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Les huit femmes de Schmitt
Le cinéma français a accueilli cette semaine Odette Toulemonde, l?héroïne d?Eric-Emmanuel Schmitt, dramaturge nouvellement passé à la nouvelle. C?est pour l?écran que Schmitt a écrit l?histoire d?Odette, qui fut suivie par celle de huit autres femmes. Et c?est sans doute pour cette raison, grâce à cette écriture ?conversation?, superbement prosaïque, que ceux qui n?auront pas attendu le film pour déguster du Schmitt, auront avalé d?un trait le recueil publié chez Albin Michel. D?un trait, sans effort. Il n?y en a guère à fournir pour rencontrer ces huit messieurs et dames ?toutlemonde? tant ils nous ressemblent.
Odette Toulemonde et autres histoires est une série d?histoires banales. Une galerie d?existences ordinaires qui auraient pu manquer d?intérêt si chacune ne réveillait une réflexion sur nos vies, sur l?amour, sur la sincérité. Odette Toulemonde et autres histoires, c?est la recherche du bonheur au féminin, malgré ou avec la maladie, la solitude, la perte d?un proche. Chacune ? et là parle toute la maîtrise de l?art dramatique de Schmitt ? débouche sur ?une trappe?, une surprise, un retournement de situation.
Hélène, la dépressive, se heurte sa vie durant à l?impossibilité de comprendre l?optimisme d?Antoine, son époux. Mais à la disparition de celui-ci, elle se surprend à voir la vie avec les yeux d?Antoine, à apprécier la beauté d?un jour de pluie, à revenir à la vie. Amère et égoïste, Aimée, atteinte d?un cancer, utilisera sa dernière énergie pour se venger d?un ancien amant qui l?aura couverte de cadeaux? de pacotille dont un faux Picasso. Elle le refilera à cette douce étudiante venue à son chevet. Sauf que le Picasso n?est pas un faux. L?histoire de Balthazar Balzan et d?Odette, c?est banalement l?histoire d?une fan et de son idole. Mais l?une est comblée, l?autre est perdu. Il se rend compte qu?il a fait fausse route, qu?il a construit la mauvaise maison. En pleine crise de la quarantaine, l?écrivain populaire démoralisé trouvera chez la petite vendeuse la force d?être heureux. Wanda Winnpeg recroise l?homme à qui elle doit d?être milliardaire, un artiste sans le sou, qui en lui montrant la séduction l?a conforté dans son ambition : de ne s?en sortir que par les hommes?
Ce qui touche chez ces femmes et les autres, c?est leur vérité devant l?imprévu, leur émotivité, leur sincérité touchante, leur générosité, leur entêtement, leur candeur plein d?un subtil humour, cette fraîcheur à la Pagnol. Ce qui séduit, c?est cette morale cachée à lire entre les lignes, cette réflexion toute simple sur le destin. Mais la force de Schmitt, c?est la poésie de cette écriture, qui arrive à faire naître ces impressions.
Son écriture, dit Schmitt lui-même, est une synthèse de ce que le roman et le théâtre lui ont appris. L?un lui a enseigné l?économie, la précision du trait, l?autre à manier le temps. Le résultat est fort plaisant. Homme de théâtre ? le plus lu et traduit des dramaturges français du moment ? l?écriture est pour lui une parole. ?Une écriture pour moi, c?est une parole. J?ai cherché à détruire toute trace de culture formatée en moi, à cesser d?écrire comme un normalien pour retrouver un certain naturel.? Le naturel, c?est ce qui résume le mieux le ton de ce recueil.
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