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Les leçons d?une expérience électorale régionale

28 décembre 2007, 00:00

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Les élections municipales du 12 décembre 1982 dégagent des enseignements civiques et citoyens plutôt instructifs. Il est incontestable que l?entrée en lice de deux groupements citadins régionaux bouleverse quelque peu la monotonie appréhendée par un remake forcé d?un scrutin dominé de la tête et des épaules par un MMM, encore au sommet de sa popularité mais déjà sur la pente descendante, opposé à un PTr et à un PMSD en égale désorganisation, en quête d?un sursaut qui viendra malheureusement d?un courant plutôt communaliste car anti-Bérenger, pour ne pas dire anti-Blanc. En fait, les dix sièges, perdus par le MMM, disent mieux que tout que la victoire mauve n?était pas aussi acquise au départ qu?on voulait le croire et qu?avec davantage de motivation, mais surtout d?entente de la part de ses opposants, le résultat aurait peut-être été différent.L?apparition du Groupement civique de Curepipe et d?un Groupement communautaire dans le troisième arrondissement de Quatre-Bornes apporte de l?eau au moulin de ceux pensant que l?intrusion de formations citoyennes et non partisanes divise davantage l?opposition, sans mettre en danger, sinon le pouvoir en place, du moins le parti politique le plus fort dans une région donnée. Si cela s?avère, le pouvoir central aurait alors intérêt à susciter et à encourager la présence dynamique de ces formations citadines, à les associer même d?une façon ou d?une autre à son gouvernement. L?opposition aurait autant de raisons de présenter un front organisé et réfléchi, édifié sur un programme commun et autour d?un leadership incontestable et incontesté, pour la durée du mandat à venir. Mais autant se remettre à croire au père Noël.

En l?occurrence, il s?agit aussi d?un des rares exemples, à Maurice, d?action politique et électorale à caractère volontairement régional. A part le MMM, aucun parti politique, y compris le PTr, n?est en mesure de prouver qu?il a, dans n?importe quel scrutin, démontré sa capacité de représenter une portion appréciable (un tiers à monter) de l?électorat de n?importe quel circonscription ou arrondissement municipal.

D?autres partis et non des moindres prétendent volontiers être des partis nationaux alors qu?ils ne peuvent prétendre à ce titre qu?en de rares occasions extrêmement favorables, dues soit à une popularité ascendante incontestable mais hélas éphémère, soit en raison d?une appartenance à une alliance les transcendant, et au sein desquelles il est difficile, sinon impossible, de délimiter avec exactitude le mérite de tout un chacun.

A défaut de pouvoir prétendre être des forces nationales, des partis pourraient se contenter de miser davantage sur les forces et les ressources humaines dont ils disposent, dans une région donnée où ils jouissent d?un capital-confiance intéressant et indiscutable.

L?UDM, par exemple, possédait, en 1976, des chances réelles à Curepipe, à Quatre-Bornes et à Beau-Bassin, à condition de mieux centrer ses activités électorales autour de la personnalité de Guy Ollivry, de Maurice Lesage et de Raymond Rivet respectivement, au lieu de les disperser inutilement aux quatre coins de l?île. Il aurait pu alors, mais dans seulement trois circonscriptions, tenir, à Maurice, le rôle régional qui sied si bien à Rodrigues, à l?OPR de Serge Clair, depuis 1982, et au MR depuis les dernières régionales. Il est un fait incontestable que depuis le 11 juin 1982, aucun politicien mauricien ne va tenter sa chance électorale à Rodrigues où les Rodriguais sont maîtres chez eux. Qui sait ce qu?aurait été notre histoire politique, de 1976 à 1982, avec l?élection de ces trois dirigeants udémistes ?

Un parti régional digne de ce nom aurait été, à Maurice, une force avec laquelle ses rivaux auraient à compter, lors de chaque législative. En revanche, son action concentrée sur le territoire d?une municipalité, sa connaissance du terrain et des électeurs, lui auraient permis, dans le meilleur des cas, de diriger l?une ou l?autre municipalité et prouver ainsi la supériorité de sa gestion par rapport aux autres partis, ambitionnant davantage les postes ministériels, au point de considérer les responsabilités municipales comme quelque chose de négligeable, comme de la gnognotte, au risque de se retrouver par la suite avec un étalage de pots-de-vin. C?est dire tout le mépris que nos principaux partis politiques accordent à une activité aussi noble et épanouissante qu?une gestion municipale, digne de ce nom. La situation changera du tout au tout et en mieux quand une fonction mairale de longue durée (cinq ans renouvelables et autant de fois qu?on le veut) deviendra plus attirante qu?un maroquin ministériel, en termes de rémunération et de responsabilités politiques enrichissantes et motivantes. L?enjeu municipal recevra ses lettres de noblesse quand un de nos politiciens renoncera à devenir ministre pour pouvoir continuer à occuper un fauteuil mairal et prodiguer tous les bienfaits qu?on peut dispenser de ce poste, pour peu qu?on ait l?imagination et les qualités humaines requises.

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