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L?emploi, l?autre impératif
Le choix d?un modèle social participe du choix d?un modèle de société. A Maurice, le modèle social a souvent fonctionné à rebours de ses objectifs. L?obsession égalitaire s?est souvent exprimée au détriment de ceux réellement au bas de l?échelle sociale. C?est ce que refusent de reconnaître ceux qui s?arcboutent sur le système d?Etat providence tel qu?il a été pratiqué jusqu?ici. D?un autre côté, la classe politique s?est évertuée à se signaler par son pragmatisme en prenant ce qu?il y a de meilleur à la fois dans le ?socialisme? et le ?libéralisme?.
Derrière les intentions des uns et des autres, il demeure que le réformisme a souvent été sacrifié sur l?autel des fameuses spécificités et susceptibilités mauriciennes. Aujourd?hui, les donnes sont foncièrement modifiées. Cependant, le souci premier consiste à ne pas céder aux faiblesses d?un système économique fondé uniquement sur les possibilités qu?offre le libéralisme. Ce piège peut être évité si le libéralisme est conçu non comme une finalité mais comme un moyen, comme une parenthèse.
Cette parenthèse s?était ouverte sur un modèle social calqué sur le principe de l?intérêt général que les services publics étaient censés assurer et sur celui d?un emploi toute une vie. Désormais, la question de l?emploi revient sur le tapis et de manière très brutale. On a d?évidence changé d?époque. Le monde mauricien des entreprises ne reproduit plus le modèle paternaliste où on ne révoquait pas les gens qui ?ont rendu service? ou encore où on embauchait des parents et proches des employés. De la même manière, le statut de l?emploi à vie au sein de la fonction publique est sérieusement contesté.
Le rapport entre le salarié et l?entreprise a aussi radicalement changé. Les procédés de négociation aussi bien que les évaluations ont subi leur mue. D?où aussi une précarisation accélérée de l?emploi. Un diplôme ne garantit pas non plus un emploi. La performance est la nouvelle règle. Si vous n?êtes pas bon au bout d?un certain temps, vous êtes viré. Ce qui a, en filigrane, provoqué une énorme pression sur les salaires.
C?est dans ce contexte que l?approche adoptée vis-à-vis des PME et de l?entrepreneuriat qui consiste à mettre des programmes en place pour eux, est devenue une option privilégiée par les gouvernements. Mais on est encore loin d?un projet intégré même s?il y a multiplication de mesures incitatives qui, néanmoins et paradoxalement, ne parviennent pas toujours jusqu?à leurs destinataires.
On ne peut plus, par conséquent, se laisser bercer par les illusions. La précarité va s?accentuer avec l?ouverture de l?économie. La flexibilité de l?emploi est une composante de cette ouverture. Même s?il n?est plus question de privilèges et de garanties, il n?en demeure pas moins que la responsabilité de l?Etat dans les domaines de la formation et de l?éducation devient plus grande.
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