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Les larmes de la négligence
Sale temps sur Maurice. Y a pas à dire, on est gâté (mieux vaut parler au présent, des fois qu?on ne soit pas au bout de nos surprises et de nos peines?). On a de l?eau à ne plus savoir que faire. Je ne sais pas si ce sont les journées mondiales de l?eau et de la météo, célébrées mardi et mercredi, qui l?ont mis dans cet état, mais le ciel s?est particulièrement éclaté cette semaine. Quand il s?y met, il ne fait pas les choses à moitié, celui-là !
Du coup, oubliées, les « affaires » de la cité ! Au rancard, le rapport N?Tan et la campagne électorale ! Seul a compté, le temps qu?il faisait, le temps qu?il allait faire. Nous avons été suspendus à notre radio, non pas dans l?attente d?une énième version d?un hold-up à la manque, mais pour savoir si nous allions pouvoir mettre le nez dehors et dans quelles conditions. Les éléments, lorsqu?ils se déchaînent, ont le mérite de replacer nos passions dans leur juste proportion. Et de nous faire prendre conscience de notre vulnérabilité et de la vanité de notre « suprématie ».
Nous nous glorifions de pouvoir dompter la nature, de la plier à notre volonté. Sauf que, quand elle se rappelle à notre bon souvenir la nature, et qu?elle reprend ses droits, nous n?en menons pas large. Nous faisons moins les fiers. Malgré notre intelligence et tous nos gadgets, nous ne sommes que des jouets plus ou moins bien armés entre ses mains. Quand un cyclone passe, que des pluies torrentielles s?abattent sur nous, que pouvons-nous faire ? Rien, sinon se soumettre, prendre son mal en patience, espérer des jours meilleurs et? constater les dégâts.
C?est là que notre responsabilité entre en jeu. Si on ne peut pas éviter que le ciel nous tombe sur la tête, on pourrait au moins essayer de limiter la casse. Mais non. Les affaires sont les affaires, le temps, de l?argent. Accepter que des gens vivent toujours dans des conditions précaires, c?est exposer sciemment leur vie au danger. Construire n?importe où et n?importe comment, morceler à tout va sans prendre en considération la topographie des lieux, dévier les eaux de ruissellement, ne pas entretenir les canalisations et les cours d?eau, favoriser systématiquement la déforestation, c?est creuser à coup sûr le lit de notre infortune.
Aujourd?hui, on commence à payer cher les conséquences de notre inconséquence. Après ça, on peut toujours pleurer, les pieds dans l?eau, année après année. Nos larmes ne suffiront jamais à inonder notre négligence. En revanche, la pluie, si.
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