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Les Comités
On dit beaucoup de mal des comités. Par exemple, qu?un chameau est un cheval dessiné par un comité ou, selon la formule anglaise, que c?est un groupe d?hommes importants ?who keep minutes and waste hours?. Les procès-verbaux, souvent verbeux, sont approuvés à la réunion suivante et on m?a parlé d?un secrétaire qui utilisait l?expression purulente: ?matières découlant du procès-verbal,? jusqu?à ce que quelqu?un suggère d?effectuer une intense fumigation de la salle, sauvant ainsi plusieurs vies.
De nos jours, on crée des tables de direction de toutes formes mais surtout en fer à cheval, sans doute pour porter bonheur. Si j?étais architecte, (à l?école j?ai failli à plusieurs reprises avoir un compas dans l?oeil), j?aurais dessiné des tables uniquement circulaires. Cela permet aux participants de tourner en rond en se livrant à des échanges d?idées préconçues qui aboutissent à un loss/loss situation. L?inconvénient, disent les habitués, c?est que la réunion se prolonge parfois au point où on est obligé de remplacer l?agenda par un ordre du soir.
S?il y a un membre particulièrement influent parmi l?assistance, il faut le voir après le comité entre quatre zyeux si on veut lui faire une suggestion. Celle-ci, pour être acceptée, peut rester à l?état larvaire pendant des mois, le temps pour lui de faire l?idée sienne et de l?émettre un beau jour comme s?il marchait sur le chemin de Damas et qu?une illumination soudaine la lui avait révélée. C?est le genre de bipède qui ne peut répondre au téléphone car ? il est en conférence? ou qu?il ?reçoit des visiteurs étrangers.?
Le chairperson ou, plus précisément, le armchairperson, car il finit toujours dans un fauteuil, adhère souvent à son siège avec de la glu et peut faire de l?incrustation fessière jusqu?à ce qu?une bonne âme lui offre une chaise croulante. Les bons meneurs de débats usent de savants stratagèmes dilatoires quand une question les embarrasse. ?Ce n?est pas à l?agenda? ou ?les statuts prévoient une motion formelle avec quatre jours de préavis? ou encore ?on pourrait nommer un sous-comité,? ce qui est une façon définitive de noyer le coupe-couillon et de mettre le projet au tiroir (refer to drawer) surtout si ces guignols se réunissent à la tombée du jour et transforment la réunion en saoûl-comité.
Dans toutes ces instances, il y a des arrivistes qui se font mousser sans savon et des casse-pieds qu?on devrait rétribuer en jetons d?absence. Mais, dans les comités vraiment importants, la plaie sociale, le black-label des conne-tout, c?est le consultant, souvent importé à grand frais et logé dans un hôtel dont les étoiles s?apparentent à une constellation. Comment faisait-on autrefois avant que cette engeance n?envahisse la planète ? Amusons-nous à refaçonner l?histoire.
Nous sommes le 2 décembre 1805, à l?aube. Napoléon va livrer bataille à Austerlitz. Comme il est brillamment intelligent et fin stratège, que fait-il? A cheval avec son beau harnais fonce-t-il cornes baissées contre l?attaquant? Non! Il réunit un comité de cinq consultants autour d?une table. Le premier lance deux dés pipés à la recherche d?un nombre favorable. Le second, chiromancien, lit dans la main impériale, le No. 3, un zougadère compulsif, joue à pile ou face, le quatrième, d?ascendance romaine, examine des entrailles de volatile et le dernier, un devin d?opérette, sort sa boule de cristal.
Pendant qu?ils lisent le procès-verbal de la dernière bataille et délibèrent, l?ennemi fait un mouvement tournant obligeant les Français qui changent de position à faire face au soleil. Aveuglé, Napo perd la bataille. Fin édifiante: guéri des comités et des conseils, il se retire dans un couvent à Bastia où il ne consulte plus que sa montre.
VOLCY
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