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Les femmes au royaume des hommes

8 mars 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il n?est pas rare que les clichés confinent encore la femme à ses fourneaux et aux travaux ménagers pendant que l?homme travaille pour ramener de l?argent. Pourtant les temps ont changé, les femmes sont de plus en plus nombreuses à mener une vie active.

Mais si les comportements ont changé, notre code du travail, lui, n?a pas suivi cette évolution. ?Le Labour Act est le seul texte de loi régissant le travail. Ce texte date de 1978, il est dépassé. On a besoin d?une loi plus moderne sur le travail, qui prendrait en compte les changements dans le monde du travail qui sont des conséquences directes de la globalisation?, déclare Maître Pramila Patten, avocate et experte sur le comité CEDAW.

En 1984, Maurice a ratifié la Convention sur l?élimination de toutes les formes de discriminations à l?égard des femmes (CEDAW.) Cette véritable charte des droits de la femme garantit notamment à celle-ci le droit au travail, le droit du libre choix professionnel, d?avoir les mêmes possibilités d?emploi et critères de sélection que les hommes, ainsi que le droit à la promotion, la stabilité de l?emploi, la formation professionnel, le recyclage, la sécurité sociale, une égalité de rémunération et de prestation, une égalité de traitement, des congés de maternité, ?

En signant cette convention, Maurice en tant qu?Etat partie, s?est engagé à lutter contre toutes les formes de discrimination à l?égard des femmes. Notre constitution garantit l?égalité à tous les citoyens, un amendement datant de 1995 rend illégale la discrimination basée sur le sexe et le Sex Discrimination Act a été voté en 2002. Mais malgré ces mesures, un écart entre l?égalité de jure et l?égalité de facto persiste.

Tous les quatre ans un rapport faisant état de la discrimination à Maurice est remis au CEDAW. Suite au dernier rapport examiné en août 2006, le comité a exprimé son inquiétude sur la précarité des emplois des femmes, la ségrégation professionnelle, l?écart salarial entre les sexes, et les droits de congés maternité.

Maître Patten note que ?le comité CEDAW a aussi recommandé l?adoption de mesures temporaires spéciales dans le secteur de l?emploi pour instaurer une égalité de droit et de fait et elle ajoute que l?adoption de ces mesures temporaires spéciales par le gouvernement serait un beau cadeau du gouvernement offert aux femmes de l?île Maurice et de Rodrigues.?

Ecart salarial

Même si dans le secteur public il n?y a pas de discrimination de salaire visible, dans le secteur privé il paraît que l?écart salarial demeure. Maître Patten déplore que les Remuneration Orders qui contiennent des clauses discriminatoires à l?égard des femmes sur la question de salaire persistent. Et elle espère que le Equal Opportunities Act sera adopté le plus rapidement possible afin de combler cette lacune.

En effet, selon les Remuneration Orders, le salaire quotidien de base en vigueur est plus élevé pour les hommes que pour les femmes. Il peut parfois varier de Rs 46,71 par jour dans le secteur agricole, ce qui fait une différence de près de Rs 1 000 par mois entre un homme et une femme ayant fourni le même travail comme ouvrier agricole dans l?industrie du sucre.

Ascension professionnelle

De plus la ségrégation professionnelle est encore très présente, beaucoup de secteurs et formations restent exclusivement masculins ou féminins, ?par exemple en 2002 il y avait 1 343 femmes dactylo pour 17 hommes. Et il y avait 107 hommes ingénieurs pour seulement quatre femmes?, démontre Pramila Patten, chiffres à l?appui. Et les femmes restent confinées à des emplois plus précaires, moins reconnus, malgré qu?elles aient un niveau d?étude égal ou supérieur aux hommes.

Sur cet aspect le comité CEDAW s?inquiète de la persistance de comportements et de stéréotypes patriarcaux concernant les rôles et les responsabilités des femmes et des hommes dans la famille et la société. Le CEDAW recommande des campagnes de sensibilisation et d?éducation afin d?éliminer les stéréotypes liés aux rôles sexuels traditionnels au sein de la famille et de la société.

Autre problème qui touche la femme dans le monde du travail : les barrières qui se dressent quant à son ascension professionnelle. Ce qu?on appelle l?effet Glass Ceilling ou plafond de verre met un terme à l?ascension professionnelle des femmes au-delà d?un certain seuil. Pramila Patten ajoute même qu?il y a un effet Sticky Floors empêchant les femmes de décoller. Mais il n?est pas facile non plus de concilier carrière et famille, les responsabilités familiales des femmes peuvent parfois faire obstacle.

