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Le « seafood », une industrie en pleine expansion
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Le « seafood », une industrie en pleine expansion
Demain s’ouvre une conférence de deux jours organisée par le gouvernement et le secteur privé pour penser l’avenir du « seafood hub ». Il y a unanimité à dire que ce secteur a définitivement le potentiel pour devenir un pilier de l’économie.
La plate-forme de pêche de Port-Louis a généré l’année dernière Rs 5 milliards de recettes d’exportation. Le secteur emploie 5 000 personnes.
L’ambition du gouvernement est de doubler ces chiffres dans deux ans. Maurice et l’océan Indien qui demeurent poissonneux, ont une belle carte à jouer.
Il faut toutefois continuer à attirer le chaland avec des incitations taillées sur mesure et éliminer les tracasseries administratives. Mais il faudra être attentif à la conjoncture internationale. Les tarifs pourraient baisser drastiquement sur le thon en conserve.
Par Stéphane SAMINADEN, Alain BARBÉ, Nicholas RAINER
Des revenus équivalents à la moitié de ceux du sucre
Au pays de tous les “hubs” imaginables, il en est un qui a dépassé le stade de projet ou de conception : le seafood hub.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et témoignent de la réalité concrète de ce secteur qui est d’ailleurs en pleine expansion. Avec une soixantaine d’entreprises en opération, le seafood hub a généré l’année dernière des recettes d’exportation de Rs 5 milliards, soit plus de la moitié des revenus de l’industrie sucrière.
La plate-forme de pêche de Port-Louis fait vivre directement quelque 5 000 personnes. Les entreprises qui opèrent dans ce secteur sont de nationalités diverses : mauricienne, espagnole, américaine, malaisienne, française, britannique et taïwanaise, notamment.
La palette d’activités dans laquelle sont engagées ces sociétés est toute aussi diversifiée allant de la pêche, à l’entreposage en passant par la transformation, la mise en conserve et l’exportation.
Il y a aussi des activités annexes qui se sont développées telles que la fabrication des filets de pêche, la réparation, le carénage, l’approvisionnement en vivres et en carburant.
Une des plus grosses sociétés en opération dans ce secteur est incontestablement Thon des Mascareignes (TDM), qui produit actuellement 185 à 200 tonnes de longes de thon par jour. Elle compte augmenter sa capacité de production à 250 tonnes journalièrement.
Opérationnelle depuis juin de l’année dernière, TDM a une capacité de traitement de 50 000 tonnes de thon annuellement. Ses exportations de longes précuites sous vide ont commencé depuis septembre.
TDM ambitionne cette année d’exporter soit 35 000 tonnes de thon vers l’Europe, notamment en Espagne, en France et en Italie et 15 000 tonnes aux Etats-Unis, ses principaux marchés. D’autant plus que le marché du thon est en plein essor tant sur le marché européen que le marché américain.
TDM est en partie alimentée par trois cargos frigorifiques qui transportent à Port-Louis des cargaisons de thon transbordées aux Seychelles par plusieurs bateaux de pêche, dont ceux d’Etchebastar, son partenaire espagnol.
De plus, une autre partie de ses matières premières est fournie par le géant américain Bumble Bee à travers des palangriers pêchant pour son compte.
La venue d’un géant japonais
L’autre grosse pointure du “seafood hub” est Princes Tuna (Mauritius) Ltd, (anciennement la Mauritius Tuna Fishing and Canning Enterprise qui depuis 1970 fait figure de pionnier dans ce domaine.
Aujourd’hui, Princes Tuna exporte 50 000 tonnes de conserves de thon par an sur l’Europe, dont 70 % vers la Grande-Bretagne, soit quatre millions et demi de boîtes de thon par semaine. Quelque 20 % sont destinés à la France, l’Autriche, les Pays-Bas et l’Allemagne, par l’intermédiaire du bureau de Rotterdam. De petites exportations saisonnières se font sur la Pologne et 5 % vers l’Afrique. Seule 5 % de la production de Princes Tuna est vendue sur le marché local.
L’actionnariat de Princes Tuna est détenu à 30 % par IBL, à 5 % par la State Investment Corporation et le reste par le groupe Princes Foods de Grande-Bretagne. Ce groupe, qui appartient au géant japonais Mitsubishi, est un des plus grands fournisseurs de produits de mer en conserve sur le marché britannique. Ce géant japonais sera représenté à la conférence sur le “seafood hub” qui s’ouvre demain.
