Publicité
Les Américains ne sont pas au bout de leur peine
Par
Partager cet article
Les Américains ne sont pas au bout de leur peine
<B>Nouvel appel à la guérilla attribué à Saddam Hussein</B>
Trois mois après la chute de Bagdad, la télévision libanaise LBC a diffusé, mardi, un nouvel enregistrement sonore attribué au président irakien déchu, Saddam Hussein, qui appelle les Irakiens à s?unir pour ?chasser les envahisseurs?, américains et britanniques.
?Arabes, Kurdes, Turcomans, chiites, sunnites, musulmans et chrétiens... votre mission principale est de chasser les envahisseurs de notre pays en unifiant vos rangs?, déclare l?ancien leader irakien, qui, si le message est authentique, se place ainsi en chef de la résistance.
L?enregistrement a été trouvé sur une cassette audio déposée dans une enveloppe adressée à la société conjointe, Al Hayat-LBC (Lebanese Broadcasting Corporation) et placée devant la porte de son bureau à l?hôtel Palestine à Bagdad, selon la direction de la chaîne.
Dans un ?appel au peuple? irakien de quatorze minutes, intégralement diffusé, son auteur, affirmant parler ?de l?intérieur? de l?Irak, proclame que ?l?action clandestine est la méthode la plus adaptée? face aux troupes américano-britanniques.
?Le glorieux peuple irakien n?acceptera jamais d?accueillir les armées des envahisseurs?, ajoute ce message diffusé trois mois, presque jour pour jour, après la chute du régime baasiste le 9 avril.
?Les Irakiens sont tous frères. Ils sont un seul peuple. Les envahisseurs sont venus en espérant qu?ils seraient accueillis en libérateurs mais leurs espoirs ont été déçus. Unissez-vous, ne tenez compte que de l?intérêt de l?Irak et n?ayez devant les yeux que le drapeau sur lequel est inscrit ?Allah Akbar? ? Dieu est le plus grand?, poursuit-il. Il assure même : ?Vous avez vaincu l?Amérique et ses alliés et les avez dépossédés de leur honneur?.
Il parle de l?intérieur du pays
Dans l?enregistrement, où il parle à la première personne pour s?adresser à ses compatriotes, l?orateur ne se nomme pas explicitement. Une première bande sonore attribuée à l?ex-président avait été diffusée vendredi, jour de la fête nationale américaine, sur la chaîne satellitaire qatarie Al-Jazira. L?ancien raïs, indiquant s?exprimer le 14 juin, y appelait à la résistance contre les Américains et affirmait que ses compagnons et lui sont ?toujours en Irak?. Dans le second message, il affirme encore parler de ?l?intérieur du pays?, mais ne date pas son enregistrement. Il y est seulement fait référence à son anniversaire, le 28 avril dernier, qui a été, selon l?auteur du message, célébré à travers tout le pays déjà sous occupation. L?ancien chef des renseignements militaires de Saddam Hussein, Wafiq Al-Samarraï, a déclaré à Al-Jazira que Saddam Hussein se trouvait sans doute entre Bagdad et la ville de Samarra, à 125 km au nord de la capitale.
Selon la direction de la LBC, la cassette comportait de la musique sur une face et le discours de Saddam sur l?autre. ?D?après les experts que nous avons interrogés, ce message a été enregistré dans des conditions difficiles, dans un endroit où l?acoustique est mauvaise. Mais certains ont cru reconnaître la voix de Saddam?, a-t-on déclaré de même source. Le ton du message de mardi était plutôt monocorde, ce qui correspond au style de l?ancien président irakien. Lundi, les services de renseignement américains de la CIA ont estimé, après analyse technique, que l?enregistrement diffusé par Al-Jazira était ?très probablement? authentique.
Sur le terrain, les attaques contre la coalition et la police irakienne se poursuivent. Face à la recrudescence des attaques contre ses forces et les policiers irakiens, la coalition a décidé d?accorder ?une récompense de 2 500 dollars à toute personne fournissant des informations qui conduisent à l?arrestation de ceux qui tuent ou tirent sur nos militaires ou sur des policiers irakiens?, rapporte le quotidien Al-Sabah, organe de la coalition.
© Le Monde 2003 distribué par The New York Times Syndicate
?Pendant la guerre, presqu?aucun Irakien n?a combattu, dans l?espoir d?une vie meilleure. Aujourd?hui, tous accusent les Etats-Unis de n?avoir tenu aucune de leurs promesses. La vie est dure. La colère devient intense .?
<B>Les amis des Américains deviennent des cibles</B>
L?angoisse du général Jawad Nazzal est devenue réalité. Sept policiers ont été tués et quarante autres blessés par l?explosion d?une bombe, à Ramadi, un bastion sunnite conservateur situé à l?ouest de la capitale irakienne.
