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Les faux débats
La trêve est finie et la politique reprend ses droits. Hélas ! On avait un moment cru qu?après les manifestations d?unité nationale par la population, les politiciens hésiteraient avant d?interpeller les Mauriciens dans leurs dimensions ethniques. Mais on a dû vite déchanter. La campagne des meetings politiques est à peine entamée, mais sur certaines estrades, les références à nos particularismes sont quotidiennes et les antagonismes latents sont exacerbés.
La majorité gouvernementale et l?opposition ont pris un mauvais pli en décidant d?organiser leur campagne de mobilisation autour de la personnalité du leader du Mouvement militant mauricien (MMM). Les partisans de l?alliance politique au pouvoir, eux, rendent un mauvais service à leur chef et à leurs partis en faisant dans la démesure pour célébrer l?accession de Paul Bérenger aux fonctions de Premier ministre. D?un autre côté, l?opposition persiste dans sa bêtise à vouloir faire de la personne du vice-Premier ministre le sujet principal de son discours politique.
Que Bérenger soit la cible de l?opposition, cela est de bonne guerre. Mais c?est l?argumentaire de l?opposition, et plus particulièrement celui de Navin Ramgoolam avec des messages subliminaires à connotations raciales, qui dérangent. Les membres du Parti travailliste se livreraient à un exercice intéressant s?ils expliquaient à l?opinion de quelle façon la transition prochaine au sommet de l?Etat aboutirait à la concentration des pouvoirs économiques et politiques entre les mêmes mains. Ils doivent se souvenir que ceux qu?ils présentent aujourd?hui comme les suppôts de la réaction étaient leurs alliés aux élections générales de 1995.
Les sous-entendus du message de l?opposition sont pernicieux. Ils dressent les Mauriciens les uns contre les autres à partir d?une argumentation reposant sur l?irrationnel. Les nombreuses références à certaines périodes sombres de l?histoire de notre pays sont loin d?être pertinentes à la réalité actuelle. A quoi sert-il de pousser les Mauriciens à s?opposer les uns aux autres sur fond d?ethnicité quand le pays a tant besoin de l?entente entre toutes les forces vives pour relever les défis économiques ?
Le constant rappel à l?identité particulariste peut avoir des effets négatifs. Par exemple, il incite des éléments de la société mauricienne à faire des demandes défiant la raison. C?est ainsi qu?on a entendu un professeur d?université, président d?une société socioculturelle, réclamer un deuxième ministère pour sa communauté et se rejouir de la nomination de Megh Pillay à la direction d?Air Mauritius.
Combien de temps encore devrons-nous subir de telles inepties ? Autant que l?on sache, Jayen Cuttaree mérite sa place au Conseil des ministres en raison de son engagement et de ses compétences. Le même raisonnement s?applique pour Megh Pillay. Ce gestionnaire de calibre international, formé à Baton Rouge, la prestigieuse université américaine, n?occupe pas les fonctions qui sont les siennes au nom de sa naissance mais en vertu de son savoir-faire maintes fois démontré.
Au chapitre des sous-entendus, les partisans de l?alliance gouvernementale ne font pas mieux. Toutes les manifestations de rejouissance à l?idée que Paul Bérenger accédera bientôt aux fonctions de Premier ministre commencent par devenir une vaste entreprise de culte de la personnalité. Or, Maurice sera à son quatrième Premier ministre et Bérenger n?est pas le premier membre du MMM à devenir chef de gouvernement. Le déluge de compliments et les rejouissances de masse projetées ne peuvent qu?apporter de l?eau au moulin de ceux qui prêtent des mobiles d?ordre communaliste aux partisans qui chantent des louanges au leader du MMM.
A cet effet, la manifestation prévue au Caudan prend des allures de provocation. Pour aborder son mandat premierministériel dans la sérénité, Bérenger a besoin de l?adhésion du plus grand nombre de Mauriciens. Ce serait, pour dire le moins, maladroit de braquer une partie de la population contre lui par quelque action exagérée.
En faisant de la personne de Bérenger le pivot du débat politique, les protagonistes détournent l?attention des vraies questions qui méritent d?être discutées. En vérité, on devrait plutôt s?attarder sur la façon dont Bérenger compte s?y prendre pour assurer que le pays soit dirigé convenablement, sur les moyens qu?il se donnera pour assurer que l?harmonie règne et les dispositions qu?il prendra pour permettre à Maurice de relever les défis économiques. Tout le reste n?est que faux débats.
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