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Les dangers d?une peine de prison sans rémission

18 mai 2006, 00:00

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De 15 à 16 ans avec rémission, la peine de ceux trouvés coupables de viols pourrait passer à 60 ans. Et sans rémission. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam a décidé d?employer les grands moyens pour satisfaire la population. Mais qu?advient-il de ceux employés dans l?administration pénitentiaire ? Le casse-tête. Face à la surpopulation carcérale que cette éventualité augure et au contrôle de plus en plus difficile des prisonniers, que feront-ils ?

Certes, les chiffres ne rassurent pas. De 26 cas de juillet 2004 à avril 2005, le nombre de viols à Maurice est passé à 27 cas de juillet 2005 à avril 2006. Navin Ramgoolam annonce donc qu?une législation est en préparation pour durcir les peines pour le viol et l?assassinat. Mais la possible peine de 60 ans sans rémission étonne. Car cette proposition intervient environ neuf mois après que l?Attorney General eut déclaré que le gouvernement avait l?intention de rétablir la rémission pour toutes les catégories de prisonniers.

Cette annonce avait fait l?effet d?une bombe et avait soulevé un tollé d?une partie de l?opinion publique, celle-là même qui réclame de temps à autre la réintroduction de la peine de mort. Depuis 1994, ceux condamnés sous le Dangerous Drugs Act ou pour viol sur des enfants et des handicapés ne sont plus éligibles à une rémission de leur sentence.

Cette décision, que des experts rendent responsable en grande partie de la dégradation dans le milieu carcéral, a eu pour résultat direct une augmentation du nombre de détenus et un manque de contrôle sur leur comportement. La nouvelle annoncée par Rama Valayden l?an dernier a donc apporté quelques mois de répit dans les prisons. Ceux condamnés pour des délits de drogue, soit 70 % de la population carcérale, attendent depuis neuf mois la décision gouvernementale, tout comme l?administration pénitentiaire et les gardes-chiourme.

?Le pire de nos maux?

Pendant ce temps, le bureau de l?Attorney General a rassuré l?administration pénitentiaire que la rémission serait bel et bien rétablie, en précisant que la mesure viendrait avec un durcissement de peines pour les délits tels le viol et l?assassinat. Mais voilà que Navin Ramgoolam vient affirmer au parlement que ceux trouvés coupables de viols ne seront pas éligibles à la rémission. Une nouvelle qui a sans doute réjoui la population mais que redoute le personnel des prisons.

La nouvelle a, en effet, été accueillie avec effroi à Beau-Bassin. Surtout qu?à l?heure actuelle, ceux ayant été condamnés pour viol sur des adultes bénéficient de rémission. ?L?effet direct sera une augmentation de la population carcérale ? le pire de tous nos maux?, réagit un haut gradé de l?administration des prisons.

A l?heure actuelle, on ne sait pas si le principe de ne pas accorder de rémission sera étendue aux autres catégories de prisonniers (ceux condamnés pour des délits de drogue). ?Si la décision a déjà été prise et qu?elle est irréversible, j?espère que cela ne concernera que les violeurs qui représentent une minorité des détenus. Mais ce serait la catastrophe si jamais les autres subissent le meme traitement?, se lamente un responsable des institutions dites réformatrices.

Le débat est vieux comme le monde. Comment protéger les citoyens tout en prenant en considération les droits fondamentaux de ceux qui ont fauté ? Les victimes de crimes et la population en général ont cette obsession, somme toute légitime, de voir le criminel puni sévèrement. Mais que fait-on de ces criminels ? Ce n?est pas là le souci des proches de victimes mais bien celui de l?Etat.

Dans bien des cas, comme en Grande-Bretagne, les politiciens, pour qui l?opinion publique compte, iront dans son sens. Tony Blair mène actuellement une guerre sans merci contre le judiciaire britannique parce que le public anglais est mécontent de l?approche très human rights des cours de justice anglaises. ?The criminal justice system is distant to what reasonable people expect from it?, a-t-il affirmé. Cela, dans un contexte semblable à celui de Maurice : une montée constante de la criminalité et un sentiment d?insécurité.

Et comme Blair, Ramgoolam a fait le choix du populisme.

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