Publicité
Les Aurdally donnent leur version de l?affaire Tipo
Par
Partager cet article
Les Aurdally donnent leur version de l?affaire Tipo
Même si Mohamed est absent de la maison des Aurdally à la cité Martial, Port-Louis, on sent sa présence partout à travers une multitude d?objets : cartable, ébauches, feutres, figurines et miniatures d?animaux sur la table de la cuisine.
Puis il y a les nombreux jouets, bien rangés dans leur boîte, sur l?étagère de la chambre qu?il aurait régulièrement occupée quand il dormait là. Et depuis le début de l?année, c?était du lundi au vendredi car avant d?aller à l?école, il fréquentait la madrassa du quartier.
<B>«Son intérêt à coeur»</B>
Comme Mohamed se plaignait souvent de la chaleur, Mahmad qui est commerçant, a fait installer un climatiseur dans sa chambre. Posée devant son armoire, se trouve une valise remplie de présents qu?ils lui ont ramenés de leur récent voyage en Inde. «Comme vous pouvez le voir, nous avons toujours eu l?intérêt de Mohamed à c?ur. Ce qui nous peine le plus en ce moment, c?est que pendant cinq semaines, il a manqué l?école alors qu?il a eu d?excellentes notes lors de son premier trimestre à l?école Jean-Lebrun.»
En rétrospective, Mahmad et Ameenah expliquent que c?est à travers un des frères de Mahmad que Marianne Alfred fréquente, qu?ils la rencontrent. Mohamed n?a alors que trois mois. Leur affection pour l?enfant est quasi-instantanée. Ils savent que le bébé est issu d?une famille de foi islamique et que sa mère le confie souvent à Marianne. «Quand elle avait à faire, Marianne le laissait un ou deux jours chez mon frère où nous allions le voir», explique Mahmad.
A les croire, le courant serait bien passé entre Marianne et eux. Pour preuve, disent-ils, elle n?a pas objecté quand ils ont demandé à s?occuper de la circoncision de l?enfant à l?âge de cinq mois de même que pour célébrer ses anniversaires. Point de refus non plus quand il a fallu l?admettre à l?école maternelle Zam-Zam à leurs frais.
Mahmad explique les habitudes qui s?étaient instaurées entre Mohamed et eux durant la semaine. «Pendant plus de deux ans, je le récupérais le matin et je l?emmenais à la maison où Ameenah le baignait et lui donnait son petit-déjeuner et son goûter avant que j?aille le déposer à l?école. Dans l?après-midi, nous allions le chercher pour qu?il prenne son bain et son dîner avant de le retourner chez Marianne. Un après-midi où il s?était endormi chez nous, nous avons téléphoné à Marianne pour lui demander quoi faire. Elle nous a autorisés à le garder pour la nuit. Et c?est devenu une habitude : deux à trois fois la semaine, Mohamed dormait chez nous.»
Les relations entre le couple et Marianne Alfred se seraient gâtées à la mort de la mère de l?enfant après une visite de Mahmad aux grands-parents maternels de Mohamed. Il avait proposé de récupérer l?enfant et d?assumer sa responsabilité légale. Des propos qui auraient été répercutés à Marianne.
«Lorsque j?ai essayé de récupérer l?enfant, elle a refusé de me le donner en des termes peu châtiés. J?ai préféré me retirer. Pendant cinq semaines, nous n?avons pas vu Mohamed et il a manqué l?école. Pour qu?il n?en pâtisse plus, j?ai approché le voisin des Alfred et je lui ai demandé d?intercéder auprès d?eux dans l?intérêt de l?enfant. J?ai même proposé, pour ne pas envenimer nos rapports, de ne plus aller le chercher mais de payer pour qu?un car de ramassage scolaire l?emmène à l?école le matin et le récupère l?après-midi. Marianne Alfred a accepté», poursuit Mahmad.
