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Les agriculteurs palestiniens coupés de leurs terres
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Les agriculteurs palestiniens coupés de leurs terres
Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, a relancé hier la colonisation dans les Territoires palestiniens, tout en poursuivant son offensive contre l?Initiative de Genève, un plan non officiel de paix entre Israël et les Palestiniens. Le ministère israélien des Infrastructures a publié des appels d?offres pour la construction de 143 logements dans l?implantation de Karnei Shomron et 180 autres dans celle de Givat Zeev, en Cisjordanie.
Les champs d?oliviers s?étendent à perte de vue. Malgré le début, il y a quelques jours, de la période des récoltes, pas un seul agriculteur ne s?active dans les oliveraies. Bloqués par un grillage haut de trois mètres et qui court à perte de vue, les hommes du village attendent depuis près de trois heures à l?ombre d?un citronnier que les soldats viennent leur ouvrir le portail. A Jayyous, la «clôture de sécurité» érigée par Israël pour protéger les villes israéliennes contre des attaques de kamikazes palestiniens, a coupé les agriculteurs, qui ont leurs maisons dans le village, de 80 % de leurs terres.
Les horaires d?ouverture du portail sont affichés sur un panneau: 7 heures, 14 heures, 16 heures. Il est 10 heures et les soldats de Tsahal, perchés sur une colline surplombant la clôture, observent les paysans à la jumelle. «On attend que sa majesté veuille bien se déplacer pour nous ouvrir les portes, soupire un agriculteur dégoûté. Ce sont nos terres de l?autre côté de ce grillage, nos oliviers. Et les soldats font tout pour nous empêcher d?y accéder. Ils ne respectent pas les horaires. Un jour ils disent que seuls les hommes âgés de plus de 28 ans ont le droit de passer. Le lendemain on doit avoir plus de 38 ans. Résultat : ça fait trois jours que je n?ai pas cueilli une olive. Ceux qui ont essayé de forcer le passage ont été jetés en prison. Alors, on attend.»
Depuis la construction du mur, Jayyous est considéré comme une zone frontalière. Les villageois souhaitant accéder à leurs terres doivent désormais se munir d?un permis israélien. Les villageois de Jayyous boycottent cette mesure pour protester contre la présence de la clôture, qui ici a mordu d?environ dix kilomètres sur la «ligne verte», la limite entre les Territoires palestiniens et Israël. Les Palestiniens craignent qu?avec ce mur, Israël ait tracé unilatéralement les frontières de leur futur Etat.
GUERRE DES OLIVES
Exaspérée, une mère de famille éructe devant le grillage. Elle est la seule villageoise de Jayyous à posséder une maison du côté de la clôture où se trouvent les terres. Chaque matin, elle doit attendre plusieurs heures que les soldats israéliens lui ouvrent les portes grillagées pour accompagner ses deux fils à l?école. La veille, les soldats de Tsahal ont refusé de lui rouvrir lorsqu?elle a voulu rentrer chez elle à la sortie de l?école et elle a été forcée de dormir au village. «Je ne peux plus travailler, se lamente Zafira Abou Charif. Je consacre mes journées à attendre devant le grillage pour le franchir dans un sens et dans l?autre. Les soldats font tout pour me forcer à quitter ma maison. Ils ont coupé l?eau et l?électricité. Mais ils ne me font pas peur. Je resterai sur ma terre, même s?ils détruisent ma maison. Personne ne peut vendre son honneur».
L?Assemblée générale de l?ONU a voté mardi une résolution exigeant l?arrêt de la construction du mur et le démantèlement des parties déjà construites, mais Israël n?a pas l?intention d?en tenir compte. «Vous croyez qu?ils ont construit ce mur pour le détruire, s?emporte Zafira Abou Charif. Ils nous disent que c?est la frontière entre eux et nous.»
Cette année la présence du mur apporte une nouvelle variante à la guerre des olives, qui oppose chaque automne agriculteurs palestiniens et colons israéliens. Les olives sont un enjeu stratégique, car une grande partie des agriculteurs palestiniens dépendent de la vente de leur huile. Les colons militants installés par le gouvernement dans les Territoires palestiniens estiment que ces terres leur appartiennent depuis les temps bibliques. Alors, chaque année en octobre, des colons attaquent les cueilleurs.