Le développement du secteur aidera Princes Tuna à opérer à sa capacité optimale de 250 tonnes par jour, contre 200 tonnes actuellement. Il lui permettra aussi d’augmenter la capacité de stockage de la production.
Dans le domaine de l’aquaculture, un des plus importants opérateurs est la Ferme marine de Mahébourg (voir reportage). Elle produit 500 tonnes de poisson, dont trois variétés notamment Ombrine, Cordonnier et Geuele Pavée.
Elle vend 200 tonnes de poisson frais par an sur le marché local. Le reste est exporté vers Dubayy, Etats-Unis, Suisse et l’Afrique du Sud. Le ministère de l’Agriculture et de l’Agro-industrie s’apprête à développer six autres sites d’aquaculture dans le sillage de l’expérience réussie de la Ferme marine de Mahébourg.
De lourds investissements
Pelagic Process Ltd, est engagée dans la double activité de pêche et de transformation. Elle vient d’acheter un troisième bateau pour s’approvisionner régulièrement en thon, marlin, dorade et espadon. Ses produits, notamment les longes, sont exportés sous vide vers l’Europe.
Mais le seafood hub aurait sans doute du mal à exister et à se développer sans des infrastructures appropriées et essentielles telles que les chambres froides.
Les deux plus importants développeurs dans ce secteur ont été Mauritius Freeport Development (MFD) et Froid des Mascareignes.
La MFD a lourdement investi dans des complexes utilisés aux fins de stockages de produits frigorifiés et secs. Elle dispose d’une capacité de stockage en chambre froide de 10 000 tonnes.
Froid des Mascareignes s’est concentrée sur la construction de chambres froides depuis 1997. Leurs capacités ont été augmentées par de nouveaux investissements. Elles passeront à 11 500 tonnes d’ici la fin de mars contre 7 500 tonnes actuellement.
Actuellement les capacités de stockage en chambres froides des différents opérateurs dépassent les 22 000 tonnes, soit les plus grosses dans cette partie de l’océan Indien.
EN CHIFFRES
Exportations
Les exportations de produits de mer pourraient avoisiner les 120 000 tonnes pour l’année financière 2005-2006, contre 75 000 tonnes en 2004-2005. Elles devraient ensuite passer à 150 000 tonnes pour 2006-2007 avec l’entrée en opération de nouvelles compagnies et les projets d’extension.
Pour l’année 2004-2005, les recettes de la Mauritius Ports Authority en provenance des activités de chargement, déchargement et transbordement de poissons ont totalisé Rs 34 millions. Les exportations de thon et de poisson ont rapporté Rs 1,5 milliard en 2005 contre Rs 1 milliard en 2004.
Emplois
Environ 5 000 personnes sont employées directement ou indirectement dans ce secteur. Princes Tuna et Thon des Mascareignes sont les deux plus grosses sociétés avec un effectif de 2 050 et 1 400 personnes respectivement. Presque un millier d’entre eux sont des Indiens et Bangladais.
La ferme du Grand Bleu, un label écologique
Le terme durable est souvent utilisé à outrance. Les rhétoriciens semblent oublier que les deux principes de base de tout développement durable sont la participation des populations locales et le respect de l’environnement dans sa mise en œuvre.
En employant 70 personnes des villages avoisinants, dont la majorité sont des anciens extracteurs de sable, ainsi que des procédés environnementaux sains, la Ferme marine de Mahébourg est un exemple de développement durable, et notamment d’aquaculture durable.
Mais il ne faut pas non plus s’y tromper. La Ferme, située sur la côte sud-est, à Pointe-aux-Feuilles, n’est pas une entreprise philanthropique. Son approche, dans les mots de son directeur général, Michel Jory, “qualitative forte” est basée avant tout sur des considérations commerciales. Il dresse un parallèle avec l’industrie touristique locale et le label de qualité qu’elle a réussi à créer.
“Notre vision est, et a toujours été, le développement d’une industrie aquacole marine durable à Maurice. Depuis l’origine du produit à ce jour, nous nous attachons à développer une aquaculture durable, c’est-à-dire une aquaculture respectueuse de l’environnement. La qualité de nos produits découle de ce respect de l’environnement tant dans les moyens et les méthodes que nous mettons en œuvre que dans l’environnement où nous opérons. Cet objectif de qualité trouve par ailleurs sa justification d’un point de vue économique. La qualité de nos produits est un atout majeur dans leur commercialisation”, précise Michel Jory.
