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Les fissures

17 janvier 2004, 20:00

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Il y a des fissures dans le bloc MSM-MMM. Mais les dirigeants de l?alliance, surtout Pravind Jugnauth, s?évertuent à colmater les brèches, à exposer une façade lisse. Les désaccords sont étouffés car le mariage de raison doit durer...

« Je ne comprends pas pourquoi on raconte tout ça », s?étonne Jayen Cuttarree, leader-adjoint du MMM. «Péna narien. Tout correk dans l?alliance, mo assure ou », lance Anil Bachoo, ministre MSM. Selon lui, la défaite au n° 7 n?affecte aucunement le MSM-MMM. « Sûrement travaillistes qui pé fane sa banne rumeurs-là.»

Mais des seconds couteaux, des deux partis, ne partagent pas ces avis. Leurs opinions, ils ne peuvent toutefois pas les exprimer ouvertement, de peur d?être rabroués ou d?avoir à présenter une lettre d?excuses au leader. En « off », leurs récriminations concordent et la genèse des désaccords est très plausible...

« Je savais dès le départ qu?on allait perdre ». C?est cette phrase lancée le lendemain de la défaite de l?alliance à la partielle de Piton-Rivière-du-Rempart qui a exacerbé la colère, qui couvait dans les rangs du MSM. Une colère qui trouve sa source dans la campagne de cette élection.

Au remplacement du candidat Prakash Hurry par Prakash Maunthrooa, deux maladresses de Paul Bérenger ont irrité plus d?un au MSM, laisse échapper un Backbencher de ce parti. Premièrement quand le Premier ministre a insisté sur le fait que le Dr Hurry était un choix du MSM, cela a été perçu comme s?il «blâmait » son partenaire pour cet accident de campagne.

Et deuxièmement, le trop plein d?éloges de Paul Bérenger à l?égard de Prakash Maunthrooa, surtout ses déclarations que Maunthrooa serait l?un de ses plus « importants ministres» et qu?il est l?une des personnes les plus « intelligentes » de Maurice, n?a pas plu à certains au MSM, dont quelques ministres qui voyaient profiler un Senior Minister qui prendrait leur place dans la hiérarchie gouvernementale. « Malgré les démentis, tout le monde sait que Prakash Maunthrooa a toujours été très proche de Paul Bérenger, d?où cette crainte dans les rangs du MSM», estime un parlementaire mauve.

Cette frustration accumulée, accentuée par la défaite, murmurée çà et là, en « off record» bien évidemment ? sauf dans le cas d?Anil Gayan ? s?est libérée, le 6 janvier, lors du bureau politique (BP) du MSM, qui passait en revue les causes de la défaite. « Le Premier ministre ne passe pas en milieu rural ». Cette analyse, que dément avec force la direction du MSM, le contestataire Anil Gayan, l?un des rares au MSM à afficher ouvertement ses opinions, nous l?avait déjà faite, bien avant le BP.

« J?avais dit que c?était un match entre Navin Ramgoolam et moi. Et j?assume pleinement cette défaite », déclare Pravind Jugnauth. Une déclaration pour gommer d?autres reproches formulés par des MSM, selon lesquels «le style de Rajesh Bhagwan n?a pas été apprécié au n° 7 et qu?il aurait fallu laisser le soin à Anil Bachoo, qui s?y connaît mieux en milieu rural, de mener la campagne.»

Après la partielle, le remaniement...

Rajesh Bhagwan, le remuant Campaign Manager, d?ordinaire volubile, ne souhaite pas réagir à ces commentaires. « Au lieu de répondre à ceux-là, je préfère m?occuper du travail au sein de mon ministère. Avec les nouvelles responsabilités, c?est-à-dire la NDU et la coordination avec les PPS, il y a suffisamment à faire pour ne pas considérer ces propos.»

Nouvelles responsabilités, nouveaux problèmes. Le remaniement ministériel, effectué le lendemain de la défaite, comme pour détourner l?actualité, a provoqué lui aussi de sérieuses dissensions. Un véritable coup de boomerang.