L?attentat a visé le centre de formation informatique de la police de Ramadi. Les instructeurs américains avaient quitté les lieux depuis une demi-heure. Lorsque les policiers sont à leur tour sortis sur le trottoir, une bombe, dissimulée dans un sac posé au pied d?un réverbère, a explosé, ?télécommandée à distance? selon l?armée américaine.
Cette attaque, la plus meurtrière depuis la fin de la guerre contre la force occupante et ses alliés irakiens, est intervenue au lendemain de la diffusion par la chaîne de télévision Al-Jazira d?un message de Saddam Hussein appelant à la ?résistance? et au ?djihad?. Au commissariat de Madaen, le général Jawad Nazzal et le colonel Hamid Mohammed constataient, la veille du spectaculaire attentat de Ramadi, que ?la colère monte?. ?Les Irakiens estiment que l?attitude des soldats américains est souvent inacceptable, humiliante,? constate le général.
?Ce serait une erreur de croire que ces actes de résistance ne sont perpétrés que par des partisans de Saddam et du parti Baas. Il commence à y avoir un mouvement de résistance populaire, à cause du mauvais comportement américain, poursuit le colonel. Pendant la guerre, presqu?aucun Irakien n?a combattu, dans l?espoir d?une vie meilleure. Aujourd?hui, tous accusent les Etats-Unis de n?avoir tenu aucune de leurs promesses. La vie est dure. Et nous, les policiers, qui écoutons les doléances de la population, sentons, d?une part, que la colère devient intense et, d?autre part, que nous sommes accusés de collaboration avec l?occupant.?
?La guerre civile va éclater, estime Mohammed, un vendeur de journaux. Nous l?attendions surtout entre sunnites et chiites, et elle arrive déjà entre ceux qui coopèrent avec les Etats-Unis et ceux qui combattent l?occupant.?
?C?est un coup de semonce, pense Riyad, un professeur d?anglais. Les Américains doivent partir au plus vite, tout en aidant l?Irak à se relever de cette dictature et de ces guerres. Ils ne doivent surtout pas rentrer dans ce cercle vicieux des attaques et des contre-attaques, ou alors ce sera le chaos total très prochainement dans ce pays.?
Les Irakiens hésitaient jusqu?à présent à prendre trop au sérieux les attaques antiaméricaines, estimant qu?elles étaient liées à une situation très temporaire, très volatile. Cette fois, l?inquiétude est manifeste.
Rémy Ourdan
<B>Washington s?inquiète des pertes</B>
Les Américains et le gouvernement sont d?abord préoccupés par la situation en Irak. Le débat sur les armes de destruction massive passe au second plan quand, tous les jours, des soldats sont attaqués, blessés et tués. Même si le terme est soigneusement évité par les officiels, le mot de guérilla est dans tous les esprits et rappelle de très mauvais souvenirs, la Somalie ou le Vietnam. Le général Ricardo Sanchez, commandant des forces terrestres en Irak, vient de déclarer qu?en moyenne treize attaques ont été lancées chaque jour contre les troupes américaines et britanniques au cours des six dernières semaines. ?Nous sommes toujours en guerre?, dit-il.
Pour les spécialistes militaires, les combats ont pris maintenant la forme d?une guérilla classique. L?attaque à l?endroit et au moment qu?il choisit et se fond ensuite dans la population. Plus la réponse est brutale, plus les civils ont tendance à considérer les assaillants avec bienveillance. Les troupes américaines ont lancé plusieurs raids lors des dernières semaines : l?opération Peninsula au nord de Bagdad, Desert scorpion à l?ouest et Sidewinder au centre du pays. Ils ont arrêté des centaines de personnes sans parvenir à réduire la fréquence des embuscades.
Le général Tommy Franks a livré un dernier commentaire, lundi 7 juillet, avant de laisser sa place à la tête du commandement central au général John Abizaid, d?origine libanaise. ?Nous voulons continuer à établir la sécurité en travaillant avec des Irakiens, a-t-il dit. Je pense que dans un avenir assez proche nous allons capturer ou tuer les anciens dirigeants du régime.? Au Pentagone, certains officiers considèrent qu?un soldat tué par jour et plus de 300 par an ne remettront pas en cause la présence américaine en Irak. Mais le prix politique peut être considérable. Les ennemis de l?Amérique dans le monde musulman sont encouragés et, dans le même temps, la guerre devient de moins en moins populaire aux Etats-Unis.
Pour le moment, la popularité du président Bush n?en souffre pas trop. Les enquêtes d?opinion montrent qu?une majorité lui fait toujours confiance. Mais les commentateurs, démocrates et républicains, sont au moins d?accord sur une chose : un enlisement serait particulièrement dangereux pour George Bush à seize mois maintenant de l?élection présidentielle.
Eric Leser
Publicité
Publicité
Les plus récents