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Les jeux graphiques de Steve Dubois

6 juillet 2003, 20:00

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?Le Regard libre, c?est celui du photographe, comme celui du regardeur. Steve Dubois, un vétéran de la photographie, propose, depuis mercredi dernier son premier solo au foyer du Théâtre de Port-Louis : 25 photographies de format 25 x 38 cms, dont deux en noir et blanc, sont ainsi exposées jusqu?à ce mercredi.

Aucun titre ne s?impose au regardeur. Sans repère intercalé, il reçoit l?image dans son essence. Voyage à sa guise. Et retient sa part de rêve. Toutefois, l??il du photographe s?impose d?emblée. Steve Dubois a une âme de graphiste. Qu?il se mette à la photographie traditionnelle ou numérisée. C?est aussi dire l?homogénéité de l?ensemble, décliné sous ces deux volets.

Face au premier, l?on est surpris par l?originalité de ce regard. Si sa capture privilégie habilement la métonymie, la surprise est ailleurs. L?on pense à un peintre qui remplirait l?espace pictural d?une fraction de feuille éminemment veinée, d?un cocotier, par exemple, avec son jeu de lignes et la texture souhaitée. Cela en pleine lumière. Et l?ombre d?une autre feuille, projetée à l?endroit clé, vient animer l?espace. D?aucuns pourraient trouver cela d?une simplicité décevante. Mais chez Steve Dubois, aucun détail superflu. Il élague le contenu de son canevas avec rigueur, ne retenant que l?essentiel. Le regardeur est entraîné dans une autre dimension.

Qu?une photographie suggère une peinture est une des joies auxquelles aspire un photographe. Dans cette ligne, le numéro 2 du catalogue est un petit chef-d??uvre. Une expression spontanée, qui déclenche une émotion immédiate. Cette composition, d?une abstraction prenante, offre une grille asymétrique. Ce n?est pas l?univers d?un Mondrian aux lignes noires et rectangles blancs intercalés entre couleurs primaires. Bien qu?une touche de bleu s?équilibre en toute élégance avec le jaune de Composition with blue and yellow, par exemple. C?est plutôt Nicolas de Staël, avec sa diversité texturale, aux espaces tactiles prononcés. Ses plages lumineuses réduites à l?essentiel. L?emphase est sur la plasticité picturale. En ce sens, Steve Dubois étend l?univers de la photographie à la peinture.

Texturé à souhait

Mais, il y a aussi du Rothko dans ce petit rectangle de 25 x 38 cms. Quand l??il plonge dans ces espaces non définis qui planent ; ces plages d?une délicieuse luminosité, où s?engouffre, séduit par une subtilité sereine, le regardeur. Il s?agit d?un mur chaulé de blanc, texturé à souhait. Dont un carré, à l?ombre, prend une coloration de terre d?ombre brûlée diluée ; et un rectangle éclairé, celle d?un blanc cassé. A ses côtés, un panneau de bois peint de vert, que le bleu d?une ombre indéfinie, enrichit.

D?autres compositions opposent aussi les tonalités, tel ce toit de bardeau et de tôle cannelée d?un rouge diurne, contre un ciel bleu de nuit. L?éclat des couleurs saturées est une autre caractéristique de ces images. Steve Dubois tire un avantage maximal de son filtre polariseur.

Le second volet de l?exposition, aux images numérisées, donne libre cours à l?imagination du photographe et à ses phantasmes. A ainsi démultiplier les images, les couper et les coller, les retoucher, surgit un certain symbolisme. Où clé, visages et oiseau immaculé parlent de recherche de liberté, et de libre arbitre. Ailleurs, un crâne, de l?autre côté d?un pont, de ce passage inéluctable, nargue un masque. Le Regard Libre, un premier solo de fort belle facture.

Jeanne GERVAL-AROUFF

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