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Les basses oeuvres

13 août 2003, 20:00

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Le réaménagement de la grille des programmes de la MBC a suscité des réactions qui sont disproportionnées par rapport à l?événement. Quatre jours seulement après l?entrée en vigueur des nouvelles mesures, le Premier ministre a été contraint de mettre sur pied un comité composé d?environ dix ministres pour étudier les griefs du public. Pour sa part, l?opposition est montée au créneau pour dénoncer avec force les changements.

L?explication de ce phénomène surprenant tient à la disposition naturelle d?un grand nombre d?entre nous de donner une lecture ethnique à toute proposition de changement. Il en résulte une tension amplifiée par un blocage qui ne permet pas de discuter, de manière dépassionnée, les questions sensibles.

Dès l?application de la nouvelle grille, des réseaux obscurs ont commencé leurs basses ?uvres pour empoisonner les esprits et faire un amalgame avec le contexte politique. Parmi toutes les modifications apportées par la direction de la MBC, les agitateurs ont mis en exergue deux changements qui démontrent, selon eux, une volonté de dévaloriser les programmes en langues orientales. Ils ont mis l?accent sur la diffusion des programmes orientaux exclusivement sur la deuxième chaîne de télévision et la refonte de la chaîne radio, One World ?FM. Leur campagne a porté ses fruits.

Il a suffi de quelques jours pour que le grondement parvienne aux oreilles du Premier ministre. Dès le mardi 5 il a mis sur pied un comité inter-ministériel pour réfléchir sur une grille qui était applicable depuis le 1er août. Très rapidement, il a convoqué les responsables de la MBC et leur a demandé de tenir compte des ?perceptions? du public. A son tour, l?opposition en a fait le sujet de sa PNQ le mardi suivant, ce qui indique qu?elle a mesuré le capital politique qu?elle peut tirer de l?affaire.

Si Anerood Jugnauth a réagi sur cette question avec une promptitude inhabituelle ces temps-ci, c?est que l?enjeu était cette fois trop important à ses yeux. On ne peut éviter de faire un lien entre son intervention presque spontanée dans cette affaire et la nécessité pour lui de calmer son électorat à la veille d?une partielle à Rivière-du-Rempart.

Il reste à savoir la nature du relais qui a opéré pour que le Premier ministre se rende compte aussi vite que les décisions de la MBC avaient un caractère controversable. Il est probable qu?il a été alerté par ses services de renseignement mais on ne peut écarter la possibilité qu?il a subi des pressions de la part de mouvements dits socioculturels.

Anerood Jugnauth était devenu, depuis sa défaite en 1995, un homme pragmatique qui ne reconnaissait aucune légitimité à ces prétendus leaders d?opinion qui commandent la nébuleuse de groupements dont les activités ont une nature à la fois religieuse, sociale et politique. S?est-il laissé convaincre que ces dirigeants ont un poids quelconque ?

En tout cas, l?activisme de ces petits potentats, dans tous les groupes sociaux, reste inquiétant. Visiblement, ils exercent sur le pouvoir une influence encore importante.

Pour ceux qui ont réellement essayé de comprendre les changements apportés à la MBC, y compris celui qui consiste à donner une identité linguistique à chaque chaîne télé, c?est un impératif d?efficacité qui s?est imposé. Cependant, la direction de la MBC n?a fait aucun effort de pédagogie pour expliquer la rationalisation et l?harmonisation de sa programmation. Ce manque de transparence a laissé le terrain libre à ceux qui aiment ?uvrer dans l?ombre.

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