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Les défis de l?après-guerre
Vingt-quatre heures après l?attentat contre le siège des Nations unies à Bagdad, les Etats-Unis ont fait savoir qu?ils envisageaient de revenir devant le Conseil de sécurité pour discuter du mandat des Nations unies en Irak.
L?annonce a été faite par l?ambassadeur américain à l?Onu, John Negroponte, à l?issue d?une réunion solennelle pendant laquelle le Conseil a adopté une déclaration affirmant son intention de ne pas se laisser «intimider» et de continuer à «aider les Irakiens à consolider la paix et la justice dans leur pays».
Signe de l?évolution, la séance avait été placée sous le chapitre «Menaces à la paix internationale du fait du terrorisme» et non sous le classique «La situation entre l?Irak et le Koweït» qui accompagne depuis 1990 les discussions sur l?Irak. L?ambassadeur américain a indiqué que Colin Powell avait prévu de venir lui-même présenter à Kofi Annan ce qui pourrait aboutir à «la possibilité d?une autre résolution du Conseil» sur le rôle de l?Onu en Irak. Par coïncidence, le Royaume-Uni et les Etats-Unis devaient aussi faire le premier compte rendu de leurs activités en Irak, en vertu de la résolution 1483 du 22 mai qui les «encourage» ? c?est tout ce que la coalition avait consenti à l?époque ? à tenir le Conseil «informé» de leurs «efforts».
Le ministre britannique Jack Straw avait aussi prévu d?être à New York, notamment pour des raisons privées. L?attentat lui a donné des raisons supplémentaires de souhaiter rencontrer Kofi Annan, tout comme il semble avoir ravivé les projets de Londres et de Washington de revenir au Conseil pour obtenir de l?aide dans leur entreprise de stabilisation de l?Irak.
«Il faut saisir le moment», explique un diplomate de la coalition. Londres et Washington semblent aussi vouloir profiter de l?émotion créée par l?attentat ? ce «coup très grave porté à la communauté du Bien», comme l?a dit l?ambassadeur américain pendant les consultations ? pour ranimer la flamme antiterroriste du Conseil et recréer ce qu?un diplomate appelle «une réponse unifiée renouvelée».
Agité en juillet, le projet de révision du mandat onusien avait été enterré il y a tout juste une semaine. «Les Etats-Unis abandonnent l?idée d?un rôle plus important pour les Nations unies dans l?occupation irakienne», titrait le 14 août le New York Times. D?un côté, les pays de l?ex-groupe antiguerre avaient fait savoir que leur position n?avait pas changé (l?Onu ne peut se contenter d?un rôle consultatif). De l?autre, les faucons de l?administration américaine avaient étalé des divergences sur l?étendue des concessions à faire aux éventuels partenaires. Finalement, une résolution plus modeste avait été adoptée, le 14 août, créant la Mission d?assistance de l?Onu en Irak, et «accueillant favorablement» la désignation du Conseil provisoire de gouvernement irakien (lequel siège dans le bâtiment, bien protégé, de la coalition). Et «l?élargissement» avait été considéré comme ajourné par Kofi Annan lui-même.
Le paysage à changé
En fait d?élargissement, les Etats-Unis entendent demander à la communauté internationale de l?argent et des troupes pour les aider à stabiliser l?Irak. Si l?on en croit les éléments rapportés par la presse, le projet américain a pour but, comme en juillet, de donner un cadre juridique à la participation militaire de pays tels que l?Inde, réticents à s?engager sans un feu vert des Nations unies. Il s?agirait aussi de pouvoir collecter des aides internationales avant la conférence des donateurs, prévue en octobre en Espagne, pour éviter un fiasco comparable à celui de la conférence organisée par le Programme des Nations unies pour le développement et par les Etats-Unis au mois de juin. Mais, pas plus que la version précédente, le projet de Washington ne donnerait de véritable pouvoir de contrôle à l?Onu. Le projet resterait donc à peu près le même, mais en l?espace de 24 heures le paysage a changé. L?attentat de mardi a montré au Conseil de sécurité que les personnels humanitaires en Irak doivent être protégés, comme ils le sont à Kaboul ou en République démocratique du Congo. Ainsi que l?a souligné Kofi Annan, leur sécurité était du ressort de la coalition. «Nous avions espéré que, à l?heure qu?il est, les forces de la coalition auraient sécurisé l?environnement pour nous permettre de mener à bien les principales tâches de la reconstruction politique et économique, a-t-il dit. Cela ne s?est pas produit.»
L?Onu ne devrait-elle pas alors déployer ses propres forces de sécurité ? Interrogé à ce sujet, Kofi Annan a exclu l?hypothèse d?une participation de casques bleus, un type d?intervention qui suppose une longue mise en place. Mais, a-t-il dit, la question de l?autorisation du Conseil à la création d?une force multinationale est en discussion. En interna- tionalisant la coalition, la formule aurait l?avantage de protéger l?Onu, sans la placer sous le parapluie de la puissance occupante.
Une nouvelle négociation semble donc devoir s?engager à New York. Tout en estimant indispensable de revoir le dispositif de l?Onu en Irak, de nombreux diplomates étaient sceptiques quant aux intentions américano-britanniques et attendaient surtout d?en savoir plus.
© Le Monde News Service par Corine Lesnes
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