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Les collégiens dessinent l?école de leurs rêves
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Les collégiens dessinent l?école de leurs rêves
Fermez les yeux et décrivez-moi l?école de vos rêves ? Pas de doute, un tel exercice en dehors des bancs de l?école, cela plaît aux jeunes.
Cela leur permet de s?exprimer, de se défouler, de délirer, on a envie de dire. Pour une fois, ils ne vont pas être notés, ils n?ont pas à organiser leurs idées en paragraphes, ils peuvent être spontanés. Résultat, nous n?avons pas eu droit à de grands discours d?intellos, il n?y a pas eu d?esprit cartésien, pas non plus de phrases toutes faites tirées d?un manuel quelconque. Leurs préoccupations sont même parfois floues.
Qu?importe ! Derrière leurs visions, leurs références constantes à ce qui existe déjà, leurs revendications, leurs réponses parfois à côté, se dessine en filigrane l?école de leur rêve. Il va juste falloir lire entre les lignes de temps en temps.
Au premier abord l?école rime avec échéance. Comme ils la repousseraient s?ils avaient une baguette magique ! Pour la plupart d?entre eux, cette semaine c?est la rentrée des classes et cela équivaut à la fin des balades dans les arcades et dans les Food Courts. Adieu grosses chaînes dans le cou, nombril dehors, SMS à longueur de journée, jeux de réseau au cybercafé.
Ils ne pigent pas pourquoi l?école ne leur permet pas de faire tout cela parallèlement. Ils se prennent à rêver d?une vie d?école moins contraignante qui leur laisse le temps de s?amuser, « pour profiter de leur jeunesse », comme ils disent. L?école c?est aussi rebelote les uniformes, les devoirs, les classes surchargées, les rules and regulations, les leçons particulières, les rythmes épuisants. Ce sont là tant de choses qu?ils atténueraient si on leur donnait le choix, s?ils pouvaient décider.
Autre fantasme commun : une école sans les quatre murs. Ils conçoivent celle qu?ils fréquentent comme une perte de liberté, une prison. Ils voudraient d?une école où ils ont droit aux décisions, où ils donnent leur avis, où ils font les choses à leur rythme sans en être obligés. Ils réclament plus d?indépendance. Ils ne veulent plus être punis comme des enfants ni même qu?on menace de les punir. Ils rêvent d?une école où l?on n?est plus à cheval sur les retards, les absentéismes. Mais attention, qu?il n?y ait pas de malentendu. Les jeunes que nous avons rencontrés ne pensent pas qu?à s?éclater ou à se la couler douce. Ce sont des êtres responsables qui savent être mitigés. Ils sont conscients de leurs responsabilités comme de leurs droits.
Ils savent au fond d?eux que les vacances ne peuvent pas être éternelles et ils sont tous unanimes à dire que l?école est une affaire sérieuse.
« Ils voudraient d?une école où ils ont droit aux décisions, où ils donnent leur avis... »
C?est l?avenir, la condition sine qua non pour avoir un diplôme et être comptable plus tard ou encore biotechnicien.
C?est vrai qu?ils préfèrent le sport aux mathématiques. C?est vrai qu?ils aimeraient qu?il y ait de la musique pendant la récréation. Ils savent aussi que chaque chose vient en son temps, que ce n?est pas la peine de pousser le bouchon trop loin quant à leurs désirs. En réalité, même s?ils ont l?air de vouloir plus de liberté, ils détestent le laxisme.
Les mêmes infrastructures dans toutes les écoles
Par ailleurs, ils ont entendu dire qu?il existe des systèmes d?éducation moins académiques, plus ouverts sur le monde, où l?on n?apprend pas par c?ur, mais où l?on apprend à réfléchir. Ils aimeraient connaître cela. Les réformes que propose le gouvernement ? C?est un truc abstrait pour eux, une langue étrangère. Ce dont ils ont besoin, c?est du concret, que leurs profs soient cool, que les disciplines qu?ils jugent « imbéciles » disparaissent, qu?il y ait en même temps plus de sévérité envers certains de leurs pairs, qu?il y ait les mêmes infrastructures dans toutes les écoles?
Étonnamment, ce qui revient souvent sur le tapis, c?est le v?u qu?il n?y ait plus de violence mais plus de respect, de sécurité, de justice au sein de l?école. Ils veulent qu?on les valorise, qu?on les motive, qu?on les aime même. La psychologie de leurs enseignants semble plus les intéresser que leurs instructions.
Quoi qu?il en soit, à la fin, ils nous préviennent. Ils ne veulent pas que nous écrivions du mal sur leur collège. Ils choisissent d?être réalistes. Si l?école idéale n?existe pas, c?est parce que les humains ne sont pas parfaits. Néanmoins, ils ont le sens de l?appartenance. Ils tiennent donc à l?image de leur école et si parfois ils dénoncent certains travers, en contrepartie ils ne changeraient pour rien au monde cette occasion en or que leur donne l?école, celle de rencontrer les copains et les copines, d?avoir de longues discussions, de se retrouver sur le terrain de foot.
S?ils revendiquent certaines choses, c?est surtout dans l?espoir de pouvoir ainsi améliorer leur situation. S?ils en demandent trop, ce n?est pas grave, après tout ce n?est pas interdit de faire des rêves tout haut. C?est d?ailleurs le but de ce dossier. Les témoignages qui suivent pourront peut-être susciter des réflexions chez les principaux acteurs de l?univers éducatif, qui sait ?