Ce qui signifie ni organismes génétiquement modifiés, ni antibiotiques dans les aliments, ni traitement chimique des ancres, chaînes, amortisseurs et autres qui constituent les cages flottantes où vivent les poissons jusqu’à maturité. Par ailleurs, continue Michel Jory, les densités d’élevage et les cycles biologiques sont respectés.
Défi technique
Cette approche porte ses fruits. Alors que la ferme marine a commencé ses opérations seulement en 2003, elle a déjà trouvé un marché de choix pour ses ombrines, en l’occurrence New York. Elle exporte hebdomadairement ses produits vers les restaurants de la Grosse Pomme. Ses “gueules pavées”, quant à elles, fournissent aussi bien les hôtels que les supermarchés locaux. “On n’a pas intérêt à se lancer dans la course au cheap avec la Chine”, estime Michel Jory. Il souligne que la beauté du site ne fait qu’ajouter à l’attrait du produit.
Si sa production annuelle d’ombrines et de “gueules pavées” avoisine actuellement les 400 tonnes, elle espère atteindre les 1000 tonnes dans un avenir pas trop lointain. Cet objectif semble d’autant plus réalisable que l’écloserie de la ferme marine produit déjà pas moins d’un million de juvéniles par an ! C’est à travers une augmentation du nombre des cages flottantes, lesquelles accueillent les juvéniles une fois qu’elles ont atteint entre trois et cinq grammes, que Michel Jory compte atteindre la barre du millier de tonnes.
A son écloserie, qui se trouve à terre, et les cages flottantes, qui se situent en mer à trois kilomètres du littoral, la ferme marine de Mahébourg compte bientôt ajouter une usine de Rs50 millions où, comme l’explique Michel Jory, “le poisson sera transformé en produit prêt à cuire”. Cette structure, qui devrait être complétée en septembre de cette année, emploiera entre 300 et 400 personnes et s’occupera, entre autres, du filetage du poisson.
La ferme marine s’est récemment essayée à l’élevage des cordonniers mais cette expérience s’est révélé comme n’étant pas viable. Elle espère toutefois avoir plus de réussite avec le “cobia”. Selon le responsable de l’écloserie, Olivier Daguin, l’élevage de “cobias” représente un “véritable défi technique”. Mais, continue-t-il, le jeu en vaut la chandelle en raison de “la vitesse de croissance” rapide de l’espèce. Des pisciculteurs américains, chinois et japonais ont tous tenté le coup sans réussir à élaborer “un protocole de production stable”.
L’avenir semble donc prometteur pour la Ferme marine de Mahébourg. La barre dorée des mille tonnes, l’expérience des “cobias”, ainsi que l’ouverture prochaine de son usine, sont autant de signes indicateurs d’une entreprise en plein boom. Olivier Daguin personnifie cet optimisme. “Le poisson, c’est une affaire de conditionnement et de présentation. Et cet endroit a un énorme potentiel”.
Les investisseurs en appétit
Voir grand et miser haut. L’objectif fixé par le gouvernement et le secteur privé d’atteindre les 10 000 emplois et des exportations de Rs 10 milliards dans deux ans, est dans les cordes du seafood hub – le seul hub qui ait véritablement décollé.
Avec les nouveaux projets, ceux d’expansion des entreprises existantes entre autres, les nouveaux investissements au cours des deux années à venir vont se chiffrer à environ Rs 1,5 milliard. Ils viennent s’ajouter aux Rs 2 milliards déjà investies dans ce secteur ces dernières années.
D’ici trois mois, quatre compagnies, dont trois étrangères, commenceront leurs opérations dans les complexes de la Mauritius Freeport Development (MFD) à Mer-Rouge. Elles seront dans le traitement du poisson et de thon et la fabrication de produits de mer à valeur ajoutée pour l’exportation. Elles procèdent actuellement à l’installation de leurs équipements.
Parmi elles, on note la MTC Seafood de Malaisie. Elle utilisera le quai (qui sera prêt d’ici fin mars) et les chambres froides actuellement en construction par la MFD pour le déchargement et le stockage de ses produits. Elle aura recours à ses propres bateaux pour la pêche et le transport du thon à Port-Louis. Sa production sera de 600 tonnes de thon par mois.
