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Les leçons de ceux qui s?en sortent
<B>L?imagination et la volonté : une recette miracle</B>
Dorinne est souriante et joviale. Les difficultés sont derrière elle. Mère de 11 enfants, à tout juste 38 ans, elle déclare, souriante : « Aujourd?hui je m?en suis sortie.» Cependant lorsqu?elle se remémore ses années de galère son visage s?assombrit.
« Plusieurs de mes enfants n?allaient pas à l?école. On n?avait pas les moyens de les envoyer ; je me souviens encore de ces jours où j?allais acheter du pain à la boutique. Je regardais les pièces en me disant qu?elles étaient les dernières que j?avais et en me demandant comment j?allais nourrir mes enfants le lendemain. » Dorinne fait des petits boulots, mais en 2003 son époux perd son travail. Un coup dur pour la famille : « A ce moment-là, mon mari a baissé les bras, mais pas moi. Il fallait rester debout et lutter pour mes enfants. » Un travailleur social de l?association SOS Village lui vient en aide. Elle lui apporte nourriture, fournitures scolaires pour les enfants et vêtements.
« Un jour je me suis retrouvée avec des vêtements qui n?étaient pas à notre taille. J?ai eu l?idée de les revendre ; de là, est venu le projet de me lancer dans la vente de vêtements de seconde main. » Encouragée par l?association, Dorinne se fait connaître par le bouche à oreille et se rend dans les foires. Son business est si lucratif qu?elle va ouvrir un magasin à la fin du mois. « Economie boutique, c?est son nom. Il sera situé à Eau-Coulée. J?ai l?intention de l?étendre et d?employer des gens qui se sont retrouvés dans la même situation que moi ».
Submergée de travail, Dorinne emploie deux personnes. Achetant des vêtements dans les fancy fairs ou auprès de magasins en liquidation, elle se rend dans les foires pour les revendre. Dorinne envisage même de mettre sur pied plusieurs autres projets : « Je veux diversifier l?activité du magasin. Je veux aussi vendre des meubles de seconde main, des livres scolaires qui sont très chers ailleurs. Mais aussi proposer un service de Dry Cleaning. »
Des désirs réalisables grâce au soutien financier et moral de SOS Village : « Même si les idées viennent de moi, rien n?aurait été possible sans le soutien de l?association. On m?a encouragée et c?était très important. » Aujourd?hui Dorinne veut aider lesdémunis. Elle les conseille. « On a tendance à être assisté.
Mais avec un peu d?imagination et des efforts, on peut s?en sortir. »
<B>L?Empowerment Programme : une aide à portée de tous</B>
Une femme timide vêtue d?un tablier s?affaire à la préparation de gâteaux piments et autres mets, dans un petit snack à Rivière-des-Anguilles. Roshni, 38 ans, est divorcée et mère d?un adolescent de 17 ans. Toujours souriante, elle nous raconte son histoire entre deux faratas servis aux clients : « J?ai perdu mon emploi en 2003. Je travaillais dans une usine mais j?ai été licenciée ».
Ayant besoin de revenus, elle ouvrir un petit snack en 2005. Si Roshni est bonne cuisinière, la comptabilité est loin d?être son point fort. « Il y avait des clients.
Je vendais mais je ne gagnais rien en retour. Je n?arrivais pas à m?en sortir. » Elle sombre dans un gouffre et les dettes s?accumulent. « J?avais fait un emprunt à la banque pour le local où se situe le snack. Comme mon travail ne rapportait rien, je ne pouvais pas rembourser la banque. » Une situation difficile d?autant que Roshni est seule à subvenir aux besoins de son fils :
« Il devait aller à l?école et je n?avais rien. Je suis divorcée. C?était très difficile pour moi. »
Désemparée, cette mère décide, en 2007, de faire appel à l?Empowerment Programme (EP). « Je ne m?en sortais plus. J?ai expliqué mon cas à l?EP et ils me sont venus en aide. » Roshni s?inscrit aux cours de management, dont le but est de lui enseigner les bases de la gestion d?un commerce. « On remet de l?ordre dans les objectifs de chacun. C?est avant tout un accompagnement psychologique mais aussi un enseignement aux mécanismes de l?entrepreneuriat », souligne un membre l?EP. Roshni commence par s?inscrire aux classes de l?école hôtelière avant de suivre deux fois la semaine des cours de comptabilité et de marketing. Cette formation lui redonne confiance et lui permet d?être plus efficace dans son activité : « Depuis que je prends des cours je suis plus à l?aise dans mon travail. Je suis soulagée. » Si cette femme rencontre encore des difficultés, elle remonte doucement la pente. « Roshni a encore du chemin à parcourir, mais les choses commencent à changer pour elle. Petit à petit on lui apprend la discipline des horaires et la gestion d?un groupe », explique-t-on à l?EP.
