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Les candidats du PAN recrutent 8 000 chômeurs

18 mai 2007, 00:00

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Les candidats du PAN recrutent 8 000 chômeurs

Le Parti Travailliste, ramené au pouvoir aujourd’hui, en 2007, ne manque aucune occasion de piler sur Ashok Jugnauth, leader politique bénéficiant de la complaisance du MMM, en soulignant qu’il fait appel contre un verdict juridique le reconnaissant coupable de fraude et de corruption électorales. Il oublie toutefois qu’il y a 25 ans, les rôles sont tristement inversés et qu’une commission d’enquête accablera la fin de régime ramgoolamien et travailliste pour le recrutement de milliers de prétendus chômeurs, à la veille des élections du 11 juin 1982.

Tout commence à la mi-mai 1982 quand le journal éminemment ramgoolamien et travailliste, Advance, annonce en six colonnes à la une, le prochain recrutement de 8 000 chômeurs et le paiement d’une allocation de chômage à 15 000 chefs de famille. L’annonce s’accompagne d’une photo de Sir Seewoosagur Ramgoolam, à son bureau ministériel, brandissant un stylo, visiblement prêt pour une nouvelle paraphe préélectorale. Le Père de la Nation profite de cette publicité médiatique (l’on n’est jamais mieux servi que par les siens) pour préciser qu’il ne possède qu’une maison et non pas sept auxquelles s’ajoutent deux campements, allusion gratuite à son adversaire direct, Anerood Jugnauth, ayant eu, en pleine conférence de presse, à préciser, à un journaliste de l’express, l’étendue de ses avoirs immobiliers.

Au tour donc de Sir Seewoosagur Ramgoolam de tenir une conférence de presse pour présenter officiellement un pamphlet de la propagande électorale travailliste, pamphlet intitulé Our Economic Recovery, the Road to more Job Creation.

Aux deux mesures précitées (recrutement de 8 000 chômeurs (?) à la veille du scrutin du 11 juin 1982 et paiement à partir de fin juillet 1982 d’une allocation de chômage à 15 000 chefs de famille) s’ajoutent des cours de formation à 730 diplômés universitaires mais en chômage dans une île Maurice gouvernée par le Parti Travailliste depuis 1960, sinon avant.

Quelques jours plus tard, l’express apporte cette précision de taille, auprès de laquelle les accusations, retenues provisoirement contre Ashok Jugnauth, peuvent faire sourire. Le 19 mai 1982, en effet, l’express annonce que des candidats du PAN (Parti travailliste, satellites et compagnies) recruteront en personne et autant que possible, avant les élections du 11 juin 1982, les 8 000 chômeurs pressentis, soit une moyenne de 400 bénéficiaires par circonscription. Il suffira donc à ces candidats PANiqués de recruter 400 indécis par circonscription pour enlever 400 votants au MMM/PSM et renforcer d’autant le nombre de suffrages revenant au PTr et alliés. Appliquer cette recette, que condamnera vivement la commission d’enquête Lallah (Rajsoomer), après le 11 juin 1982, aux résultats électoraux du 20 décembre 1976 pourrait, en effet, modifier grandement les résultats normaux et démocratiques d’un tel scrutin. Nous ne sommes toutefois plus en 1976, mais bien à la veille du 11 juin 1982 et les carottes sont déjà cuites pour le PAN et ses membres associés.

Il y aura toujours, hélas, assez de Mauriciens pour tremper dans de telles magouilles, cousues d’un fil blanc aussi grossier. L’encre, ayant servi à imprimer, à la une d’un journal, jadis, aussi respectable et crédible qu’Advance, l’aubaine pré-électorale concoctée dans une officine travailliste, n’a pas encore séché que déjà la file d’attente s’allonge devant l’Hôtel du Gouvernement et devant les demeures de plusieurs candidats du PAN et de leurs agents électoraux. Devant l’Hôtel du gouvernement, la queue des chômeurs (?) s’allonge pathétiquement. Elle commence devant l’entrée de l’Hôtel du gouvernement, à la rue Royale, se prolonge tout le long des rues William-Newton, Rémy-Ollier et de l’Intendance. Plus triste encore, des travailleurs désertent leur emploi stable et permanent dans le secteur privé dans le vain espoir de s’agripper à ce boutte pré-électoral.

Faut-il rappeler, ici, que nous sommes en pleine campagne électorale car l’Assemblée législative est dissoute depuis décembre 1981, que le dépôt des candidatures a eu lieu le 30 avril 1982 et qu’il y aura des élections législatives le 11 juin de cette année ? Le PTr ne se gêne pourtant pas pour multiplier les inaugurations (Lycée Polytechnique Guy-Forget à Centre-de-Flacq, circonscription de Kher Jagatsingh, mise en service des faisceaux hertziens pour Mauritius Telecom, faute de pouvoir donner le premier coup de pioche à l’aéroport du Nord)

A cette magouille pré-électorale, on y ajoute, bien sûr, un vernis administratif et officiel. Un “hardship committee” est constitué, composé qu’il est du ministre de l’Emploi, Saccram, et de candidats du PAN. Les bureaux de l’Emploi sont mis à contribution pour la frime. Le dernier mot, la décision de recruter ou non, reviendra finalement à des candidats du PAN. Les recrues sont prévenues : ils devront au départ se contenter de travaux manuels. Qu’ils se rassurent, ils deviendront ronds-de-cuir et cols blancs à la première occasion. Il suffit que le Parti travailliste conserve le pouvoir.

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