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Les Français «ont le moral dans les chaussettes»
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Les Français «ont le moral dans les chaussettes»
Nous rencontrons Madly Darlis à la sortie d?un hypermarché. Elle avoue avoir évité le rayon pâtisserie. Désormais, cette conductrice de bus à la RATP s?interdit les «petits plaisirs». Même les pizzas, elle les prépare chez elle. Dans son chariot, il n?y a pas de produits alimentaires de base. Les conserves, les pâtes, les oeufs, elle les achète chez le maxi-discompteur Aldi ; elle prend le reste en grandes surfaces, Carrefour ou Auchan selon les promotions qu?elle pointe sur les catalogues. «Je fais comme tout le monde, j?en mets moins dans mon caddy et, pour ma voiture, je ne fais plus le plein», poursuit-elle.
Flambée des matières premières et du baril de pétrole, valse des étiquettes dans les rayons, augmentation du litre d?essence à la pompe... Les Français n?ont pas le moral et commencent à se serrer la ceinture, au moins sur certaines dépenses. Sur les trois premiers mois de l?année, les volumes de produits de grande consommation vendus dans les supers et les hypermarchés ont reculé. Le premier décrochage de ce genre depuis 2001.
Et cela ne devrait pas s?arrêter. Une enquête de la banque Robeco et de l?institut IFOP publiée récemment montre que 61 % des Français ont l?intention de réduire leurs dépenses au cours des prochains mois. Comme César Branco, par exemple. Si ce Parisien employé dans le bâtiment n?a pas changé ses habitudes dans l?alimentaire, il ajoute : «Pour l?essence, je cherche le moins cher, il y a 20 centimes d?écart, et même parfois jusqu?à 40, selon les endroits.»
Depuis le début de l?année, les Français remplissent moins leurs chariots dans les supers et les hypermarchés et fréquentent de plus en plus les magasins de maxidiscompte. Après avoir stagné ces deux dernières années, ce secteur est franchement reparti à la hausse en janvier, avec un gain de 0,5 point de part de marché. Le maxidiscompte représente désormais 14,2 % des dépenses alimentaires des Français, selon TNS Worldpanel.
Principale raison de cet engouement pour les bas prix : la flambée des prix alimentaires. Une hausse inédite de 4,9 % en mars, après 4,7 % en février et 4 % en janvier ! Sur un an, ce sont les pâtes (+17,42 %) et les oeufs (+14,45 %) qui ont le plus augmenté, selon les chiffres Nielsen publiés par le magazine LSA. Conséquence : les ventes de pâtes sont en chute libre : - 2 % en mars après - 3,7 % en février, - 3,2 % en janvier et - 3,4 % en décembre.
Lorsque les consommateurs font leurs courses, ils sont de plus en plus nombreux à privilégier les marques de distributeurs ou les produits premiers prix. «C?est d?autant plus vrai lorsque le budget de nos clients est très contraint», confirme Nathalie Mesny, directrice du marketing chez Carrefour. Pour les marques nationales telles que Danone, Barilla ou encore Nestlé, cette situation pourrait devenir préoccupante si elle se poursuivait.
Les Français voient ainsi leur budget s?alourdir. Du coup, le nombre de kilomètres effectués ne cesse de diminuer. Selon le dernier relevé de l?Union française des industries pétrolières (UFIP), le prix de l?essence sans plomb 95 a atteint un record, à 1,38 euro, et le gazole à près de 1,28 euro. A la veille des vacances de printemps, les automobilistes se sont rués sur le comparateur de prix mis en ligne par le ministère des Finances pour trouver les stations les moins chères.
Qui plus est, selon l?Institut français de la mode (IFM), les ventes ont reculé de 12 % en valeur pour les grands magasins et les commerces indépendants et de 8 % pour les chaînes spécialisées. «Il y a une vraie panne de la consommation. Les gens ont intégré la crise économique», explique Franck Delpal de l?IFM. Selon lui, le débat autour du pouvoir d?achat, de la hausse des produits alimentaires et de l?énergie a eu raison du budget consacré à l?achat de vêtements.
La baisse du pouvoir d?achat touche aussi le budget vacances. Selon une étude menée par le cabinet Guy Raffour et le voyagiste en ligne Opodo.fr, en 2007, les Français étaient moins nombreux à partir qu?en 2006. Les ménages au pouvoir d?achat élevé continuent de partir. Les ménages modestes rognent sur leurs vacances au profit d?autres dépenses considérées comme incompressibles. En 2006, les foyers qui gagnaient entre 1 200 et 1 900 euros étaient 57 % à partir en vacances. Ils n?étaient plus que 49 % en 2007.
Avec un taux d?épargne parmi les plus élevés d?Europe (15,5 % en 2006), les Français pourraient être contraints de puiser dans leur bas de laine pour maintenir leur niveau de consommation. «Pour l?instant, il n?y a aucun signe dans ce sens mais il est encore un peu tôt. S?ils ne le faisaient pas cela signifierait qu?ils ont vraiment le moral dans les chaussettes», souligne M. Rochefort.
Le Monde 2008
Distribué par The New York Times Syndicate
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