Casamar (Mauritius), une filiale de la société américaine Casamar, commencera dans deux mois la fabrication de filets de pêche pour des “senneurs” opérant dans l’océan Indien.
Le temps de fabrication d’un filet de pêche est de trois à quatre mois et le prix varie de 700 000 à 800 000 dollars. Casamar (Mauritius) compte produire trois à quatre filets de pêche par an. Elle sera la deuxième filiale de la société américaine dans l’océan Indien, l’autre étant aux Seychelles, opérationnelle depuis une quinzaine d’années.
“Casamar compte une cinquantaine d’années dans la pêche. Son arrivée est un plus car elle va aider à positionner Port-Louis sur la carte du seafood hub”, souligne Geerish Bucktowonsingh, responsable de marketing de Casamar dans l’océan Indien. La direction de Casamar pour la région est assurée par David Fabien, qui est basé aux Seychelles.
Par ailleurs, il y a la Mauritius Chemical Fertilizer Industry (MCFI) qui est à la recherche d’un partenaire pour la deuxième étape de son projet dans le secteur du seafood.
“Cette étape concerne le traitement de poisson. L’investissement est estimé à Rs 500 millions. Pour la première étape, qui concerne la construction de chambres froides, l’investissement sera fait uniquement par la MCFI”, annonce Lloyd Coombes, general manager de la MCFI.
La Ferme Marine de Mahéboug compte quant à elle, sextupler d’ici 2008 ses exportations de poisson frais pour la porter à 3 000 tonnes. Ses investissements incluent la construction d’une usine de conditionnement du poisson frais aux normes européennes. La construction de l’usine a commencé en janvier et elle devra être fin prête en octobre.
La Ferme Marine de Mahéboug pourra proposer du poisson frais en filets, darnes, et barquettes tant pour le marché local que pour l’exportation.
La Seafood Hub Ltée, regroupant Thon des Mascareignes et Froid des Mascareignes, est, elle, en discussion avec une société espagnole pour la fabrication de produits de thon à forte valeur ajoutée. Il s’agira de la mise du thon en pots de verre pour l’exportation. L’autre partenariat concerne le traitement de poisson et de crustacés par une société française. Environ 75 % des actions de Seafood Hub Ltée sont détenues par Ireland Blyth Ltd et 25 % par la société espagnole Etchebastar
La MFD compte pour sa part investir Rs 300 millions pour aménager de nouvelles infrastructures destinées à offrir des facilités aux futurs opérateurs. Une partie de cette somme servira à compléter la construction de son quai.
QUESTIONS À YVES BÉTUEL, ANCIEN DIRECTEUR DE FROID DES MASCAREIGNES
“L’avenir, c’est le poisson, la demande excède l’offre”
● Comment a germé l’idée de créer Froid des Mascareignes (FDM), qui est en quelque sorte le premier jalon du “seafood hub” ?
En 1987, alors que je travaillais chez Taylor Smith, nous avons constaté que le nombre de clients potentiels pour l’entreprise n’augmentait pas. J’ai pensé qu’il fallait trouver autre chose pour les attirer et c’est ainsi que nous avons eu l’idée de créer une chambre froide pour offrir un service additionnel dans la manutention et le stockage de poissons à Port-Louis.
Mais une chambre froide seule ne suffit pas. Nous avons compris qu’il fallait en plus assurer un service impeccable et efficient.
Celui qui vient débarquer son poisson doit pouvoir vous faire confiance. Il doit avoir la tranquillité d’esprit en sachant que ses produits seront correctement manutentionnés et stockés dans des normes optimales de sécurité sanitaire.
Nous avons donc voulu construire une chambre froide et offrir un service aux normes européennes. D’ailleurs, quand FDM est entrée en opération, KGKK qui stockait aussi du poisson mais de manière artisanale, a fermé ses portes.
Un client satisfait revient toujours et il en parle à ses confrères. C’est ainsi que deux ans après l’entrée en opération de FDM, on s’est rendu compte que ce secteur avait un potentiel encore plus important qu’on ne l’avait cru au départ.
Par exemple, on s’est aperçu qu’il y avait des opérateurs qui débarquaient leur poisson à Port-Louis mais qui les réexpédiait ensuite vers la Chine pour la transformation. Nous nous sommes dit que c’était une opportunité à la portée de Maurice. Nous avons les ressources pour transformer le poisson à Port-Louis et ainsi générer plus de valeur ajoutée.
