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Les femmes savantes sur l?établi de la troupe Favory
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Les femmes savantes sur l?établi de la troupe Favory
LA CLE d?une répétition de la Troupe Favory : les attitudes parlantes d?Henri. Ses sourcils épais qui se haussent. Ses lèvres qui mâchent le texte tout bas. Cette façon de ne pas pouvoir tenir longtemps à la même place. Depuis septembre dernier, le metteur en scène est la réverbération du Molière qu?il a choisi. Les femmes savantes n?oppose-t-elle pas le corps à l?esprit ?
?On ne peut pas réduire cette pièce au mot anti-femme. Elle est plutôt contre les apparences, les masques dont nous nous affublons au quotidien.? Montée pour les bonnes raisons : d?abord parce qu?elle est inscrite au programme du Higher School Certificate et qu?elle donne du fil à retordre aux enseignants, Les femmes savantes seront en représentations d?ici la mi-mai.
La Troupe Favory et le centre culturel Charles Baudelaire avaient initialement programmé la pièce entre aujourd?hui et le 16 mai. Mais une défaillance physique en a décidé autrement. Au cours d?une répétition, l?une des comédiennes de la troupe s?est effondrée. Diagnostic : anémie prononcée. Le travail de ?maître? Henri s?en trouve bousculé. Le temps de trouver une nouvelle sensibilité, de l?apprivoiser. C?est à Virginie Sénèque qu?il confie le rôle de Henriette. D?où le sursis avant d?affronter le public.
Une pièce classique où le metteur en scène n?a rien modifié. Classique mais tellement contemporaine, Henri Favory s?en serait voulu de toucher à une seule des lignes de ce Molière qui attaque avec délectation et force ridicule ?les prétentions intellectuelles.?
Une ?uvre qui fait débat au sein de la troupe elle-même. Si Henri est d?avis que Molière va plus loin que les masques, sa femme ? tout aussi convaincue ? soutient que c?est grâce à l?excès que la condition des femmes a pu avancer.
Laissant là la controverse, Henri s?est réservé le rôle de Trissotin, poète ?trois fois sot.? ?Molière ne s?en prend pas qu?aux femmes. Il juge les rôles que nous tenons en société.? Quand Favory parle de son prédécesseur du 17e siècle, il laisse à tout les coups voir ses affinités avec lui. ?C?est l?avant dernière pièce de Molière. Après il fera Le Malade Imaginaire, avant de mourir. Moi, j?ai 63 ans et cela fera 30 ans que je fais ce métier.? La preuve que c?est le temps d?aller ?voir derrière le rôle où est l?être.?
?LE BON BOURGEOIS? DE MOLIERE
DISTRIBUTION RAJEUNIE POUR PUBLIC SCOLAIRE
La troupe Favory compte trois nouveaux venus en son sein. Leur ardeur canalisée par le metteur en scène fera une fois de plus exister cette pièce de Molière crée à Paris en mars 1672. Armande et Henriette, filles de Chrysale, le ?bon bourgeois? seront jouées par Gaëlle Tossé et Virginie Sénèque. Dans le rôle des parents : Marie France Favory et sa diction précise pour soutenir le registre de Philaminte la mère.
Face à elle, Jean Noël Lefou, dans la peau de Chrysale, le père et le mari aimant, vite dépassé par les événements. Il peut compter sur le soutien de son frère Ariste, un rôle tenu par Juanito Francisco, et de sa s?ur Bélise, personnifiée par Jennifer Alcindor. Clitandre, amant d?Henriette a été confié à Jason Godère. Deux ?connaisseurs? entre en scène durant la pièce : Trissotin, le bel esprit emballera sa sottise dans la verve de Henri Favory. Les gens de maison ? frondeurs et sympathique chez Molière ? ont été confiés à Cynthia Meethoo et Bruno Cully. Juanito Francisco cumulera celui de Julien.
La prose magnifiée par le figé
Des comédiens immobiles sur des blocs en bois. Des attitudes de statues pour que coule la prose de Molière, telle que reçue par la Troupe Favory. ?On s?efface pour ne pas alourdir le texte. En fin de compte, n?est-ce pas plus facile que de disparaître ?? Chez Favory, le comédien cultive le sens de la mesure. Apprend à rapprocher le théâtre de la vie. ?Nous sommes tous sur scène durant toute la pièce. La vie ne continue-t-elle pas ? Pourquoi se sauver en coulisses ??
Acte premier. Marie France Favory, assise au milieu de la scène. Tout chez elle parle de l?étude : la tête baissée sur un livre, l?air absent. Des reproches de son mari, joué par Jean Noël Lefou, pleuvent autour d?elle et de ses filles. La comédienne expérimentée serre le livre contre son c?ur.
Dans la chaleur qui règne sous la coupole d?inspiration italienne du théâtre de Port-Louis, la Troupe Favory répète sa nouvelle pièce. Le vieux bois absorbe avec quelques grincements espacés, le classicisme du texte. Pour mieux faire ressortir sa modernité.
Assis au fond de l?orchestre, le metteur en scène joue des sourcils. Enfoncé dans son siège, il se redresse soudain. Se tient au bord de la chaise, perché au bord de l?urgence de créer. Ses doigts se croisent et se décroisent sur le dossier du fauteuil rouge planté devant lui. ?Enn minit.? La directive tombe, précise : ?Dir sa for kouma dir to pe koz pou dimounn dan la-kouzinn.?
Et la prose de continuer à se dérouler. ?To ton tro for.? Aussitôt le volume se module selon le désir du metteur en scène. Pygmalion des attitudes, d?un mot d?ordre Henri Favory illustre ses trente années de service rendus au théâtre.
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