Publicité
Les Américains critiquent la sanction contre Microsoft
Par
Partager cet article
Les Américains critiquent la sanction contre Microsoft
Les critiques affluent aux États-Unis après la condamnation de Microsoft par la Commission européenne, accusée jusque dans les rangs du gouvernement américain de mettre en péril l?innovation. Outre l?amende record de 497 millions d?euros, Bruxelles a imposé des « remèdes » pour que Microsoft cesse d?écraser ses concurrents, et le plus contesté aux États-Unis est celui contraignant de sortir de son système d?exploitation vedette, Windows, le logiciel Media Player de lecture des fichiers audio et vidéo.
Obliger au retrait d?un logiciel pour ne pas défavoriser la concurrence est sans précédent, a estimé le ministère de la Justice américain, en soulignant que cette solution n?avait à aucun moment été envisagée lors de la longue procédure l?ayant opposé entre 1998 et 2002 au numéro un mondial du logiciel.
« Les meilleurs remèdes en matière anticoncurrentielle éliminent les obstacles au fonctionnement sain d?un marché concurrentiel sans gêner les concurrents qui rencontrent le plus de succès ou imposer des fardeaux à des parties tierces, ce qui pourrait être le résultat des solutions retenues par la Commission européenne », a indiqué le ministère dans un communiqué.
Selon Hewitt Pate, le responsable de la division antitrust du ministère, les exigences des services de Mario Monti pourraient « ralentir l?innovation et la concurrence même de la part d?entreprises dominantes » et « risquent de protéger les concurrents, pas la concurrence ». Le ministère a toutefois souligné que « en dehors des divergences sur ce sujet, il est important de souligner la relation positive et forte entre les États-Unis et la Commission européenne en matière de politique de la concurrence ».
Le leader de la majorité républicaine au Sénat, Bill Frist, a été plus virulent, qualifiant d?« absurde » la demande de l?organisme européen de la concurrence faite au géant américain du logiciel de modifier sa façon de concevoir et de commercialiser son système d?exploitation. Il a par ailleurs craint que « les États-Unis et l?UE ne se dirigent vers une nouvelle guerre commerciale et que la décision de la Commission contre Microsoft n?en soit le premier tir ».
Moins d?emplois, d?innovation, de qualité
Pour l?Association for Competitive Technology (ACT), qui défend les PME du secteur technologique, « les seuls vainqueurs seront les concurrents multimilliardaires de Microsoft comme Real Networks ou Sun Microsystems. » « Les propositions de Bruxelles réservent leurs effets les plus rudes aux consommateurs et aux petites entreprises du secteur technologique », a-t-elle estimé.
« Par exemple un développeur de logiciels écrivant des applications d?enseignement à distance ne peut plus s?appuyer sur le fait que Media Player sera intégré à Windows. La disparition de ce filet de sécurité va déboucher sur des coûts plus élevés pour lui et pour le consommateur », a expliqué ACT. Par ailleurs, « malgré les demandes des consommateurs et des développeurs, ce régime de régulation va rendre quasiment impossible pour Microsoft l?ajout de nouvelles fonctions de sécurité à Windows », a ajouté l?association.
Poussant plus loin les arguments de la justice américaine, cette association craint aussi pour l?innovation « dans les produits dominants des entreprises leaders de marché. » D?après elle, « le précédent va rendre plus difficile pour toutes les entreprises leaders de marché l?ajout de nouvelles fonctions à leurs produits dominants. » Sous le régime prôné par Bruxelles, le numéro un mondial de la téléphonie mobile, le finlandais Nokia, pourrait par exemple « se voir reprocher d?intégrer messagerie instantanée ou logiciel d?imagerie à ses téléphones portables leaders de marché », a conclu cette organisation.
« Loin de défendre les intérêts des consommateurs, le dernier arrêté en date de l?Union européenne transforme la question antitrust en un programme d?aide sociale pour les perdants du marché » a lancé de son côté le Cato Institute, un institut de Washington se présentant comme défenseur du libre marché. « Les coûts réels de cette décision seront, selon lui, moins d?emplois, moins d?innovation, des produits de moindre qualité et des prix plus élevés. »
Les différentes versions de Windows, système d?exploitation vedette de Microsoft, équipent 97 % des ordinateurs personnels dans le monde. Jusqu?à présent Media Player est systématiquement livré en série avec les dernières versions.
@ 2 004 Le Monde ? AFP et Reuters
Distribué par The New York Times Syndicate
Publicité
Publicité
Les plus récents