● Mais ce qui était une initiative privée au départ est ensuite devenue une priorité pour le gouvernement et le secteur privé qui veulent en faire un pilier de l’économie…
Effectivement. Voyant le potentiel de ce secteur nous avons approché la Mauritius Freeport Authority (MFA) pour partager notre ambition de créer un “fishing hub” qui pourrait devenir un pilier de l’économie. On ne parlait pas encore de “seafood hub” à l’époque. Finalement la Mauritius Freeport Authority (MFA) et le Joint Economic Council ont vendu cette idée au gouvernement qui n’était pas très chaud au départ.
Les autorités ne voyaient que la pêche sur les bancs qui est une infime partie de la vision beaucoup plus large que nous avons avec en toile de fond l’immense zone économique exclusive de Maurice.
● Aujourd’hui le “seafood hub” a bien décollé et son avenir semble prometteur …
Cela me fait chaud au cœur car enfin notre vision se concrétise. Quand vous avez l’appui du gouvernement les choses vont beaucoup plus vite et plus facilement. Auparavant quand un bateau de pêche arrivait à Port-Louis vendredi après-midi, il fallait attendre lundi pour débarquer le poisson car les services vétérinaires ne travaillent pas les week-ends.
“Le type de partenariat concrétisé par FDM avec des partenaires espagnols est l’exemple à suivre.”
● Les tracasseries administratives perturbent-elles toujours le développement du “seafood hub” ?
La situation s’est grandement améliorée depuis. Mais on peut toujours faire encore mieux. Je ne comprends toujours pas pourquoi les douanes doivent donner leur aval pour le débarquement du poisson qui est duty-free. Le port est un espace clos et il y a déjà un contrôle strict qui est exercé sur les allées et venues.
Je crois que l’esprit de certains fonctionnaires est toujours archaïque. Ils veulent avoir leur mot à dire sur tout et tout contrôler.
Il faut savoir que le “seafood hub” ne génère pas seulement des investissements et des emplois dans les chambres froides et les usines de transformation. Pour chaque bateau de pêche qui touche Port-Louis, le pays récupère des devises étrangères pour l’achat de carburant et de l’approvisionnement des bateaux, les fees des agents et l’argent que les marins dépensent.
● Quel a été le déclic pour le lancement du “seafood hub” ?
C’est sans conteste la création de FDM. Mais il fallait aller au-delà, continuer à grandir et trouver de l’espace pour la transformation du poisson.
Pour développer le “seafood hub”, il faut des partenariats stratégiques avec des entreprises étrangères. Actuellement, Maurice n’a pas la capacité d’aller pêcher du poisson en quantité suffisante. Le type de partenariat concrétisé par FDM avec des partenaires espagnols est l’exemple à suivre.
Il y a encore un potentiel immense à exploiter. Des consultants russes avaient fait une étude sur les stocks d’un type de poisson, le “horse mackerel” ou le chinchard en français. Ils avaient estimé que l’on pouvait en pêcher 40 000 tonnes chaque année sans problème. C’est un poisson très apprécié des Japonais.
● Le fait que Maurice n’ait pas de capacité de pêche est-il une contrainte pour le développement du “seafood hub” ?
Non je ne pense pas. Pour de nombreuses entreprises européennes, c’est un avantage de pouvoir transformer leur poisson à Maurice et d’exporter le produit fini vers l’Europe.
C’est plus facile que de transformer le poisson en Europe. La main-d’œuvre y est difficile à trouver car il y a de moins en moins de gens qui veulent travailler dans ce secteur.
A Maurice aussi, le problème de main-d’œuvre se pose. Les grandes entreprises de transformation – Princes Tuna et Thon des Mascareignes – sont contraintes d’importer de la main-œuvre pour assurer le travail de nuit. Les Mauriciens refusent de travailler la nuit. Mais pour assurer la rentabilité des entreprises de cette taille il faut qu’elles tournent 24 heures sur 24 pour une production de 200 tonnes par jour. On ne devient pas un “seafood hub” avec 20 tonnes de poisson.
