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Les chercheurs du «Sud» expatriés organisent l?aide à leurs pays d?origine
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Les chercheurs du «Sud» expatriés organisent l?aide à leurs pays d?origine
La question des rapports Nord-Sud, au c?ur du Forum social mondial qui se tient jusqu?au 21 janvier à Bombay, traverse aussi la planète scientifique. Depuis longtemps, en effet, les pays en développement s?inquiètent de la fuite de leurs cerveaux vers les pays du Nord.
Cette déperdition de matière grise est difficile à quantifier. Un collège d?experts internationaux réuni, à la demande du ministère français des affaires étrangères, par l?Institut de recherche pour le développement (IRD) souligne que «les expatriés représentent une part substantielle des capacités scientifiques et techniques du Sud». Le nombre de chercheurs et d?ingénieurs originaires de Chine, d?Inde, d?Afrique ou d?Amérique latine et installés aux Etats-Unis, en Europe ou au Japon est évalué à plus de 600 000.
«PILLAGE DES CERVEAUX»
Un potentiel équivalant au tiers des effectifs scientifiques et techniques en activité dans les pays en développement ! Ce pourcentage est même supérieur pour le continent africain, dont la France accueille, pour des raisons historiques, la plus grande part (34 %) des étudiants expatriés.
Rien ne semble pouvoir enrayer ce mouvement. «L?afflux des cerveaux du Sud vers le Nord est un phénomène massif et durable», estime la direction générale de la coopération internationale et du développement.
Cela, même si le renforcement du contrôle de l?immigration instauré par les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001, les politiques volontaristes d?aide au retour déployées par la Chine et par l?Inde, ou encore «l?hésitation de l?Europe entre repli et ouverture» rendent «incertaine l?évolution à moyen terme des flux internationaux de compétences», comme l?analyse Rémi Barré, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et président de ce groupe d?experts.
Ces diasporas scientifiques et techniques étaient jusqu?à présent considérées comme des «pertes sèches» pour les pays du Sud, privés de personnels très qualifiés nécessaires à la constitution d?élites nationales. Et comme un signe de l?échec des politiques de coopération, les efforts de formation des étudiants étrangers ne bénéficiant pas, ou trop peu, aux pays auxquels ils sont destinés.
Aujourd?hui, une nouvelle approche se fait jour. «Au lieu de nous lamenter sur le pillage des cerveaux des pays pauvres par les pays riches, nous préférons parier sur les diasporas scientifiques et techniques ? tout particulièrement sur celles des pays d?Afrique ? pour en faire un levier de notre politique de coopération», explique le ministère des affaires étrangères.
«SOUTIEN SOUPLE ET DURABLE»
L?expérience montre en effet que les chercheurs expatriés ont appris à s?organiser. D?abord, pour s?entraider dans leur pays d?adoption. Mais aussi pour venir en aide aux communautés scientifiques ou aux institutions de leurs pays d?origine. Les contributions des diasporas au développement local prennent de multiples
visages, comme le décrit le collège d?experts : «L?échange d?informations est une activité essentielle. Les expatriés se tiennent au courant des dynamiques et des besoins du pays d?origine, tandis qu?ils y envoient des données scientifiques, des dossiers d?appels d?offre pour financement, des livres qui manquent...»
Autres formes de coopération : la participation à des enseignements, l?accueil d?étudiants, le montage de projets de recherche conjoints, la réalisation d?expertises ou de travaux de consultance, ou même la participation à distance à la création d?entreprises.
Les sociétés d?informatique qui, depuis quelques années, poussent comme des champignons dans la région de Bangalore (sud de l?Inde), à l?initiative d?informaticiens d?origine indienne travaillant dans la Silicon Valley californienne, en sont un exemple extrême, car difficile à généraliser.
D?autres modalités de collaboration, plus diffuses, ont été trouvées par les diasporas latino-américaines. Un réseau colombien des chercheurs et ingénieurs à l?étranger (Red Caldas) et son homologue argentin (Red Cre@r) mènent de front toute une série d?actions : envoi de matériel et de documentation aux universités et aux centres de recherche locaux; repérage systématique des domaines scientifiques ou économiques à investir ; mise en place de programmes tenant compte des possibilités scientifiques du pays d?origine; organisation de séminaires de formation...
Parfois encouragées, voire organisées par les gouvernements eux-mêmes ? ainsi en va-t-il pour le réseau sud-africain Sansa (South African Network of Skills Abroad) ?, ces démarches restent souvent spontanées, comme dans le cas de l?association éthiopienne des anciens élèves de l?université d?Addis-Abeba. C?est dire qu?il n?existe pas de modèle unique de diaspora scientifique.
Ce «phénomène émergent, complexe, multiforme et évolutif», aujourd?hui porté pour l?essentiel par la société civile, mérite d?être soutenu de façon institutionnelle, estime le comité d?experts. Il invite donc les pouvoirs publics, des pays d?accueil comme des pays d?origine, à «faire le pari des diasporas».
Concrètement, il suggère de mettre en place des «incubateurs de diasporas», afin d?apporter aux initiatives des chercheurs expatriés «un soutien souple et durable» (gestion administrative, bases de données, ressources documentaires...), assorti d?une «évaluation régulière».
Le risque serait d?utiliser les réseaux de chercheurs à l?étranger comme «cache-misère», met toutefois en garde Roland Waast, chercheur à l?IRD et spécialiste de l?Afrique : «L?option diaspora ne saurait être considérée comme une potion magique, ni comme un substitut aux outils classiques de la coopération. Attention à ne pas fétichiser l?instrument après l?avoir longtemps ignoré.»
Le ministère des affaires Etrangères se défend d?ailleurs de cette tentation : «Le but final de notre politique de coopération, assure-t-il, reste la constitution de communautés scientifiques bien formées, bien équipées et intégrées à leur pays.»
Pierre Le Hir
© Le Monde News Service
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