Publicité

Lendemains inflationnistes de la dévaluation

26 octobre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Après la dévaluation de 30% de la roupie mauricienne, annoncée à une population tétanisée, le mardi 24 octobre 1979, jour férié pour cause de Nations Unies, par Sir Veerasamy Ringadoo, les prix se bousculent devant l?ascenseur. La presse ne sait où donner de la tête tant la une des journaux se remplissent d?informations les unes plus inflationnistes que les autres. Encore que certains prix dûment augmentés, sinon réévaluées, ne peuvent que faire sourire, 25 ans après.

Les prix des produits frigorifiés importés augmentent au départ de 25%. Ils sont exemptés du gel des crédits, imposé précédemment par le gouvernement. Une partie, toute petite, bien sûr, du stock payé à des prix pré-dévaluation, devra être payée, à la fin du crédit des 90 jours, avec des roupies dévaluées. Pas d?alternative donc à une augmentation immédiate de leurs prix. Ces produits sont le boeuf, le mouton, le beurre, le jambon.

Les consommateurs doivent s?attendre à une augmentation graduelle jusqu?à 17% des prix du poulet frigorifié " made in Mauritius ". Pour la viande fraîche, il faudra compter jusqu?à Rs 17 le demi-kilo, 70 sous et 58 sous pour la livre de riz de ration et de farine respectivement.

Les joies de la dévaluation annoncent une hausse de 30% du coût du billet d?avion. Le billet ?Group Tour? Maurice-Londres passe de Rs 5 024 à Rs 6 530. Un billet ?excursion? Maurice-Paris-Maurice coûtera Rs 9 348 au lieu de Rs 7 191. On s?attend à ce que le gallon (4,5 litres) d?essence passe de Rs 18.50 à Rs 22. Il ne coûtait que Rs 15 avant les trois budgets 1979/80 de Ringo. La livre de sucre se vendra bientôt à 50 sous. Les Mauriciens réinventent alors la définition de l?inflation. Avant ils mettaient leur argent dans leur porte-monnaie et leurs légumes dans leur tente-bazar. Après la dévaluation, ils font l?inverse : l?argent dans la tente-bazar et les légumes dans le porte-monnaie.

Le ministère du Commerce et des Prix, qui ne manque jamais d?humour, publie dans les journaux des séries de prix fixés et contrôlés mais pré-dévaluation. Nous les rappelons pour ce qu?ils valent:- La bouteille de whisky Long John Rs 88.25, la boîte de 454 grammes de lait Everyday à Rs 7.40, la boîte de lait Falcon à Rs 4.25, la demi-livre de beurre Plume Rouge à Rs 3.60, la demi-livre de beurre Bridel sans sel à Rs 4.65, la boîte de corned-beef Beefex (7 oz.) à Rs 4.70, la boîte de corned-mutton Watsonia (340 g.) à Rs 5.80, le coco des Seychelles à Rs 2.45 la noix, la boîte de 7 onces de saumon White Lily à Rs 2.10. La presse gouvernementale et même ramgoolamienne annonce, également avec beaucoup d?humour, qu?une augmentation immédiate des prix est dans l?air.

La presse de l?époque s?étonne de la ruée des consommateurs sur les points de vente, avides de dévaliser leurs étagères de produits alimentaires. Remettez aujourd?hui en vigueur ces prix post-dévaluation de 1979 et vous verrez s?il n?y a pas de ruées encore plus rapides et féroces. D?ailleurs les commerçants, jamais en retard quand il s?agit de gagner des sous supplémentaires, préfèrent fermer boutique et permettre à leurs stocks de se réévaluer progressivement.

Les prises de position post-dévaluation commencent à poindre, les unes plus amères que les autres. Le PTr rend bien sûr le MMM responsable de la crise économique. Ses orateurs, Yousouf Mohamed et James Burty David en tête, dénoncent l?irresponsabilité criminelle de ce parti.

Maurice Paturau s?y attendait. Il l?a écrit dans un article de PROSI en janvier 1979, y compris le montant de 30%. Il disait déjà : il faut produire plus ou consommer moins. Et comme on ne peut pas produire plus?

Swalay Kasenally parle d?une dévaluation s?ajoutant à une inflation à deux chiffres, de dix ans de " mismanagement ", de banqueroute nationale causée par un déficit insupportable de la balance des paiements. Ringadoo a essayé à tort de vaincre la récession en multipliant les dépenses politiques. Si encore elles étaient toutes productives. Les solutions keynésiennes ne peuvent s?appliquer dans une île aussi exiguë que Maurice. Il anticipe une seconde dévaluation.

Pour Dev Virahsawmy, Maurice n?a jamais été indépendante, économiquement parlant. Elle subit toujours la domination des puissances occidentales. Il propose, en guise de solution, un regroupement des forces authentiquement socialistes.

Mieux vaut encore Ringadoo.

Publicité