satisfaction : « L?intégralité des 709 lots de Wooton a été réservée et la moitié des lots d?Union Vale sont partis. » Mais les acheteurs ne trouvent aucun motif de satisfaction dans ces chiffres. Pour eux, il est inacceptable de devoir faire le siège plusieurs heures, voire des jours à l?avance pour avoir une chance de tomber sur les lots qu?ils recherchent.

Le SIT avait prévenu dans le prospectus annonçant les réservations : le SIT Property Development Ltd (SITPDL) ne serait pas responsable des files d?attente pour accéder aux bureaux du SIT aménagés dans l?école Sir Veerasamy Ringadoo. Jyoti Jeetun, la Chief Executive du SIT, se défend de n?avoir pas géré la situation : « Le SIT n?était pas habilité à gérer la foule. Nous avons laissé cela à la police qui était présente et j?ai pu constater de la discipline parmi les acheteurs », dit-elle. Elle admet aussi à demi-mot l?existence de pratiques douteuses dans les files d?attente. Des acheteurs ont payé de fortes sommes d?argent pour louer les services de personnes chargées de leur garder leurs places. « Mais il y a eu beaucoup d?exagération aussi », prévient-elle.

Mais les acheteurs n?en démordent pas et maintiennent que le SIT aurait dû instituer un système pour allouer des places réservées aux acheteurs en fonction de leurs heures d?arrivée. « Impossible » rétorque le SIT, un tel système serait illégal car non prévu dans les statuts de cette vente. Kamben Padayachy s?étonne même des griefs des acheteurs : « Les employés du SIT se sont relayés pendant trente heures d?affilée pour permettre aux gens de conclure les réservations. Nous n?étions pas tenus de le faire, mais nous avons pris la décision en tenant compte de l?affluence. »

Une réservation toutes les deux minutes

La cadence est en effet restée très soutenue, d?après les chiffres du SIT, une réservation a été effectuée toutes les 2 minutes 25 environ. Mais le SIT se penche sur le problème de l?affluence et des files d?attente, qui sera mieux géré lors des prochaines ventes, assure Kamben Padayachy, même si on ne sait pas trop comment pour le moment.

Les accusations de spéculation pleuvent aussi. Les particuliers venus réserver des lots maintiennent que des courtiers étaient à l??uvre et qu?une partie des lots a été vendue à des spéculateurs. On parle même de plusieurs lots achetés par les mêmes acheteurs. En pratique une personne peut acheter le nombre de lots qu?elle désire tant qu?elle détient un option certificate par lot acheté. Mais les chiffres du SIT montrent que peu de personnes ont réservé plus d?un lot. « 75 % des acheteurs n?ont réservé qu?un lot », explique Kamben Padayachy. Ce dernier maintient aussi que l?attribution des lots s?est faite dans la transparence et que les deux huissiers de la Cour suprême dépêchés sur place pour l?occasion pourront en témoigner. Mais il admet que le SIT ne pourra empêcher les acheteurs de revendre leurs terrains.

Un prix de vente pas assez « grand public »

L?autre reproche que font les acheteurs concerne le prix de vente des terrains : pas assez « grand public » disent-ils. Non répond le président du SIT. Ces ventes s?inscrivent dans un processus de démocratisation de la propriété, dit-il.

« L?engouement est la meilleure preuve de l?intérêt que portent les gens à l?opération et indique aussi qu?ils n?ont pas trouvé que les lots étaient chers », explique-t-il. Le SIT maintient que les acheteurs sont représentatifs de la société mauricienne : des personnes de toutes les classes sociales ont réservé des lots.

Le financement et la réalisation du projet prêtent aussi à la confusion. Les 25 % de dépôt devant être effectués avant fin janvier 2004 ne serviront pas à financer intégralement les travaux d?infrastructure sur les sites. Les dépôts devraient avoisiner Rs 100 millions alors que les travaux sur les deux sites coûteront près de Rs 220 millions. La SITPDL devra trouver une source de financement pour la différence. Les travaux prendront fin vers juin 2004 et ce n?est qu?à ce moment-là que les titres de propriété seront remis aux acheteurs.

Les critiques contre le SIT autour des réservations des lots n?entament en rien ses futurs projets. « Nous avons déjà d?autres idées en tête », assure Kamben Padayachy.

La colère des acheteurs

10 h 30 mardi matin à l?école Sir Veerasamy Ringadoo à Quatre-Bornes. La réservation des terrains résidentiels du Sugar Investment Trust a débuté depuis plus de 24 heures. Le temps presse, et les 200 personnes qui attendent toujours pour réserver un lot ne pourront toutes repartir avec le précieux reçu de réservation.

Certains prennent la situation avec philosophie. « Mo attane mo guetté, si mo gagne chance gagne ène lot intéressant mo pou prend li, sinon mo pou attane ène prochaine l?occasion », explique un jeune père de famille. D?autres sont moins patients. Les derniers lots tant convoités à côté de Ph?nix partent très vite. « Zot ti capave faire plus vite », entend-on grommeler souvent.

À regarder certains visages, on devine qu?ils ont abandonné tout espoir de faire une bonne affaire. Comme des marathoniens, ils veulent surtout terminer la course, arriver dans la salle de classe pour se dire qu?ils ont été jusqu?au bout de leur périple. Histoire de se dire qu?ils n?ont pas tenu six ou dix heures sans même tenter leur chance.

On s?engouffre en effet à dix personnes pour s?enregistrer auprès du SIT et pour enfin pouvoir faire son choix. Mais ce choix est désormais limité, et ceux qui entrent dans les bureaux constatent souvent avec stupeur qu?il ne reste pas de lots qui puissent leur convenir. Certains ressortent dépités : ils n?ont rien trouvé d?intéressant.

Ainsi, Naujeer Sooroojlall a abandonné l?idée d?acheter un terrain. « Les seuls lots qui restent sont bien trop chers pour moi », se plaint-il. Mais il reste près de la file, regardant les autres s?impatienter et parlant avec les quelques amis qu?il vient de se faire.

D?autres ont eu davantage de chance. Ils ont pu trouver un lot intéressant, au prix de quelques sacrifices parfois, les budgets qu?ils s?étaient alloués étant dépassés. Mais étonnamment personne ne semble être satisfait, même pas ceux qui ont pu acheter un lot de terrain. Tout le monde peste contre le SIT.

Des rumeurs courent. « Pé éna mardaye, courtiers pé acheté boucou terrain », entend-on au détour des conversations. Ceux que l?on croise dans la cour de l?école parlent même parfois de 25 lots qui auraient été vendus à une seule personne. Le climat est à la suspicion. On ne cesse pas de dire que certaines personnes ont été protégées et que les meilleurs lots ont été réservés d?avance pour certains privilégiés.

On raconte des histoires de personnes aux allures de clochard qui ont campé sur les lieux depuis le week-end avant de se faire remplacer par des personnes conduisant des grosses voitures. « On les a payés pour dormir ici et réserver les places de certains. »

« Cela va de quelques centaines à plusieurs milliers de roupies dans certains cas », assure Raj Oogur, furieux de constater qu?il a très peu de chance de trouver un lot qui lui convienne. Mais tous sont par contre unanimes sur une chose : le SIT devra s?y prendre autrement lors de sa prochaine vente de terrains !

Publicité