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Les derniers moments de Oudaï et Qoussaï
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Les derniers moments de Oudaï et Qoussaï
«Je ne peux considérer cette opération comme un échec. Notre mission est de localiser, puis de tuer ou de capturer. Dans ce cas précis, face à un ennemi qui s?était barricadé et se défendait, il était de notre devoir de prendre les mesures nécessaires à la neutralisation de la cible.» C?est ainsi que le général Ricardo Sanchez a justifié que les deux fils de Saddam Hussein aient été tués mardi 22 juillet, et non arrêtés, alors que les soldats américains impliqués dans l?opération auraient apparemment pu choisir de laisser la vie sauve aux deux anciens responsables irakiens.
Selon le récit fourni par le général, l?opération a commencé comme tant d?autres en Irak depuis plus de deux mois et demi. Les soldats seraient arrivés à bord de quatre véhicules blindés Humvee et auraient pris position autour de la maison.
Quatre occupants du bâtiment ? Oudaï et Qoussaï et, probablement, un garde du corps et l?un des jeunes fils d?Oudaï ? se seraient retranchés dans une partie fortifiée de la maison, au deuxième étage. Un interprète américain, muni d?un porte-voix, aurait demandé aux occupants du bâtiment de se rendre.
«Dans ce genre de situations, la règle est de demander aux gens de sortir de leur plein gré», a assuré le colonel Joe Anderson, commandant la 2e brigade de la 101e division aéroportée.
Le propriétaire de la maison, Nawaz Mohamed Al-Zeidane, en serait alors sorti en compagnie de son fils, Shalan, tous deux les mains sur la tête. Selon des témoins, ils ont aussitôt été évacués par l?armée.
Le choix de l?assaut
Par contre, les autres occupants de la maison se seraient montrés moins coopératifs, tirant plusieurs balles de 5,6 cm vers les soldats grâce à leurs fusils kalachnikov AK-47.
Les soldats auraient alors battu en retraite, quatre d?entre eux ayant été blessés. Les soldats américains, désormais au nombre de 200, se seraient alors positionnés à distance respectable, laissant un hélicoptère emmener leurs camarades blessés et évacuant les maisons voisines, tandis que deux hélicoptères d?assaut Kiowa prenaient eux position au-dessus du bâtiment.
Il était alors impossible aux deux frères de s?échapper. Par conséquent, les Américains, maîtres du temps, avaient la possibilité d?assiéger la maison et d?en faire sortir les occupants, par exemple à l?aide de gaz lacrymogène. Pourquoi alors avoir lancé l?assaut ? A-t-on voulu tuer Oudaï et Qoussaï Hussein plutôt que de les capturer ?
«Nous avons fait le choix de poursuivre notre action», a répondu, laconique et irrité, le général Sanchez à un journaliste qui lui posait cette question, mercredi à Bagdad.
Dimanche, l?administrateur en chef américain en Irak, Paul Bremer, avait laissé entendre qu?il n?était guère important que les anciens responsables irakiens recherchés, et en particulier Saddam Hussein et ses fils, soient arrêtés ou tués.
«Plus tôt nous le capturerons ou l?éliminerons, mieux ce sera», avait-il lancé à propos de l?ancien raïs lors d?un point-presse.
Une telle option suscite la désapprobation de certains experts.
«Si les Américains avaient arrêté Oudaï et Qoussaï, ils auraient appris quantité de choses sur l?ancien régime, les armes de destruction massive et les groupes de résistance, estime ainsi Fouad Allam, un spécialiste égyptien du terrorisme, dans le New York Times. Surtout, ils auraient obtenu une réponse à cette question :» «Où se cache Saddam Hussein ?»
Ils avaient changé d?apparence
Pour d?autres, qui considèrent que les deux fils de Saddam Hussein n?étaient pas des sources inépuisables d?information, l?arbitrage inverse a pu être fait.
«Le bénéfice de leur mort en termes d?impact sur la population irakienne et sur le fait qu?elle fasse davantage confiance aux Américains pour restaurer la sécurité dans le pays a pu être préféré au bénéfice qu?aurait apporté leur maintien en vie», avance Jonathan Stevenson, spécialiste de la lutte antiterroriste à l?Institut international d?études stratégiques de Londres.
Sans parler du besoin impérieux, pour la Maison-Blanche, que de «bonnes nouvelles» arrivent enfin d?Irak, en pleine polémique sur les armes de destruction massive et alors que le bilan de l?occupation américaine, après presque trois mois, est cruellement déficitaire.
Toujours est-il que vers 10 h 45, selon le récit du général Sanchez, les soldats américains auraient ouvert le feu, usant de mitraillettes et de lance-grenades. Les occupants auraient riposté. Les deux hélicoptères d?attaque auraient lancé dix missiles.
C?est alors qu?Oudaï et Qoussaï sont morts, selon le général américain. Moustapha, le fils d?Oudaï, aurait lui été tué une fois les soldats entrés dans la demeure, à 13 h 30. «Ça avait commencé comme une fusillade et ça s?est fini en véritable bataille», a résumé Nasser Hazim, un voisin.
Ballet de voitures luxueuses
Selon ce voisin, la source qui aurait informé les Américains, et qu?ils affirment avoir mis en sécurité, pourrait être Nawaz Mohamed Al-Zeidane lui-même, sa femme et ses quatre filles ayant manifestement quitté la maison quelques heures avant l?assaut.
D?après le voisinage, les deux fils de l?ancien dictateur étaient apparemment cachés là depuis quelque temps, le ballet des voitures luxueuses et des livraisons de produits ayant attiré son attention.
Selon le général Sanchez, quatre anciens membres du gouvernement de Saddam Hussein, dont Tarek Aziz, ancien vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, et deux oncles d?Oudaï et Qoussaï, Watban et Barzan Al-Tikriti, auraient reconnu les corps des deux hommes après que ceux-ci eurent été apportés à l?aéroport international de Bagdad.
«Nous allons veiller à ce que les Irakiens finissent par nous croire», a ajouté Paul Wolfowitz du ministère de la Défense. Ces photographies montrent la partie supérieure des deux corps et les visages blessés et ensanglantés des deux hommes. Ceux-ci avaient changé d?apparence physique, portant désormais la barbe et arborant, pour l?un, le crâne rasé, pour l?autre, une chevelure abondante.
Jeudi, un médecin membre du Conseil de gouvernement transitoire irakien, qui a vu les corps d?Oudaï et de Qoussaï Hussein, a confirmé qu?il n?y avait «pas de doute» que les cadavres étaient ceux des fils du président déchu.
© Le Monde 2003
distribué par
The New York Times Syndicate
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