La vie recommence à sourire à Roshni. Demander de l?aide est une étape qu?il ne faut pas hésiter à franchir, dit-elle. « Si je devais donner un conseil à des personnes qui se reconnaissent dans ma situation, ce serait de ne pas hésiter à demander de l?aide auprès de l?EP ou ailleurs. Cela ne peut être que bénéfique. »
<B>L?éducation : la voie vers le progrès</B>
La maison est accueillante et chaleureuse. Belinda, âgée de 47 ans, est fière de nous y recevoir. Même si c?est une location, cette mère de famille a franchi de nombreuses étapes et revient de loin. Il y a tout juste quatre ans, elle vivait encore dans une maison en tôle avec ses trois enfants. Elle se souvient : «C?était une période très difficile. Parfois nos repas étaient constitués de papaye matin, midi et soir. Je cueillais des brèdes de temps en temps. Lorsque mon fils était jeune, je n?avais que de l?eau bouillie et des biscuits Marie à lui donner.»
Pourtant Belinda et son époux travaillent, mais leurs maigres salaires ne suffisent pas. Un fils malade qui nécessite une assistance ne lui permet pas d?avoir un emploi à temps plein. « Je travaillais pour Rs 350 par mois comme femme de ménage », précise-t-elle. Si le salaire de son époux lui permet de payer quelques factures, joindre les deux bouts reste difficile. « Les fins de mois étaient dures. Ma fille prenait le bus pour aller à l?école au début du mois, mais arrivé au 15, elle devait marcher d?Ollier jusqu?à Beau-Bassin. Nous n?avions plus rien. »
Mais ne plus envoyer ses enfants à l?école est hors de question. La mère de famille ne tient pas à ce qu?ils soient dans la même situation qu?elle. « Plus jeune, je n?ai pas pu aller à l?école car ma famille était trop pauvre. Je ne voulais pas que mes enfants subissent le même sort. » C?est lorsque sa fille doit passer ses examens de Form V que Belinda décide d?agir : « Je n?avais pas d?argent pour payer les frais d?examen. Je ne voulais pas que mon enfant soit sanctionnée parce que je ne pouvais pas financer ses études, alors je me suis adressée à Caritas. »
Si l?association prend en charge les frais de scolarité de la jeune fille, elle ne s?arrête pas là. « Notre objectif est d?accompagner les familles qui en ont besoin. Nous finançons mais nous voulons aussi soutenir », souligne Daniela Victor, travailleuse sociale à Caritas. Ainsi Belinda suit des cours de formation et apprend à lire : « J?étais analphabète. L?association m?a permis de m?épanouir et m?a soutenue dans mes démarches. » Pour Belinda, le manque d?éducation est la source de son malheur.
Eduquer pour lutter contre la pauvreté, c?est un message auquel croit Alain Muneean, responsable de Terre de Paix. « Nous accueillons des enfants en échec scolaire, pour la plupart issus de familles en difficulté. Nous ne sommes pas là pour faire de l?assistanat, nous misons sur les capacités des enfants pour toucher les parents et ça passe par l?éducation. »
<B>En chiffres</B>
<B>7 157, </B> c?est le nombre de familles en situation d?extrême pauvreté que le Trust Fund a recensées en 2006.
<B>28 628</B> personnes touchées par la pauvreté.
Un chiffre qui stagne pour les autorités, car si certains réussissent à s?en sortir, d?autres y entrent.
<B>229</B> poches de pauvreté réparties à travers le pays.
Les villages de Pamplemousses et de Rivière-du-Rempart, ainsi que la capitale sont les plus touchés.
<B>Rs 4 000, </B>c?est le revenu mensuel de base.
Une famille dont le revenu est inférieur à cette somme est considérée comme faisant partie de la population extrêmement pauvre du pays.
<B>Le 17 octobre : Journée internationale du refus de la misère</B>
Né d?une initiative du père Joseph Wresinski, le premier rassemblement a eu lieu le 17 octobre 1987 sur le parvis des Droits de l?homme à Paris. Près de 100 000 personnes se sont réunies pour inaugurer une dalle sur laquelle est inscrit l?appel du père Wresinski : « Là où les hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l?homme sont violés. S?unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » Il faudra attendre le 22 décembre 1992 pour que les Nations Unies reconnaissent la date du 17 octobre comme la Journée mondiale du refus de la misère.
Depuis, des milliers de personnes se réunissent à travers le monde pour la commémorer. Cette année à Maurice le Comité 17, qui réunit plusieurs ONG du pays, organise des événements tels que rassemblements, discussions, recueillements ou encore des spectacles . « Cette journée est l?occasion de donner la parole à ces personnes. Il est vrai que nous, les travailleurs sociaux, nous leur venons en aide, mais le 17 octobre c?est leur journée. Nous nous taisons pour les laisser s?exprimer », souligne Jonathan Ravat, membre du Comité 17.
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