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Les gardiens racontent leur calvaire
Rien ne va plus à la Prison centrale. La discipline a pris la poudre d?escampette, et ce sont les détenus qui « dirigent » désormais le centre pénitencier le plus important du pays. Tel est le constat d?un groupe de gardiens qui travaillent à Beau-Bassin, et qui ont accepté de témoigner sur les dérives auxquelles ils assistent ces deniers temps.
Un prisonnier qui appelle une station de radio de sa cellule, c?est du jamais vu. Khadafi Oozeer, l?armurier du tristement célèbre « escadron de la mort » l?a pourtant fait mardi, en live, grâce à un téléphone portable?
Il voulait alerter l?opinion sur le racket dont il est victime. Il agrémente même son récit, dit craindre pour sa sécurité et celle de son ancien frère d?armes, Hatim Oozeer. Deux détenus l?auraient menacé d?attenter à sa vie s?il ne leur remettait pas son portable et la coquette somme de Rs 100 000.
Ses maîtres-chanteurs, Naushad Bheeky et Désiré Pillay, aussi appelé Dominique, celui-là même qui a agressé Talat Jugessur il y a quinze jours, sont deux fortes têtes qui en font voir de toutes les couleurs aux gardiens. Les deux caïds n?auraient, logiquement, pas dû croiser la route de Khadafi Oozeer, incarcéré dans un quartier de haute sécurité. Mais ils ont franchi quatre portes contrôlées comme s?ils se déplaçaient sur une promenade.
Désiré Pillay est un sidéen qui menace de contaminer tout gardien qui se mettrait en travers de sa route. À plusieurs occasions durant ces deux dernières semaines, il s?est offert le luxe de saccager le bureau du Chief Officer?s Office. Naushad Bheeky a également un faible pour ce bureau. Lundi, il en a brisé toutes les vitres, et le lendemain, il a pris un malin plaisir à démolir tout ce qui avait été remplacé.
Ce jour-là, après les « confessions » de Khadafi à la radio, sa cellule est passée au peigne fin. Son portable est bien saisi, mais la puce est introuvable. Lui seul sait où il l?a dissimulée. Dans sa cellule, les gardiens retrouvent également un agenda sur lequel il a couché les coordonnées de plusieurs journalistes de la radio.
Un couteau de trente centimètres de long
En chemin, voilà que les gardiens croisent Désiré Pillay. Un groupe de la Prison Security Squad (PSS) parvient fort heureusement à le maîtriser : il est armé d?un couteau de boucher de plus de trente centimètres de long !
« Pour le portable, c?est clair qu?il y a une complicité interne. Certains des collègues sont loin d?être des enfants de ch?ur. Remettre un portable à un détenu vous permet d?empocher Rs 5 000 », explique un gardien. Rien d?étonnant lorsque l?on sait que Steeve Monvoisin, un des auteurs du hold-up de la MCB le 11 février, avait un portable sur lui à la prison de haute sécurité de Ph?nix.
Pour les couteaux, l?alcool et diverses drogues trouvées dans les cellules des prisonniers, les gardiens indiquent que ce sont les proches qui balancent tout par-dessus le mur d?enceinte. C?est ce qui s?est passé pour le sabre qui servi à envoyer Steeve Labonne ad patres à la prison de GRNW en juillet.
Si les chiens renifleurs et les gardiens ne repèrent pas ces colis « tombés du ciel », les détenus envoient le tout aux prisonniers de la Prison centrale.
« Imaginez ce qui se passera à la prison si jamais un groupe de prisonniers est saoul ou qui plane après un trip? », nous confie un autre officier. Mais même sans la drogue et l?alcool, la prison un vrai capharnaüm.
« Je suis arrivé à la prison cette semaine pour voir mon client. Il y avait une cinquantaine de détenus accrochés à la porte d?entrée, et qui manifestaient parce que le pain était en retard. J?ai dû parlementer avec eux pour leur dire qu?il valait mieux que le pain arrive chaud et non rassis, pour qu?ils reviennent à de meilleurs sentiments », commente Elias Oozeerally, l?avocat de Khadafi Oozeer.
