Publicité
Les ACP réagissent à la baisse du prix du sucre
Par
Partager cet article
Les ACP réagissent à la baisse du prix du sucre
Mauvaise nouvelle pour l?industrie sucrière. La commission européenne a fait de nouvelles propositions alarmantes sur la révision du régime sucrier européen.
Si elles étaient adoptées, le prix du sucre que Maurice et le groupe Afrique, Caraïbe, Pacifique (ACP) exportent vers le marché européen baisserait de 20 %.
En 2007, la baisse de prix du sucre roux envoyé aux raffineries serait de 37 %.
Ces propositions sont jugées tellement graves que les chefs d?Etat des ACP, qui se réunissent actuellement à Maputo pour le quatrième sommet du groupe, ont réagit en adoptant une résolution spéciale sur le sucre.
?Dans cette résolution nous invitons l?Union européenne à honorer les engagements juridiques et politiques qu?implique le protocole sucre. Nous rappelons que ce protocole prévoit un prix garanti, un quota garanti et une durée indéterminée?, déclare le ministre de l?Agriculture, Nando Bodha, qui participe en ce moment au sommet de Maputo.
Les ACP maintiennent que la réforme du régime sucrier européen ne doit pas se faire au détriment des producteurs ACP. En cas de baisse du prix, ces producteurs doivent bénéficier de la même compensation qui sera accordée aux producteurs de sucre des régions ultra périphériques de l?Union européenne (UE), la Réunion et la Guadeloupe, notamment.
?Situation invivable?
?Cette compensation est essentielle pour assurer que le niveau de revenus actuel soit maintenu. Ce niveau de revenu est indispensable pour que nous puissions poursuivre les réformes engagées afin de restructurer l?industrie sucrière?, commente Nando Bodha.
?Avec les prix actuels, la situation est déjà difficile. Si le prix baisse de 20 % l?année prochaine ce sera invivable?, soutient un responsable de la Plantation House.
Selon un document officieusement circulé par la commission européenne, le prix du sucre roux devrait baisser pour atteindre 329 euros la tonne en 2007, contre 524 euros la tonne actuellement.
Le sucre roux est le sucre exporté par Maurice et le groupe ACP sur le marché européen, pour raffinage.
Cette proposition est un choc pour l?industrie sucrière locale, car, même si elle s?attendait à une baisse de prix, elle ne prévoyait pas qu?elle serait si soudaine.
En septembre 2003, la commission européenne avait fait connaître ses options concernant l?avenir du régime sucrier. Trois scénarios étaient possibles : le statu quo jusqu?à 2006, une baisse de prix, et la libéra-lisation complète du marché sucrier européen.
Depuis, les scénarios de libéralisation totale et du maintient du statu quo ont été abandonnés, l?option d?une baisse de prix étant celle préférée par la commission européenne.
Rien ne devait se passer avant 2006, date à laquelle le régime sucrier expire. A partir de 2006, il y aurait eu une période de transition de cinq ans durant laquelle le prix du sucre aurait baissé graduellement de 20 % jusqu?à 2011. Puis entre 2011 et 2013 il y aurait eu une autre baisse de prix de 18 %, soit une réduction totale de 38 % en sept ans.
Cette option était assortie d?une possibilité de compensation pour les pertes subies.
La nouvelle proposition circulée est drastiquement différente : pas de période de transition, baisse immédiate de 20 % et baisse cumulée de 37 % en trois ans seulement.
?C?est un choc pour nous, car les implications sont très sérieuses?, déclare un responsable du secteur sucrier.
?La poursuite de la réforme dans l?industrie sucrière est plus que jamais une urgence. Il y va de la survie de l?industrie sucrière qui a un rôle économique et social vital pour le pays?, ajoute Nando Bodha.
Mais rien n?est encore joué. Les propositions formulées ont encore de nombreuses étapes à franchir. Elles devront d?abord être exa-minées par le collège des commissaires européens le 14 juillet. Les spécialistes estiment qu?elles pourraient passer cette étape.
Pour le ministre de l?Agriculture, il faut tout faire pour rencontrer le commissaire européen à l?Agriculture, Franz Fischler, avant que les propositions ne soient soumises au collège des commissaires. Nando Bodha déclare que Franz Fischler s?était engagé à transmettre aux ACP ses propositions avant d?aller de l?avant.
Lobbying
Si les commissaires européens approuvent les propositions, elles seront ensuite soumises au Conseil des ministres de l?UE et au Parlement européen. C?est à ce niveau que les choses risquent de se corser.
Tous les Etats membres ne seront pas forcément d?accord. Ces propositions signifiant en définitive une réduction des revenus des betteraviers européens et en fin de compte, seuls les producteurs les plus compétitifs survivront. Plusieurs pays et régions risquent d?en sortir perdants.
A Maurice, on compte sur ces intérêts divergents entre pays européens pour obtenir au final des propositions plus modérées sur la réforme du régime sucrier européen.
Les spécialistes estiment également qu?avec le renouvellement de la commission européenne en octobre, l?examen des propositions pourrait être repoussé au deuxième trimestre de l?année prochaine.
Toujours est-il que Maurice et les ACP se préparent à déclencher une intense campagne de lobbying auprès de toutes les instances de l?UE, des pays membres et dans les forums internationaux pour combattre ces propositions de réforme.
Publicité
Publicité
Les plus récents