TEMOIGNAGES
Umaira est en « Form III » dans un collège à Ph?nix
« L?école c?est un peu comme une prison parce qu?il faut mettre l?uniforme et cela nous fait paraître moins grand. Dans l?école de mes rêves, les an bas zénou n?existeraient plus. Ce serait comme déhor avec une grande cantine et on pourrait utiliser notre portable lors des récréations. Pour nous les jeunes, communiquer c?est important. On devrait pouvoir envoyer des SMS ou des emails à nos amis même quand on est à l?école. J?imagine aussi une école où les parents n?interfèrent pas, où ils n?ont pas besoin de venir voir les enseignants. »
Kishin aborde sa dernière année au collège
« Si je pouvais créer mon propre collège, j?en ferais un où la discipline ne serait pas stricte. L?école commencerait plus tard parce que c?est trop dur de se lever tôt tous les matins. Les classes seraient plus courtes et les récréations plus nombreuses. Les heures de retenue ne dépasseraient pas une demi-heure et
les renvois n?existeraient plus. Je suis d?accord avec le fait de devoir porter l?uniforme, car il y a des jeunes qui exagèrent, mais c?est nous qui devrions décider du modèle. Le recteur connaîtrait tous les élèves personnellement, les enseignants seraient plus proches d?eux. Ce serait bien aussi que le recteur nous surprenne de temps en temps pour casser la monotonie, comme par exemple nous dire certains matins que l?on peut rentrer chez soi, qu?il n?y a pas école aujourd?hui. Dans l?école de mes rêves, il n?y a pas de restrictions au niveau du style de cheveux. Les relations girl friend et boy friend sont autorisées et il y a des school partys. »
Feizal fréquente un collège à Cassis
« L?école idéale ? En fait, il n?y a pas grand-chose à changer. Celle que je fréquente est déjà bien comme cela. Les enseignants sont compréhensifs.
Ils vous disent de les prévenir s?ils donnent trop de devoirs. Ce qu?il faudrait pour que ce soit parfait, c?est plus d?espace. Je voudrais d?une école plus grande où l?on peut circuler librement, où l?on peut jouer à l?aise. Là comme c?est, on est trop en place. »
Deeya et Pooja collégiennes habitant à Mahébourg
« La première chose qu?on ferait, c?est d?éliminer ces lois imbéciles qui nous empêchent d?avoir des colorants dans les cheveux, de porter des bijoux, d?avoir des tatoos. Qu?est-ce que cela a à voir avec l?éducation ? Il y a tant de choses plus importantes sur lesquelles il vaudrait mieux se concentrer. On aimerait qu?il y ait plus d?activités dans les écoles en dehors des cours, qu?on nous donne des projets intéressants à faire pour casser la monotonie. Dans beaucoup d?écoles, on doit s?asseoir dans les classes pendant la récréation parce qu?il n?y a pas de place et qu?il n?y a rien à faire. Dans certaines, on ferme les salles de classe. Ce serait bien d?avoir une école où ce genre de loi n?existe pas. Et puis, les profs seraient plus amicaux et gentils, ils comprendraient nos problèmes (personnels), ils nous donneraient des solutions et ils seraient plus career guidance. Ils auraient plus de formation aussi. Parfois, on voit qu?ils ont des connaissances mais ils n?arrivent pas à les transmettre. Le recteur serait plus friendly aussi. On sait qu?il y a des élèves qui exagèrent, qui dépassent les limites. Dans une école juste, on punirait ceux-là et on ne pénaliserait pas tout le monde. Si j?étais recteur, je laisserais les filles porter le pantalon même en été. Le plus important c?est d?avoir le freedom of speech. »
Guillaume, d?un collège rose-hillien
« Dans une bonne école, on apprend avant tout les valeurs, les autres cultures, les traditions. Il y a trop de communalisme dans le pays. L?école est le meilleur moyen de combattre cela mais elle ne le fait pas, elle est trop rivée sur les examens. Une bonne école ne néglige pas le sport et ne le fait pas passer après le reste. Et puis, je serai content si on pouvait avoir plus de disciplines dans les écoles. Il y a un laisser-aller sans doute parce qu?on a peur des jeunes et cela crée des jeunes encore plus incontrôlables et plus vulgaires. »
Corvilen vient tout juste de quitter le collège
Pour moi, une école parfaite, c?est une école où il y a la discipline et où l?on a le courage d?appliquer la discipline. Il y a beaucoup de bagarres entre jeunes dans les collèges, mais personne ne s?en occupe. Les enseignants et les recteurs don?t mind. Ils pensent peut-être que ce n?est pas leur boulot et préfèrent ne pas s?impliquer. L?école idéale, je l?imagine sans ces enseignants qui donnent des leçons particulières et ne travaillent pas en classe. Dans cette école, les enseignants arrêtent d?humilier les élèves et réalisent que ces derniers ont souvent des problèmes à la maison. Ils ont une bonne approche avec les jeunes, ils ne font pas de discrimination et ils ne focus pas seulement sur le programme mais aussi sur les choses de la vie. En fait, l?idéal ce sera quand on a fini avec l?école et qu?on va à l?université. Il y aura plus de liberté à ce moment-là.
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