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?Les acteurs de l?âge d?or étaient des dieux?

23 avril 2005, 00:00

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Si vous le voulez bien, prenons un par un les personnages d?acteurs dans Aviator et voyons ce qu?ils ont représenté dans votre vie de cinéphile.

C?est une bonne idée. Je n?aurais jamais pensé faire un film sur Hollywood, même si ce n?est pas le sujet unique du film. Je suis fasciné par la mythologie, et il me semble que les acteurs de l?âge d?or de Hollywood étaient des dieux et des déesses. Ce qui m?a incité à être très précautionneux. Je me suis imaginé que les personnages d?Aviator n?avaient pas existé et qu?ils n?en restaient pas moins des personnages très forts. De la manière dont Cate Blanchett joue Katharine Hepburn, on sait qu?il s?agit d?une femme très volontaire, issue d?une famille extraordinaire et d?une fragilité magnifique. Les gens comme elle, je ne les voyais que dans les films.

Vous faites allusion à Sylvia Scarlett, en montrant un plan de George Cukor et Cary Grant...

George Cukor a été un des dieux tutélaires du film. Je l?ai invoqué pendant tout le tournage! Dans les années 1970, il a parrainé mon adhésion à la Directors Guild of America. Il se trouve que Howard Hughes est arrivé en avion sur le tournage de Sylvia Scarlett. Mais je n?ai pas pu avoir les falaises extraordinaires qu?il y a dans les séquences de plages de ce film. Il y a des films de Cukor que je préfère, mais celui-ci était étonnant pour son époque, par la manière dont il passe de l?humour à la tragédie. Il n?a pas très bien marché.

Dans la filmographie de Katharine Hepburn, que préférez-vous ?

Désirs secrets ? George Stevens, 1935 ? et African Queen ? John Huston ? 1951 ? comme ça, on a les deux Hepburn, la jeune et la vieille. Dans Alice Adams elle est si jolie, si vulnérable... Cette scène sur le parcours de golf que John Logan a écrite (pendant laquelle Hughes la courtise), je ne vois pas comment on aurait pu ne pas tomber amoureux d?elle. Mais tous les films qu?elle a faits avec Spencer Tracy sont remarquables. Avant elle, Hughes avait eu une liaison avec Jean Harlow. On ne la voit pas assez dans le film. La première fois que je l?ai vue, j?avais dix ans, c?était dans L?Ennemi public ? William Wellman, 1931. Je ne l?ai pas trouvée très convaincante, mais je savais qu?elle n?avait pas besoin d?être convaincante. Elle est là, à l?écran. Il suffit de voir La Belle de Saïgon ? Victor Fleming, 1932 ? ou Les Invités de huit heures ? George Cukor, 1935 ? pour avoir une idée d?une créature d?une beauté hors du commun, à l?érotisme un peu vulgaire, avec une certaine violence.

Et puis la tragédie de sa mort...

Plus tard, Hughes est tombé amoureux d?Ava Gardner, qui était l?opposé de Hepburn. Son rôle est moins important, dans le film et dans la vie de Hughes. Dans ses Mémoires elle affirme n?avoir jamais couché avec lui, mais elle reconnaît qu?elle ne s?attendait pas à ce que leur amitié dure vingt-deux ans. Pour préparer Kate Beckinsale, qui a été la première à auditionner pour le rôle, je lui ai montré Mogambo ? John Ford, 1953. J?ai l?impression que le personnage de Honey Bear correspond à ce qu?elle était dans la vie. Roddy McDowall, qui l?avait dirigée dans Tam Lin ? 1970 ? m?a raconté qu?elle n?était pas sûre d?elle devant la caméra ; d?un autre côté, elle savait se débrouiller. Mon film préféré avec elle reste La Comtesse aux pieds nus.

Dans lequel on trouve un personnage qui ressemble beaucoup à Howard Hughes... N?est-ce pas ?

J?étais fasciné par ce personnage. Et par celui que joue Robert Ryan dans Pris au piège, de Max Ophuls ? 1949 ? qui reste le meilleur film inspiré par Hughes. Hélas, le studio a coupé la plupart des plans-séquences d?Ophuls. Je l?ai vu, j?avais sept ou huit ans, et j?étais fasciné par la névrose du personnage de Robert Ryan, par la souffrance qu?il ressentait et qu?il infligeait aux gens qui l?entouraient, particulièrement les femmes. Quand j?étais enfant, je me demandais pourquoi cet homme était comme ça.

On est très étonné que vous consacriez un film à Hollywood sans montrer les réalisateurs.

C?est vrai. Mais ça m?intéresserait de m?attaquer à la réalisation.

Pardon ?

De tourner un film sur un tournage. Je le ferais sans doute très mal.

On voit quand même Hughes dans l?avion, lorsque la caméra est touchée, pendant le tournage d?une séquence de combat aérien.

Quand il tournait Hell?s Angels, il tenait de l?entrepreneur, mobilisant vingt-six caméras, organisant les cascades. C?est un directeur de cirque. Mais c?est aussi ça, être réalisateur. Il s?agit souvent de gérer des masses de gens. Cela dit, personne ne peut plus accomplir ce que Hughes a fait sur Hell?s Angels, pour des raisons de logistique et de budget.Tout comme il est impossible d?imaginer une star exécutant ses cascades elle-même, comme Buster Keaton le faisait.

Est-ce qu?il y a des choses qu?on ne peut plus faire sur un plateau de cinéma aujourd?hui ?

Buster Keaton est un exemple parfait : une fois que l?on prend conscience que c?est vraiment Buster Keaton, que c?est une vraie maison qui lui tombe dessus, on est en présence de quelque chose de sacré. On ne peut rien faire de tel aujourd?hui. D?où l?intérêt, puisque la technologie nous permet de montrer tout ce que nous voulons, de nous soucier de donner une signification, une vraie signification à ce que nous montrons.

Thomas Sotinel Le Monde

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