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?L?Eglise possède des acquis pédagogiques?

9 mars 2006, 20:00

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Dans l?éditorial de l?express du 9 mars 2006, M. Raj Meetarbhan questionne l?intervention des religieux dans le débat sur l?éducation. M. Meetarbhan dit notamment que ?ce n?est pas parce que l?on sait gérer des temples ou des églises que l?on est habilité à se prononcer sur une question relevant de la pédagogie?. Nous souhaitons réagir à ces propos.

L?Eglise catholique à Maurice compte une contribution de plus de 250 ans dans le domaine de l?éducation. Son engagement pour les enfants mauriciens débute en 1742 quand la première école catholique prend vie dans le presbytère de Pamplemousses. Cet engagement se poursuit avec la construction, aux frais du diocèse et des Congrégations religieuses, d?écoles paroissiales gratuites et de collèges à travers l?île. Avec l?avènement de l?éducation gratuite en 1976, l?Etat sollicite une partie des places disponibles dans les institutions secondaires catholiques pour accueillir tous les enfants qui demandent leur admission en Form I. Dans un geste de solidarité, Mgr Jean Margéot met alors à la disposition du gouvernement une proportion importante des places disponibles, marquant ainsi le début de la collaboration de l?Eglise et de l?Etat pour le bien de l?enfant mauricien. Depuis, les gouvernements successifs ont toujours traité le diocèse catholique comme un partenaire important dans le domaine de l?éducation.

Aujourd?hui, l?Eglise gère 52 écoles primaires (en comptant Rodrigues) et 17 collèges, et elle est engagée dans de nombreuses initiatives éducatives formelles et informelles ? telles que la pédagogie inclusive au primaire, le mixed ability au secondaire, les classes prévocationnelles, les écoles complémentaires, les collèges techniques, les cours d?alphabétisation, entre autres ? qui ont pour but de donner une éducation respectueuse des enfants issus de toutes les communautés et classes sociales, qu?ils soient faibles, moyens ou high achievers. L?expertise de l?Eglise dans le domaine de l?éducation est aujourd?hui largement reconnue de tous. Dès lors, pourquoi s?étonner que l?Eglise s?exprime sur ce qui a trait à l?éducation ?

Nous sommes d?accord avec M. Meetarbhan quand il se prononce pour une prise de parole de pédagogues dans le débat enclenché par la nouvelle formule du ministre de l?Education. Nous sommes aussi d?accord avec le fait que des religieux non pédagogues devraient s?abstenir de commenter sur cette question. En revanche, l?intervention de Mgr Maurice Piat, lui-même ancien enseignant, est tout à fait justifiée dans ce contexte. La question éducative doit en effet interpeller le pasteur d?une Eglise qui offre un service éducatif (à travers environ 20 % des écoles primaires et environ 10 % des collèges du pays) et qui a la responsabilité, avec les recteurs, éducateurs et enseignants, de veiller constamment à ce que la pédagogie corresponde aux besoins et réalités de la population. Il ne s?agit pas ici d?une question religieuse mais d?un projet éducatif et d?un projet de société. C?est pour cette raison que dans une lettre publiée dans la grande presse, y compris l?express du 14 janvier 2006, Mgr Piat commentait les effets pervers d?un retour à la compétition, tant sur les enfants que sur les enseignants. Il y exprimait notamment sa préoccupation pour les 40 % d?enfants qui échouent au CPE chaque année et qui sont éjectés du système éducatif.

Ce n?est pas parce que l?on est religieux qu?on n?est pas pédagogue. Si l?Eglise, à Maurice et à travers le monde, a été pionnière dans le domaine éducatif et a atteint une renommée certaine, c?est justement parce qu?elle possède des acquis pédagogiques importants. Faut-il souligner que de nombreux religieux et religieuses ont été ? et sont toujours ? à la tête d?établissements catholiques et ont été des pédagogues reconnus ?

Quant à la coloration communale qu?on veut imputer à la démarche de l?Eglise, on note qu?elle vient surtout de ceux qui défendent le projet du ministre D. Gokhool. Notre prise de parole ne peut être l?otage de ceux qui veulent l?enfermer dans un carcan communal.

<B>Jean-Maurice LABOUR</B>

Vicaire général

<B>Note de Raj Meetarbhan :</B>

  1. L?implication de l?Eglise catholique devait fatalement inciter d?autres groupes religieux à monter au créneau. Cela a donné une coloration communale à l?affaire.

  2. Il ne suffit pas de posséder ou de gérer des cliniques privées pour être habilité à donner des avis médicaux.

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