Il en est ainsi pendant des mois jusqu?à ce que les Aurdally se rendent compte que Mohamed doit patienter près d?une heure avant d?être récupéré par le van. Ameenah finit par intercéder auprès de Marianne pour que l?enfant puisse recommencer à passer l?après-midi chez eux. Cette dernière cède. Les allées et venues de Mohamed entre le domicile des Aurdally et celui des Alfred recommencent comme autrefois.
<B>«Enn servolan kas lalign»</B>
L?idée d?initier des procédures d?adoption vient à Mahmad lors d?un projet de voyage en Inde en avril dernier. Le commerçant admet n?avoir rien dit à Marianne. «Je voulais obtenir son passeport avant de la mettre au courant. Je savais qu?elle n?allait pas refuser le voyage à Mohamed mais au bureau du Passeport, on m?a dit qu?il me fallait, au préalable, avoir un droit légal sur Mohamed. Lerla monn realize ki zanfan la ti couma enn servolant kas la lign. Ni mwa, ni Marianne Alfred pa ti ena drwa legal lor li. Nimport ki sannla ki ti fer demann pou so adopsion ti pou gagn li. Adopsion pa ti pou sanz nanien parski mo ti pou les Mohamed kontinie fer va et vien ant nou ek bann Alfred.»
La suite, on la connaît. Les Aurdally obtiennent l?adoption de l?enfant mais ce dernier ne peut voyager avec eux car il est repris par Marianne Alfred. Le 5 mai, la cour demande à cette dernière de rendre Mohamed aux Aurdally mais elle refuse. Jeudi dernier, le juge Bushan Domah confirme le jugement initial.
Les Aurdally disent n?avoir pas le sentiment d?avoir mal agi d?un point de vue moral. Ils sont convaincus d?être dans leur bon droit. Ils attendent le retour de Mohamed. «Beaucoup de calomnies ont été dites contre nous mais nous n?allons pas répondre aux provocations. Nous faisons confiance à la justice des hommes et de Dieu. Nous finirons par trouver la lumière au bout du tunnel.»
<B>Compromis temporaire </B>
La bataille légale continue entre Marianne Alfred et Mahmad et Ameenah Aurdally, les parents adoptifs de Tipo, pour la garde de ce dernier. Les deux parties ont été convoquées hier après-midi dans le bureau du chef juge p.i. Bernard Sik Yuen. En faisant preuve de doigté, le juge est parvenu à calmer l?ardeur de deux parties à travers une solution temporaire. C?est-à-dire que Tipo reste avec Marianne Alfred jusqu?au vendredi 10 juin.
C?est, en effet, le jour où sera débattue la motion d?outrage à la cour à l?encontre de Marianne Alfred, présentée par les Aurdally. Mahmad et Ameenah Aurdally estiment que Marianne Alfred ne s?est pas conformée à l?ordre émis par le juge Bushan Domah, qui leur confie la garde de Tipo.
Quant à Marianne Alfred, elle refuse de rendre cet enfant dont elle s?est occupée depuis l?âge de trois mois. Comme avant-hier, une vingtaine de personnes, pancartes en main, ont manifesté de nouveau devant la Cour suprême pour que Tipo lui soit confié.
Hier à 11 heures, Mes Raouf Juddoo, avocat du couple Aurdally, et Panzany Rangasamy, avoué de Marianne Alfred, ont rencontré le chef juge suppléant juge Sik Yuen. Il les a informés qu?il voulait les rencontrer de même que Tipo à 14 heures.
À 13 h 55, Marianne Alfred est revenue, tenant Tipo dans ses bras. L?enfant souriait, inconscient du drame qui se joue autour de sa petite personne? Le sergent de police, affecté à la Cour suprême, l?a alors emmené ainsi que les Aurdally, dans le bureau du chef juge suppléant Sik Yuen.
L?entretien avec les deux parties a duré une quinzaine de minutes. Il en est sorti un accord temporaire visant à ce que Tipo reste sous la garde de Marianne jusqu?à vendredi prochain. Le juge leur a aussi demandé de revenir lundi à 12 h 30 pour décider si la motion du couple Aurdally qui sera débattue, le 10 juin, est «in shape».
Publicité
Publicité
Les plus récents