Un véritable coup de boomerang. Toutefois, il faut reconnaître que les mauves, à l?instar d?Ivan Collendavelloo, Veda Baloomoody et Ajay Guness, déçus de n?être pas nommés ministres, ont été plus bruyants dans leurs protestations ? même s?ils sont vite rentrés dans le rang, avec des excuses à leur direction ? que leurs camarades du MSM.

« On a muté Gayan pour faire de la place à Cuttaree ». Ce commentaire est récurrent. Même Gayan confirme qu?il en a entendu parler. « Je sens qu?il y a beaucoup d?incompréhension au sujet de ma mutation. Et ce sentiment n?est pas présent seulement au sein de la communauté hindoue.»

Au MMM, l?on ne comprend pas ces commentaires concernant la mutation de Gayan : « Dans notre parti, il y en a plusieurs qui attendent d?avoir un maroquin ministériel. Et voilà que Gayan, lui, n?est pas satisfait du sien, mais il n?a qu?à partir, ce ne sont pas des remplaçants qui manquent.»

Une autre source de mécontentement, entendue parmi les mauves, sous forme de boutade : « Ena ministre so place réservé tout. » Ils font allusion à Mukesshwur Choonee, dont le dossier à charge ? allégations de pot-de-vin pour l?octroi d?un terrain de l?Etat ? a été soumis au DPP. Si aucune charge n?est retenue, Paul Bérenger a promis qu?il sera de nouveau ministre.

Au MSM également, beaucoup interprètent mal ce « traitement de faveur de Bérenger à Choonee », qui s?inscrit dans la même logique que l?attribution d?un fauteuil ministériel à Auroomooga Putten, c?est-à-dire « par souci d?équilibre », pour reprendre l?explication donnée par Pravind Jugnauth. A ceux-là, Choonee a déjà répondu : « On a voulu me poignarder dans le dos ». En clair, certains de ses camarades du MSM et du MMM ont voulu lui piquer son fauteuil...

« Dans une alliance, c?est normal d?avoir des divergences d?opinion », fait ressortir le secrétaire général du MMM, Ivan Collendavelloo. Le frondeur d?hier s?est manifestement calmé et il ajoute : « Les deux partenaires s?entendent magnifiquement.»

« Les dossiers avancent... »

A l?instar de Collendavelloo, c?est toute la direction du MMM et celle du MSM qui font tout pour minimiser les points de désaccord. Communiqués pour dire que tout va pour le mieux, déclarations de bons sentiments dans la presse, échanges de compliments. Tels sont le discours et l?explication officiels : « Nous faisons avancer plusieurs dossiers sensibles, comme la Proportionnelle et la Muslim Personal Law, et c?est normal qu?on soulève des désaccords. Mais le gouvernement va continuer à travailler et non pas faire comme les travaillistes, c?est-à-dire laisser dormir les dossiers et ne pas provoquer des débats.»

Entre le MSM et le MMM, c?est un mariage de raison, tout le monde l?a dit, tout le monde le sait. Malgré les colères des uns et les frustrations des autres, le divorce n?est pas pour demain.

Dans l?actuel système électoral, aucun des deux partenaires n?a intérêt à casser l?alliance. Le MSM de Pravind Jugnauth ne voudra jamais partager le pouvoir avec le PTr de Navin Ramgoolam, puisque son leader n?aura aucune chance d?être un jour Premier ministre, sauf si Ramgoolam quitte la scène. De même, les rouges ne voudront pas d?une alliance avec le MMM, puisque l?ancien Premier ministre Navin Ramgoolam ne voudra pas travailler sous Paul Bérenger; de plus « ce serait trahir la lutte ancestrale ».

Et Paul Bérenger, après plus trois décennies de lutte pour en arriver jusque là, n?acceptera pas d?être à nouveau vice-Premier ministre, dans un gouvernement mené par Navin Ramgoolam, encore moins par Pravind Jugnauth.

Donc, chacun des deux partenaires au pouvoir sont condamnés à vivre ensemble. Dans un mariage de raison, il n?y a pas forcément d?amour, surtout plus de trois ans après la lune de miel..

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