RÉSOLUTION BAFOUÉE
Attirées par l?attroupement devant les grilles, deux jeeps militaires israéliennes déboulent en trombe. La présence de caméras de télévision incite finalement les soldats à ouvrir le passage. Encadrées par des militants des droits de l?homme, les villageoises invectivent les militaires. «Laissez-nous vivre, crient-elles. Nos vies dépendent de ces terres. Vous n?avez pas le droit de les confisquer.»
Un dialogue de sourds s?engage entre les femmes palestiniennes enveloppées dans leurs voiles et les soldats israéliens vêtus de leurs gilets pare-balles et armés de leurs fusils M 16. «Nous non plus nous n?avons plus de vies à cause de tous les attentats, proteste un soldat. Ce grillage est là pour empêcher les kamikazes de passer. Nous sommes là pour protéger nos familles.» «Cessez l?occupation, répond une Palestinienne. C?est la cause de notre désespoir. Nous sommes contre les attentats. Mais tant que nous serons occupés, des martyrs lutteront pour tenter de nous libérer. Quittez notre terre et nous pourrons vivre en paix.» «Cette terre, c?est la nôtre depuis toujours, se fâche le soldat. Nous ne partirons pas. Vous croyez quoi. On ne peut pas vivre en paix pour le moment.»
Puis le soldat s?adresse aux journalistes : «Le monde ne comprend pas que nous vivons dans la terreur ici. L?ONU peut voter autant de résolutions qu?elle le souhaite. La clôture restera pour nous protéger.» «Nous allons poursuivre la construction de la clôture et continuer de veiller à la sécurité des citoyens d?Israël», a confirmé, hier, le vice-premier ministre israélien Ehud Olmert. Il a réaffirmé que cette barrière, qualifiée de nouveau mur de Berlin par les Palestiniens, visait à protéger Israël des attentats suicides palestiniens.
Un Palestinien tue trois Israéliens dans la bande de Gaza
L?armée israélienne a annoncé que trois de ses membres, dont deux femmes, avaient été abattus tôt hier par un Palestinien qui s?était infiltré dans la colonie juive de Netzarim, dans la bande de Gaza. Un porte-parole de Tsahal a ainsi confirmé des informations des services de sécurité selon lesquels le tireur palestinien a, par la suite, été abattu après avoir ouvert le feu dans la colonie.
Deux militaires israéliens ont également été blessés dans l?attaque, dont un ? une femmme ? grièvement. L?homme s?est infiltré à la faveur de la nuit de jeudi à vendredi dans la colonie de Netzarim et a tiré avant d?être poursuivi par des soldats israéliens. L?armée ratisse la région à la recherche d?un éventuel complice.
D?après le site internet de l?aile militaire du Hamas, le Palestinien abattu à Netzarim répond au nom de Samir Fouda, originaire du camp de réfugiés de Djabalya, dans la bande de Gaza.
Le Hamas précise que l?opération a été coordonnée avec la branche armée du Djjihad islamique. La semaine dernière, le Hamas et le Djihad avaient publié un communiqué annoncant un renforcement de leur coopération dans le domaine de la lutte armée contre l?Etat hébreu.
Selon la station de télévision Al Manar, contrôlée par le Hezbollah libanais, un correspondant a téléphoné à son bureau de Gaza pour revendiquer l?attentat au nom du Hamas et du Djihad islamique. Lundi, des raids aériens israéliens ont fait onze morts dans la bande de Gaza, aussi bien des activistes que des civils. Le Hamas et d?autres groupes d?activistes ont promis de se venger.
L?attaque de Netzarim intervient quelques heures après des tirs contre un convoi de l?armée israélienne circulant dans la bande de Gaza. Deux personnes ont été légèrement blessées et des media israéliens ont rapporté que des soldats avaient tué l?agresseur. Les colonies juives ont été fréquemment la cible d?activistes en lutte contre l?occupation israélienne de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Une grande partie de la communauté internationale considère illégale l?implantation de colonies dans un territoire occupé. Israël ne partage pas cet avis.
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