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Les dessous de Miss Mauritius

31 août 2008, 00:00

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L?histoire de l?élection de Miss Mauritius ressemble presque à un rapt commercial. Malgré les critiques régulières sur la qualité de l?organisation, cette responsabilité revient aux mêmes chaque année. Et ce, depuis 39 ans. Primerose Obeegadoo et son fils, Kevin, ont réussi, au fil du temps, à imposer leur entreprise familiale, The Obee?s, comme l?instance légitime de l?organisation de Miss Mauritius.

Si la tête du comité organisateur est inébranlable ? Primerose, Kevin et Vanessa Obeegadoo respectivement présidente et directrice nationale, vice-président, et directrice adjointe ? les autres membres du comité sont « des professionnels qui aident bénévolement ». D?ailleurs, Primerose Obeegadoo rajoute que « la porte est ouverte à tous ceux et celles qui désirent collaborer à ce niveau ». Mais le comité n?est pas toujours réceptif aux critiques constructives.

Et critiques, il y en a. Accusations de favoritisme envers certaines candidates, attitudes cavalières de Primerose Obeegadoo envers d'autres ou encore un flou persistant sur le système de décompte où aucun huissier de justice n'est présent ? sont balayées d'un revers de la main par le comité national. Ce dernier brandit la sacro-sainte légitimité du comité comme justification pour les contrer.

Des critiques à l?oreille d?un sourd

Et les répliques sont sans appel. L?une des plus récentes en date : Valérie Sénèque-Orange, enseignante, qui découvre une faille dans le système de vote en ligne de la compétition la semaine dernière.

« Une copine m?a montré qu?on pouvait voter 1 000 fois pour une candidate en cinq minutes. Il suffit de cliquer frénétiquement sur le bouton ?vote? sans attendre que la page ne change. »

La réponse qu?elle reçoit lorsqu?elle transmet cette remarque au « comité national » est sciante. « Ce n?est pas à toi de nous dire ce qui est bien ou pas. Nous avons un comité qui prend les décisions qui s?imposent », lui répond, dans un premier temps le bureau du comité organisateur de Miss Mauritius, avant de s?excuser par la suite. Comme Valérie Sénèque-Orange, tous ceux qui s?aventurent à émettre des critiques font face à la même réplique : « Nous sommes la seule organisation autorisée à porter le nom de Miss Mauritius. »

Au niveau des autorités locales, personne ne s?est jamais posé de question sur la légitimité de l?entreprise de Primerose Obeegadoo. Au ministère des Arts et de la Culture, on s?est contenté de nous répondre : « Cette accréditation n?émane pas de chez nous. Nous fournissons des fonds lorsqu?il y a des items culturels à leur programme annuel, mais notre collaboration s?arrête là. » L?officier parlant sous le couvert de l?anonymat ne s?aventure pas plus loin.

Même son de cloche du côté de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA). « La Miss Mauritius est liée par un contrat avec la MTPA pendant toute la durée de son mandat. Elle est tenue d?agir comme un agent de relations publiques local. En gros, elle prête son image à la MTPA, contre un salaire mensuel de Rs 15 000. »

Pour défendre sa légitimité, la présidente et directrice du « comité national » de l?élection de Miss Mauritius, Primerose Obeegadoo, clame que son entreprise est « une franchise » de Miss World. Toutefois, les conditions pour aspirer aux concours internationaux Miss World et Miss Universe sont simples : il faut simplement que « l?instance nationale » du pays s?acquitte des frais de la franchise pour l?année.

Cette « franchise » s?établit ainsi purement sur une base annuelle, car elle s?achète. Dans un souci de promouvoir la compétition auprès des agences locales, selon les organisateurs de Miss World et de Miss Univers. Ainsi, toute entreprise locale peut, si elle s?acquitte des frais d?enregistrement, prétendre au titre d?organisatrice nationale de Miss Mauritius. C?est ainsi que, pendant les 39 ans d?existence du concours, une autre personne que les Obeegadoo a réussi à « ébranler cette histoire », pour reprendre ses propres mots.

Kailash Hurry, directeur du Centre de conférences Swami Vivekananda et actif dans l?événementiel, a réussi le coup d?organiser le concours de Miss Mauritius en 1998 aux dépens de Primerose Obeegadoo. « C?était une bonne première expérience. En fait, j?avais simplement acheté les droits de la franchise de Miss World à Eric Morley pour l?année, de même que ceux de 1999 et de 2000. Mais je n?ai pas voulu poursuivre l?aventure », explique-t-il.

« Miss Mauritius », marque déposée

Si prétendre au titre « d?instance nationale » est aussi simple que de s?acquitter des frais des organisateurs de Miss World, Kailash Hurry a d?abord dû surmonter un obstacle de taille : Primerose Obeegadoo détient des droits concernant l?appellation de « Miss Mauritius » (voir hors-texte). « J?ai simplement nommé mon concours Miss World Mauritius », explique Kailash Hurry.

Mais Primerose Obeegadoo a depuis repris le contrôle de la franchise. Et à environ trois semaines de l?élection de la Miss Mauritius 2009, les critiques continuent de fuser, de même que des accusations ? pour la plupart sans preuves ? de truquage. Comme la circulation des noms des deux favorites qui gagneront à coup sûr le concours selon certains. Mais quoi qu?il en soit, cette 39ème édition ? selon les Obeegadoo ? verra cette entreprise familiale imposer une fois de plus leur version de Miss Mauritius, la seule...

L?AVÈNEMENT D?UNE REINE

Organisatrice autoproclamée de Miss Mauritius, Primerose Obeegadoo a su prendre les bonnes décisions au bon moment et se retrouve aujourd?hui à la tête du comité national qui élit la plus belle femme du pays. Un comité dont elle détient le monopole depuis toujours ? 39 ans, selon elle. Mais son incursion dans ce monde, Primerose Obeegadoo la doit à un certain Michel Cervello, celui que l?histoire retiendra comme le premier organisateur d?une compétition de beauté à l?échelle nationale.

« En tant que directeur de l?agence Publico, il travaillait sur un projet pour la savonnette Eve à l?époque. Ceci l?a amené à lancer le concours Miss Eve dans les années 70 », se rappelle sa femme, Françoise Cervello. « Je me souviens de la première compétition qui s?était tenue au Morne. » Le succès de l?événement pousse Michel Cervello à en organiser un autre sur une base régulière sous une autre appellation : Miss Mauritius.

Primerose Obeegadoo fera sa première apparition dans ce concours lorsque Michel Cervello lui demande un jour de dessiner la robe de Miss Mauritius. La passion de Primerose Obeegadoo pour la mode n?est un secret pour personne. « Et petit à petit, elle a commencé à aider dans l?organisation de la compétition », raconte Françoise Cervello. Ainsi, outre la confection des vêtements et autres accessoires, Primerose Obeegadoo aide ensuite à la sélection des candidates.

« Finalement, un jour, mon époux s?est désintéressé de l?organisation de cette compétition, et Primerose Obeegadoo en a hérité », affirme Françoise Cervello, tout en avouant ne pas se souvenir de la date du retrait de son mari. De là, l?avènement de Primerose Obeegadoo ira crescendo. Car, consciente de ce qu?elle détient, elle procède d?abord par enregistrer l?appellation « Miss Mauritius » au compte de l?entreprise qu?elle crée et multiplie les contacts sur le plan international.

Au point de qualifier les Geneviève de Fontenay, présidente du Comité Miss France, Eric Morley, fondateur et président de Miss World, ou autres comme ses « amis personnels ». Depuis, elle est la reine autoproclamée de l?organisation du concours de beauté « officiel » de Maurice.

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