Chaque jour, c?est l?enfer à Beau-Bassin. Lundi, le détenu Didier Delors s?est fait taillader le visage par le condamné Labelle. Mercredi, Shyam Baboolall a été tabassé par le condamné Alexis en guise de bienvenue à la Prison centrale. L?officier Nunkoo a eu un doigt brisé en voulant séparer les deux hommes.
Les gradés en prennent pour? leur grade
Depuis la mort de Steve Labonne, les fouilles des cellules sont systématiques et plus de 200 portables ont été saisis. Des plants de gandia ont même été découverts sur le toit de la prison. Mais malgré ces opérations, la situation ne s?améliore guère.
« Les prisonniers doivent être en cellule à 19 heures au plus tard. Mais ils sont encore en train de narguer les gardiens à 20 h 30 passées. Ce n?est plus possible ! Alors que des fouilles sont recommandées à chaque retour des prisonniers de la cour, certains exigent de ne pas être contrôlés. »
Ce qui expliquerait la présence d?articles illégaux entre les murs de la prison. Et quand ils ne s?en prennent pas à d?autres détenus, certains prisonneirs menacent de se suicider pour fairev pression sur les gardiens. Ainsi, Wendy Lafleur, a la fâcheuse manie de se taillader avec un morceau de verre si l?administration ne se plie pas à ses quatre volontés.
« C?est un grand malade. Il s?est infligé des blessures la dernière fois parce que des collègues ne voulaient pas qu?il prenne possession d?une paire de chaussures non conformes au règlement. »
Outre les bagarres, les gradés en prennent pour leur? grade chaque jour : ils sont insultés par les détenus.
Il faut ajouter à cela un manque la motivation des gardiens, même si beaucoup reconnaissent que Bill Duff a de bonnes idées pour reformer le système carcéral.
Une Cour des miracles
« Mais il y a des petits détails qui font que les hommes ne veulent plus travailler. C?est le seul département de l?Etat où les fonctionnaires veulent tout plaquer. Certains ne sont pas préparés pour travailler avec les séropositifs. D?autres ne comprennent pas pourquoi les membres du PSS perçoivent une Risk Allowance, alors que ce sont ceux qui travaillent dans la prison qui sont le plus exposés. Imaginez : deux gardiens pour soixante criminels dans un atelier de cordonnerie? »
La Prison centrale est aussi devenue une Cour des miracles. Cela n?a pas été dit jusqu?ici, mais il y a un an, des gardiens ont découvert un portable dissimulé dans la savate d?un détenu africain emprisonné pour une affaire de drogue. La police a pu avoir accès aux nombres d?appels qu?il a effectué et est parvenu à démanteler le petit réseau qu?il avait mis en place.
« Il y a un groupe d?Indiens et d?Africains. Ils sont plus malins que les locaux, font leur petit business sans embêter personne, se font discrets pour ne pas attirer l?attention. Mais il faudrait qu?on les surveille de près. Ils ont les moyens pour soudoyer des officiers. »
Et le jour où tout dégénérera, il se pourrait que l?on compte des morts à la pelle. La rémission des peines serait une bonne chose, car là, les condamnés sauront que, s?ils se comportent correctement, ils trouveront le chemin de la liberté plus vite.
Il n?y a pas qu?à l?intérieur de la Prison centrale que certains font la pluie et le beau temps. Il y a un mois, une habitante de La Caverne s?est fait duper par un ex-détenu de cette maison d?arrêt. Ce dernier lui a fait croire qu?il pouvait intercéder pour son mari auprès de Bill Duff. Elle est tombée dans le panneau et lui a même offert l?ordinateur de sa fille, croyant qu?il avait ce pouvoir. La réalité a été brutale?
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