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Les grosses bêtes
par VOLCY
J?avoue être obsédé par l?importance des animaux dits domestiques dans la vie de ceux qui marchent debout. Je n?en ai pas moi-même, la raison majeure étant qu?à notre époque, les puces électroniques me suffisent amplement et que je n?ai nulle envie de m?entourer de chiens et de chats pucifères pour avoir un quota de piqûres sous cul tanné qui feraient de moi une persona gratta. D?ailleurs le vétérinaire marron que je consulte à chaque fois que mon boulet chauffe ou que ma truffe est tiède est, malgré un peu de réticence, d?accord avec moi.
Autre raison, secondaire celle-là, c?est que j?ai trop souvent assisté en Europe au spectacle affligeant de molosses traînant leur maître en laisse parce qu?ils sont obligés de sortir celui-ci à heures fixes sans être libres de s?arrêter pour arroser un platane mûrement sélectionné ou convertir le trottoir en vespasienne, alternant chiots et chiottes et contraignant les passants rhumatisants au patinage arthritique.
Je suis fasciné par la diversité de compagnons qu?adoptent les humains. Vous vous voyez, vous, assis au petit déjeuner avec un zèbre affublé comme vous d?un pyjama à rayures ? Quand vous pensez que, dans le seul domaine canin, vous pouvez opter pour un chihuahua de poche ou un imposant Saint-Bernard, peu courant chez nous alors que son tonnelet de cognac serait le bienvenu pour attester qu?il y a quelque chose en lui de Hennessy.
On dit souvent en parlant des bêtes qu?il ne leur manque que la parole pendant que tant d?humains n?ont justement de trop que la parole. Faisons une petite expérience. Vous avez la télé ? Essayez d?occulter le son pendant les infos et dites-moi si vous ne sortez pas de là un homme meilleur, l?esprit enrichi, les méninges en expansion, la taille du chapeau passant de dix à douze, le quotient intellectuel pépiant du Q.I, Q.I, Q.I, comme un serin du pays.
Pour en revenir aux bébêtes, j?avoue cependant que si j?avais le champ libre, j?aurais accueilli volontiers quelques éléments volumineux chez moi, ce qui me met au diapason d?un ami français qui habite un gratte-firmament et qui est intéressé, lui aussi, par les tout gros. ?Si je vivais aux temps anciens?, me disait-il, ?j?aurais mis mon mammouth dans ma cave à flanc de colline. Mais de nos jours ? Tu me vois avec un éléphant dans mon deux-pièces au sixième ? Ça causerait des casse-tête d?intendance insolubles. Comment résoudre les problèmes de fourrage et de déchets ou, plutôt, d?herbi-voirie ?? Je n?ai pas voulu lui causer des regrets en disant qu?il pouvait toujours faire un achat de Mammouth à tempérament et sans dépôt.
Il renonça finalement à l?hippopotame faute de baignoire adéquate, à la girafe car au moindre mal de gorge il aurait fallu aller au dixième pour lui mettre un cache-col et au rhino-féroce de crainte que les voisins japonais ne viennent lui limer sa corne aphrodisiaque à la faveur de la nuit. ?Et rien non plus à espérer de la mer?, me dit-il, ?pas même un calamar géant car, à Paris, il n?y a pas de mourgate house et, à moins de mettre la main sur un bocal sur mesure, il faut tirer un trait sur Moby Dick?. Il s?est alors résigné à prendre un sumo comme colocataire, mais, semble-t-il, celui-ci ne fait pas le poids.
Pourtant, en fait de faune, il y en a pour tous les gustibus. Il y a même un chanteur très ferré question primates qui vivait intimement avec deux dames king kong et qui, interrogé sur ces m?urs bizarroïdes, se contentait de fredonner : ?C?est extra? (ter). Heureusement qu?elles étaient végétariennes, sinon il aurait terminé sa carrière sous la forme d?un plat aussi prisé au menu des fancy-fairs mauriciens qu?un cari n° 2.
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