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Les héritiers d’Eusebio… et de Zizou

1 juillet 2004, 20:00

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Ça y est, c’est fait. Le Portugal tient sa finale. Enfin. Et, forcément, c’est la plus belle chose qui puisse arriver au football.

Pendant des années, le pays qui a donné naissance à Eusebio et à Coluna, le pays qui abrite le mythique Benfica Lisbonne, a été un des plus nobles, un des plus beaux, un des plus fidèles serviteurs d’un sport longtemps prisonnier des schémas tactiques à l’italienne et à l’allemande.

Sous prétexte que seul le résultat compte, l’Italie avait fait fructifier, au milieu du siècle dernier, le concept rétrograde du catenaccio. En deux mots, on verrouille la défense, on se contente de contre-attaquer et on finit par gagner. L’Allemagne avait fait encore pire en inventant, sans pudeur, le football scientifique. Des petits robots sans états-d’âme, presque dressés pour tuer. Des monstres physiques qui semblaient savoir, avant même que ne commence le match, où ils devaient se positionner à la 13e, à la 37e, à la 69e ou encore à la 88e minute. Un football sans génie, mais ô combien efficace.

Le football total de la Hongrie des années 50, du Portugal des années 60 et de la Hollande des années 70 avait régalé les puristes mais, à l’arrivée, les résultats n’avaient hélas pas été à la hauteur du spectacle produit.

Quand, au début des années 90, on a vu débarquer sur la scène du football, les artistes portugais, on s’était laissé convaincre que cette génération-là, symbolisée par le déroutant Figo, était forcément naïve elle aussi. Pour cause, elle ne savait pas défendre. Elle allait donc un jour, comme la génération Eusebio au Mondial 1966, quitter la scène sans avoir connu son heure de gloire.

Force est de constater qu’on s’est peut-être trompé. Et c’est tant mieux pour le football, tant mieux pour le Portugal. Il fallait bien, un jour, que ce pays soit récompensé pour l’ensemble de son oeuvre.

La France du football est en pleine crise existentielle. Le “Monumental” qui avait suivi la victoire des Bleus à l’Euro 2000 s’est transformé, en Une de “L’Equipe”, en “Inadmissible”. Inadmissible, en effet, qu’un pays comme la France, capitale de la culture et des bonnes manières, soit aujourd’hui à ce point capable de brûler ceux qu’il a adorés hier. Zidane ? Henry ? Lizarazu ? Barthez ? A lire la presse française, ce sont tous des guignols. On peut avoir la mémoire courte, mais il y a une limite à l’indécence.

On finirait par croire, comme l’écrit fort justement Bruno Laurant dans les colonnes de “Lékip” ce matin, que la France ne sait pas perdre. Ou, plutôt, qu’elle ne sait plus perdre.

Elle a pourtant intérêt à s’y habituer. L’épopée ratée du Portugal n’est en effet ni la première, ni la dernière déconvenue des Bleus. C’est que le football est fait de cycles. Il y a des hauts, il y a des bas. Et les bas durent parfois plus longtemps que les hauts. Demandez aux supporters anglais et ils vous le diront : ça fait 40 ans qu’ils ne savent plus gagner.

La brillante génération qui, il y a quatre ans, avait conduit la France vers des sommets incomparables est en train de s’effriter. Il y a usure. Que voulez-vous, les hommes ne sont pas immortels. Une nouvelle génération, emmenée par Rothen, Mexès, Pedretti, Cissé ou encore Saha, est appelée à prendre le pouvoir. Pour que le relais soit bien transmis, il reste à espérer, si on est supporter français, que les cadres que sont Thuram, Vieira, Zidane et Henry seront encore là au Mondial 2006. Si, d’ici là, bien sûr, la presse française n’a pas fini par consommer entièrement le peu de confiance qu’il reste entre le clan Zizou et le clan Titi.

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