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Les électrochocs nécessaires

24 septembre 2005, 20:00

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C?est un véritable traitement de choc qui doit être administré au pays pour le remettre sur les rails d?une nouvelle phase de croissance économique durable. Pour cela, l?idée reçue de la toute-puissance de l?État doit faire place à celle d?une collaboration raisonnée entre gouvernement, secteur privé et la population. Une sorte de New Deal à la mauricienne.

Une série de réformes doit en effet être initiée par le gouvernement. La première concerne ses propres services. L?administration publique souffre d?un système archaïque, d?une bureaucratie lourde favorisée par des pratiques qui n?ont pas changé depuis des dizaines d?années. Donc totalement inadaptées aux besoins du secteur privé et du grand public. La restructuration totale des départements de collecte des revenus de l?État a été un semi-échec, de l?aveu même de ceux qui devaient piloter la réforme, car le gouvernement n?a pas eu la poigne de prononcer les mots tabous : « suppressions de postes et rationalisation des ressources humaines ». Ces mots devront pourtant rentrer dans son vocabulaire courant.

Parallèlement, les agences gouvernementales doivent être repensées. Percy Mistry le dit, le document Competitiveness foresight également. Une première tentative a été réalisée à travers Enterprise Mauritius, une entreprise privée née d?une collaboration publique-privée, chargée de faciliter et promouvoir les entreprises à Maurice et à l?étranger. Privatiser le Board of Investment et faire en sorte que le CEB ou la CWA soient gérés avec la rigueur qui prévaut dans les entreprises efficientes sont également des directions évoquées.

Avoir le courage de bousculer les fondations d?un Etat providence sacralisé est l?un des commandements auquel le gouvernement doit obéir. Son prédécesseur avait « osé » toucher à l?universalité des retraites. Si le gouvernement Ramgoolam espère réduire le train de vie de l?État, il doit consentir à revoir la manière dont il finance les prestations sociales et de santé.

<B>Les entreprises doivent se repenser</B>

Autre chantier à attaquer, à deux cette fois : la question salariale. Cette année, la compensation salariale a coûté Rs 950 millions à l?État et Rs 1,6 milliard au secteur privé. Un ancien ministre de l?Industrie pose la question simplement : « Le textile va mal. Que préfèrent les employés ? Ne pas recevoir de compensation salariale cette année, mais travailler plus dur et espérer garder leur emploi pendant encore 5 ans, ou alors réclamer mordicus leur compensation et subir un licenciement dans six mois ? » Le choix paraît simple à faire. La Mauritius Employers?Federation presse le pas pour instaurer des négociations collectives qui permettent enfin aux secteurs les moins florissants de ne pas souscrire aux mêmes obligations que les autres.

Parallèlement, les lois du travail doivent être revues pour permettre aux entreprises de recruter, mais aussi de licencier sans encourir des frais qui pourraient les ruiner. L?étude Doing Business 2006 de la Banque mondiale note dans son indice Hire and Fire que les entreprises locales ont des difficultés dans ce domaine.

Les entreprises doivent se repenser. Les secteurs des services paraissent effectivement porteurs. Le tourisme se positionne presque comme le nouveau socle de l?économie. Et les technologies de l?information et de la communication, l?offshore et les finances, l?externalisation ou le Knowledge hub constituent des créneaux porteurs.

Mais toutes les études l?ont démontré, Maurice n?aura jamais le temps d?attendre que les cadres et ingénieurs de ces secteurs émergents sortent des écoles de formation. En attendant que de jeunes mauriciens qualifiés soient disponibles, le recours à la main-d??uvre étrangère hautement qualifiée est la seule issue. Sauf qu?à l?heure actuelle, l?administration est quasiment une machine à repousser les expatriés ! Cela nécessite un changement de mentalité chez les Mauriciens, qui ne doivent plus considérer l?étranger comme une menace, mais plutôt comme une personne pouvant leur apporter de nouveaux savoirs. Il faut aussi que l?État se montre plus accueillant. Ainsi, la refonte totale du Scheme to Attract Professionnals for Emerging Sectors devra pouvoir permettre à des compétences étrangères de vouloir s?expatrier à Maurice avec leurs familles.

Mais les secteurs existants comme le textile ou le sucre ne doivent pas non plus se résoudre à une mort lente. À ce chapitre, ce n?est pas tant l?aide gouvernementale qui est nécessaire. L?esprit d?initiative et la prise de risque doivent de nouveau animer le secteur privé « traditionnel » ainsi que les petites et moyennes entreprises naissantes.

Amédée Darga, le président d?Enterprise Mauritius, a ainsi émis l?idée de vendre l?équivalent de 100 dollars de produits Made in Mauritius à tout touriste visitant Maurice. Avec les 750 000 touristes, les bénéfices pourraient dépasser les Rs 2 milliards, réparties entre les entreprises de textile, d?artisanat, de joaillerie ou de chaussures. C?est aussi au secteur privé de trouver les créneaux porteurs.

Ce ne sont que quelques-unes des pistes qui contribueraient à conjurer la crise économique qui s?annonce.

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