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Les ficelles du métier
Teerubah Malayaudi (Siven), plus connu comme Siven à Chamouny où il habite, est assis dans une pièce à côté de piles de T-shirts, de pantalons de sous-vêtements pour homme et donne des coups d?accélérateur sur sa machine à coudre. Il doit impérativement livrer des commandes de pantalons à un commerçant de la capitale qui passera dans l?après-midi. Ce papa d?une fille de 16 ans est un homme heureux aujourd?hui : «J?ai réussi à me mettre à mon propre compte malgré les difficultés rencontrées. Si les jeunes veulent réussir dans la vie, il faut qu?ils persévèrent », conseille Siven à ceux qui veulent lancer une petite entreprise.
Mais avant d?en arriver là, cela n?a pas été facile pour cet homme d?une cinquantaine d?années. Il avait vécu sa première (mauvaise) expérience chez Champak, à Rivière-des-Anguilles où il avait donné son premier coup de ciseaux dans un tissu neuf en cousant le pantalon d?un client : «Mo pran poche côté droite, mo mette côté gauche», se rappelle-t-il. Un grand sourire et un regard plein de tendresse vers son épouse Indrany, spécialisée dans la coupe de tissus.
Au fil des années, il finit par comprendre les ficelles du métier. Aujourd?hui, ce même métier lui permet d?être connu dans les milieux du textile. Voilà un métier qui peut faire vivre des gens et générer des emplois, estime-t-il.
Ce qu?il craint le plus, c?est la piraterie qui ronge le secteur du textile et pénalise en même temps ceux qui investissent dans ce secteur : «zordi dans tou coins Maurice ou trouve ban dimoune pe vane T-shirts tou qualité marques». Il insiste pour un contrôle plus rigoureux de la part des autorités pour qu?il y ait des produits de qualité sur le marché.
Et l?avenir du métier de tailleur à Maurice ? Siven est sceptique : l?avenir n?est pas assuré. Il le confirme en citant l?attitude adoptée par sa fille Jemilla, étudiante au collège Gaëtan Raynal, à qui il demande de venir l?aider en période de vacances scolaires ou pendant le week-end lorsqu?il a trop de commandes. «Elle ne veut rien entendre. Elle préfère se concentrer sur ses études en informatique. Elle compte poursuivre des études supérieures à l?étranger plus tard et toucher un salaire beaucoup plus intéressant».
Les jeunes d?aujourd?hui, observe Siven, aiment s?habiller même si cela leur coûte cher quand c?est tendance comme pour les pattes d?éléphant qui ont fait leur apparition ces temps-ci.
Pour la pérennité du métier de tailleur, il suggère aux autorités de dispenser des cours de haut niveau par des professionnels.
Indrany a un autre regard sur cette nouvelle génération. : elle la trouve très dynamique.
«Je refuse de porter un jugement sur leur choix. Le monde bouge et les jeunes bouge avec leur temps», dit-elle.
Jaywantee, la voisine d?Indrany qui est à ses côtés, est contente : elle n?a pas à faire un long trajet pour se rendre sur son lieu de travail, d?autant plus qu?une bonne ambiance règne dans l?atelier.
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