Maître Patten fait ressortir que le comité a constaté une discrimination flagrante dans le droit du travail quant aux congés payés de maternité qui ne sont applicables que pour les trois premières naissances. Sur ce point, les lois mauriciennes vont à l?encontre de la Convention. Le CEDAW recommande d?accorder des prestations de maternité pour toutes les naissances et encourage l?introduction du congé de paternité et le congé parental. Maître Patten souligne qu?elle ?espère que le gouvernement fera de cette recommandation une priorité et fera en sorte de ne plus être en violation à la Convention.?

Maya DE SALLE ESSOO

Laura Woomed rêve de devenir garagiste

Dans le cours ?NTC 3 Automotive Body repairs and painting? de l?IVTB à Ebène, Laura Woomed, 17 ans, suit le cours de tôlerie parmi une vingtaine d?adolescents. ?Depi tipti mo kontan brikole, mo kouzin tinn aprann mwa inpe kitsoz dan loto. Mo ti interese.? Sur les traces de son grand-père garagiste, Laura ne compte pas en rester là et dès l?année prochaine elle suivra les cours de mécanique ou de peinture. ?Pli tar swa mo pou travay dan enn lazans swa mo ouver enn garaz.? Soutenue par sa famille et ses amis, Laura va à contresens des stéréotypes qui attribuent aux hommes et aux femmes des domaines professionnels précis. ?Mo bann paran zot kontan ki mo fer sa klas la et mo bann kamarad dir mwa koum sa li bon mo konn kote la mezon ek kote loto.?

Chaque jour Laura se retrouve donc en cours uniquement avec des garçons, à souder, percer, limer, à manier la plieuse ou la guillotine. Etre la seule femme parmi ces hommes ne semble pas la déranger même s?il lui a fallu un peu de temps pour s?habituer. Les garçons eux non plus ne semblent pas étonnés de voir Laura suivre cette voie, ?zot dir li bon enn ti fi fer, zot bien kontan, zot donn mwa enn cou de main si ena bann zafer lour pou porte, bann laparey.? Ses professeurs aussi trouvent positif le fait de voir des jeunes filles s?intéresser à ce domaine. Laura montre l?exemple, ouvre la voie à d?autres jeunes filles pour qu?enfin la ségrégation professionnelle s?estompe et laisse la place à un libre choix des domaines professionnels pour les femmes comme pour les hommes.

Témoignage

?Cela m?a pris 15 ans pour avoir une promotion?

Cette femme victime de discrimination sexuelle a décidé de rester anonyme étant donné qu?elle a de hautes responsabilités dans le secteur éducatif. C?est après 16 ans de carrière dans le même établissement que cette femme à été victime de discrimination sexuelle mais aussi raciale. ?Beaucoup d?hommes sont venus en poste après moi dans cet établissement et après cinq ans d?expérience, ils avaient une promotion alors qu?ils étaient moins qualifiés que moi et que j?étais là depuis 16 ans !? Au départ elle ne comprenait pas pourquoi sa carrière stagnait, elle pensait avoir affaire à un patron misogyne. Ce n?est qu?au fil des événements qu?elle comprit que le problème avait deux facettes. D?une part son patron avait une attitude véritablement raciste envers elle, ?il faisait des commentaires racistes quand j?étais seule avec lui. Selon lui, une femme asiatique ne pouvait pas bouger aussi vite que ça.? La deuxième facette de cette discrimination venait cette fois de sa patronne. ?Elle me disait : il faut attendre, vous êtes trop jeune, ? elle m?a empêché de monter et elle a influencé mon patron avec qui j?avais déjà un problème communautaire. On m?a même dit que je ne méritais pas de promotion car j?avais pris un congé sans solde de deux ans pour pouvoir m?occuper de mes enfants en bas âge.?

Cette discrimination a rendu la vie bien difficile à cette femme. Mais en 2002, elle décide de porter l?affaire devant la Sex Discrimination Unit. ?J?avais lu la Constitution et j?avais vu que c?était puni par la loi ce que je subissais et que je pouvais attaquer mon employeur. Alors j?ai rassemblé des faits, des preuves, j?ai comparé mes qualifications et mes années d?expériences aux hommes qui avaient eu des promotions en seulement quelques années d?expérience et moins qualifiés que moi. La discrimination était flagrante !? Avec son dossier, cette femme a pu démontrer qu?elle était victime de discrimination sexuelle. Elle a aujourd?hui obtenu sa promotion ?c?est une promotion pour un poste auquel j?avais été recommandée il y a 15 ans déjà. A l?époque on m?avait dit que j?étais trop jeune, et c?est peut être vrai. Mais cela a pris 15 ans pour que j?aie cette promotion à cause de cette femme !?

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