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Les chemins de la purification

1 décembre 2007, 00:00

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Il ne changera d?avis pour rien. Ce qui est décidé doit arriver. Cela fait tout juste cinq jours que Reshad Rojid a passé la bague au doigt de Zaynab. Et le voilà, débout devant l?entrée de la salle de départ de l?aéroport, à Plaisance.

Il poussera son trolley en regardant en arrière, jusqu?au dernier moment. «Li bien difisil, me se enn plas ki tou dimoun pa gagn lokazion ale.» Il cherche à se donner une contenance. Fait des sourires un peu vagues. Lance en guise de boutade : «Ti fini pran desizyon pou ale pou gagn li, me inn fini gagn li avan», pour dire qu?il voulait entreprendre ce pèlerinage pour concrétiser son mariage.

Après cela, le pèlerin dira peu de chose. Il gère la séparation d?un mois avec celle pour qui, à l?origine, voulait entreprendre le pèlerinage à La Mecque.

Quelques minutes avant que ce jeune couple n?échange un dernier regard, nous demandons à Zaynab quel souvenir, quel cadeau elle a demandé à son mari de lui ramener. Elle, répond timidement : «Monn dir limem retourn bien.»

La famille se presse autour d?eux. Elle a loué un bus et ils sont venus à 50 pour faire un dernier salaam aux quatre personnes qui s?envolent en ce jeudi soir. Toutes les tantines sont là. Pas un cousin germain, pas une cousine par alliance ne manque à l?appel. Même les plus petits sont éveillés à cette heure où ils sont d?habitude au fond de leur lit. Dans certains cas, on s?est paré de ses plus beaux atours. Notamment dans le cas des enfants et des adolescents. On a mis ses sandales à paillettes. Ses habits réservés aux cérémonies.

<B>Faire provision de patience</B>

Mais au milieu de toute cette agitation, c?est la sérénité que dégage Azamkhan Jamsid. Visage paisible, vêtements blancs. Il ne reste plus que deux heures avant le grand départ.

Debout à l?extérieur de la salle de départ de l?aéroport, ce pèlerin en partance pour La Mecque est déjà ailleurs dans sa tête. Son voyage spirituel a commencé.

C?était jeudi soir. Le vol d?Emirates Airlines décollait à 23 h 20. Le pèlerin ? qui en est à son deuxième voyage en Arabie Saoudite ? est en avance. A cause de la «grande joie» que représentent les 20 jours à La Mecque et les dix jours à Médine qu?il a organisés pour le groupe de 80 personnes qu?il dirige.

Un noyau qui va se retrouver dans une foule de cinq à six millions de pèlerins. Pour s?y retrouver, le premier conseil qu?Azamkhan Jamsid donne à tous ceux qui se lancent sur les chemins de la purification, c?est de faire provision de patience. «Premier difikilte se langaz, se arab, zis nou bann guide ki kone, anplis klima diferan.»

Chaleur, moiteur et inconfort que Fatma Jahan, qui partira, elle, ce jeudi, balaie d?un revers de la main. «Quand je vais rendre visite à quelqu?un, je ne dis pas qu?il fait trop chaud dans sa maison. C?est pareil, là je vais dans la maison de Dieu. Durant tout le voyage, je lui dirais : ?me voici.? Il faudra qu?en retour il puisse me dire : ?me voilà?».

Cette infirmière qui a pris sa retraite après 40 ans de service est à son seizième pèlerinage cette année. Jeudi, elle partira avec sa s?ur et son beau-frère, car comme elle nous le spécifie : «Une femme ne peut partir qu?avec quelqu?un avec qui elle ne peut convoler en justes noces.»

Comme elle nous accueille chez elle à Plaine-Verte, une de ses amies lui apporte en cadeau deux bonnets servant à dissimuler les cheveux de la femme qui entreprend le pèlerinage. «Si un cheveu dépasse, j?aurai une amende», explique-t-elle. De combien ? demandons-nous. «Une vie», qu?il faudra payer en faisant le «qurbani», ou sacrifice.

Fatma ouvre sa valise. Nous montre le vêtement qu?elle portera là-bas. «J?ai choisi du crème parce que la femme du prophète portait du jaune.» Autre spécification : il faudra porter des vêtements sans coutures, symbole du linceul.

Pour elle, les conditions matérielles, les facilités de nettoyage à sec, le standing des hôtels ou le confort des tentes, tout cela est secondaire. D?ailleurs, à cause de son estomac qui ne supporte pas les mets épicés, Fatma a décidé qu?elle ne consommera pas les plats servis là-bas. Une boîte de sel dépasse de son sac de voyage. Elle nous explique qu?avant de partir, elle mélangera du sucre, du lait en poudre et des céréales. Un mélange qu?elle répartira dans des petits sacs en plastique prêts à l?usage. Car à 2 heures ou 3 heures du matin, heure de la prière, il faut faire vite?

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