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Les chauves-souris dans le collimateur

10 février 2008, 00:00

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Nous avons inscrit leurs noms sur la liste des mammifères à être protégés, conformément aux dispositions du Wildlife and National Parks Act de 1993. Mais aujourd?hui, les chauves-souris sont devenues de véritables nuisances, au point où le Conseil des ministres, lors de ses délibérations de vendredi, a décidé d?amender la législation pour permettre la mise en place d?un programme de réduction de la population de toute espèce protégée par cette législation lorsqu?elles constituent un danger pour la société.

« Cet amendement permettra de contrôler les dégâts causés par les chauves-souris aux fruits dans les vergers et les arrière-cours », indique un communiqué émanant du Conseil des ministres.

Et les chauves-souris ont de quoi faire? perdre leurs cheveux aux propriétaires de vergers et d?arbres fruitiers. Une étude effectuée par l?Agricultural Research and Extension Unit du ministère de l?Agriculture a révélé que les chauves-souris sont à l?origine de la destruction de 10 à 25 % des fruits des vergers commerciaux, et entre 60 et 80 % des fruits provenant des arrière-cours.

« Cette volonté d?intervention est encourageante, mais elle arrive trop tard. C?est bien avant la récolte des fruits qu?il aurait fallu mettre en place un plan pour combattre ces animaux. La situation s?est dé-gradée, il y a deux ans. Les chauves-souris s?attaquaient même à de jeunes letchis verts », explique le responsable d?un verger. Il met en garde contre un programme de réduction du nombre de l?espèce axé essentiellement sur la destruction.

Une aubaine pour les restaurateurs

Khemraj Sooknah coordonnateur du Mauritian Wildlife Club, explique la prolifération des chauves-souris par l?absence de prédateurs naturels susceptibles de contrôler leur population et le fait que l?espèce ne peut être ni capturée ni tuée vu qu?elle est protégée par la loi.

Les quatre espèces qui sont protégées par la loi sont le Tadarida aceta-bulosus (free-tailed), le Taphozous mauritianus (mauritian tombs), le Pteropus niger (qui ne se nourrit que de fruits) et le Pieropus rodricensis, la chauve-souris de Rodrigues.

Contrairement aux corbeaux, dont la population a dû être contrôlée pour cause de nuisance également, les chauves-souris peuvent être une au-baine pour certains restaurateurs. Si à Maurice, la consommation de la chair de chauve-souris n?est pas répandue, en raison surtout de l?interdiction de les tuer, tel n?est pas le cas dans d?autres pays. Aux Seychelles ou en Nouvelle-Calédonie, par exemple, la consommation de plats à base de chauve-souris est chose commune. Sur le site de l?agence de voyages easyvoyage, on indique qu?une des spécialités des Seychelles est la chauve-souris en civet.

En Nouvelle-Calédonie, la roussette, une espèce de chauve-souris frugivore est consommée soit en civet soit alors en marinade. L?ouvrage L?île Maurice à Table, de Philippe Lenoir, Raymond de Ravel et Jean-Pierre Lenoir propose, entre autres recettes, le civet de chauve-souris.

Il n?est pas impossible qu?une fois la loi amendée, le civet de la chauve-souris soit proposé dans les restaurants. « Si le produit est disponible, je vais certainement le proposer aux clients.

On peut faire un salmis ou plutôt un civet. On en trouve tout particulièrement dans les restaurants créoles aux Seychelles. On le prépare comme on le ferait avec du gibier tel que les lièvres, par exemple », explique Rosemay Delord, responsa-ble du restaurant Coco des îles à Ro-ches-Brunes, enseigne spécialisée dans des mets typiquement seychellois.

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