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Les camps de travaux forcés
A peine nourris, squelettiques, vieillis prématurément, sévèrement punis et parfois torturés, ils meurent souvent d?épuisement avant l?expiration de leur peine. Tel est le sort de 150 000 à 200 000 Nord-Coréens envoyés dans les camps de travail, selon un rapport de 125 pages, «Le Goulag caché : les camps de prisonniers en Corée du Nord», établi par David Hawk, un ancien enquêteur sur les droits de l?homme pour les Nations unies qui a travaillé sur le génocide au Cambodge et sur les massacres au Rwanda.
L?enquête réalisée pour le Comité en faveur des droits de l?homme en Corée du Nord (organisation non gouvernementale américaine) se fonde sur les témoignages d?anciens prisonniers et de gardiens d?une trentaine de camps de travail : du «goulag», où sont placés ceux qui ont été accusés de «crimes» contre le régime, aux centres de détention des migrants clandestins expulsés de Chine. Les autorités nord-coréennes nient toute violation des droits de l?homme ainsi que l?existence de prisonniers politiques.
Plusieurs de ces lieux de détention ont été identifiés par des photographies prises par satellite. Contrairement aux camps de la mort nazis, les camps de travail nord-coréens sont conçus sur le modèle du goulag stalinien, écrit, dans l?introduction du rapport, Anne Applebaum : il s?agit d?exploiter au maximum ce qui reste de forces aux prisonniers pour produire. Selon Ahn Myong-chol, un ancien militaire affecté à la surveillance de camps de travail qui a fait défection il y a une dizaine d?années, rencontré récemment à Séoul, les prisonniers travaillent de 6 heures à 20 heures en hiver et de 5 heures à 21 heures en été. La plupart dans des mines ; d?autres sont affectés à l?agriculture ou à des travaux de construction. «Dans les mines, en raison de l?insuffisance des mesures de sécurité, les accidents sont fréquents», poursuit-il.
«Les gardiens sont armés et les prisonniers battus ou torturés à la moindre incartade. Les exécutions ont lieu en public.» Cité dans le rapport de David Hawk, M. Ahn estime que 1 500 à 2 000 prisonniers mouraient chaque année dans le camp de Haengyoung, où il se trouvait au début des années 1990. A la suite de sa défection, son frère et sa mère ont été arrêtés et sont morts dans des camps.
Des sanctions collectives frappent des familles sur trois générations à la suite du «délit» politique commis par l?un de ses membres, selon le rapport qui fait aussi état d?avortements forcés des migrantes de la faim expulsées de Chine, ainsi que de cas d?infanticides pratiqués sous les yeux des mères. Ceux qui enfreignent les règlements sont placés dans des cellules souterraines où ils ne peuvent ni s?étendre ni se tenir debout ; certains sont exécutés. Même si les témoignages figurant dans le rapport de David Hawk sont, pour la plupart, déjà connus en Corée du Sud, le rapport a néanmoins le mérite de dresser un état des lieux des témoignages dramatiques de réfugiés qui ont fui la Corée du Nord. La situation décrite est celle de la fin de la décennie 1990.
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