● Vous évoquiez plus haut le potentiel immense de notre zone économique exclusive, mais il est un fait que les eaux mauriciennes sont moins poissonneuses que celles des Seychelles par exemple…
C’est effectivement un fait reconnu. C’est pour cela qu’il faut un concept régional. Les pêcheurs étrangers exploitent les eaux seychelloises mais ils envoient leurs prises en Europe pour y être transformées. C’est là que Maurice a une belle carte à jouer. Transformons le poisson seychellois à Maurice.
Le roi des produits de mer en conserve, Bumble Bee, utilise Froid des Mascareignes et Thon des Mascareignes pour transformer son poisson. Ce client américain représente un volume de 30 000 tonnes environ.
Il y a quelques années Maurice ne récupérait que 50 000 tonnes de poisson pêchées dans les eaux seychelloises. Aujourd’hui ce volume a doublé à cause de Thon des Mascareignes et de Princes Tuna. Je pense qu’il y a de la place pour une troisième usine de transformation.
Mais pour attirer du business, le gouvernement devrait élaborer un package d’incitations attrayantes. La baisse des frais portuaires en est une.
On peut aussi offrir la garantie que tous les bateaux de pêche peuvent faire le plein en carburant à Port-Louis et même à meilleur marché qu’ailleurs pour ceux qui débarquent du poisson dans notre port.
“Nous avons en face des concurrents sérieux comme Taïwan. C’est pour cela que j’insiste qu’il nous faut du volume et de la qualité.”
● Avec les prix actuels du pétrole pensez-vous qu’une telle mesure soit réalisable ?
Bon, le gouvernement perdrait peut-être un peu d’argent mais pour réaliser des gains plus importants pour l’économie.
● L’avenir, c’est le poisson…
Tout à fait. Il y a eu une surexploitation des ressources dans les eaux européennes et dans une partie du pacifique. Ces pays ont donc eu à réduire l’effort de pêche, et l’offre en poisson est donc réduite également mais la demande est plus forte que jamais.
Toutes les données techniques montrent que les stocks de poisson dans l’océan Indien sont suffisamment importantes pour une exploitation à grande échelle.
● Il y a donc une réelle opportunité mais aussi une menace. Le marché européen va s’ouvrir en 2008…
C’est vrai et nous avons en face des concurrents sérieux comme Taïwan ou les Philippines. C’est pour cela que j’insiste qu’il nous faut du volume mais aussi et surtout de la qualité. Même si un produit est un peu plus cher, il trouvera toujours preneur s’il est meilleur.
● Et l’aquaculture, vous y croyez ?
C’est un secteur qui a un potentiel énorme mais il nécessite des investissements conséquents. Il faut avoir un partenaire étranger qui s’y connaisse car on ne s’improvise pas éleveur de poisson. Avec le manque de poisson au niveau mondial, de nombreux pays se sont lancés dans l’aquaculture à grande échelle.
Avec l’aquaculture, on peut exporter le poisson tel quel mais il serait mieux de le transformer avant et d’exporter un produit fini. Les déchets de poisson ont aussi une valeur économique et peuvent être utilisés pour la production d’aliments pour animaux. A Maurice, on a commencé à produire de la nourriture pour animaux à partir de déchets de poisson et de poulets.
Menace sur le thon en conserve
La plate-forme de pêche de Port-Louis semble prometteuse et en pleine expansion. Toutefois, une ombre plane sur ce secteur.
Encore une fois, la menace vient de Genève, le quartier général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les exportations de conserves de thon de Maurice vers le marché européen bénéficient actuellement d’un accès préférentiel. Les boîtes de thon mauriciennes sont exemptées des droits de douane qui s’élèvent à 24 %, ce qui représente un avantage compétitif au niveau du prix par rapport à nos compétiteurs qui doivent payer les droits de douane.
Dans le cadre des négociations à l’OMC, l’Union européenne (UE) et le groupe Afrique, Caraïbes, Pacifique avaient réclamé une dérogation concernant la compatibilité de l’accord de Cotonou avec les règles de l’OMC. La Thaïlande et les Philippines entre autres, s’y étaient opposées.
Mais pour les apaiser, l’UE leur avait accordé un quota d’exportation de 25 000 tonnes de conserves de thon qui est frappé de 12 % de droits de douane jusqu’en 2008 uniquement.
Mais pour les spécialistes des négociations à l’OMC, le Doha round devra avoir été conclu avant 2008 et il y a fort à parier qu’il y aura une réduction substantielle des droits de douane sur les conserves de thon. Prices Tuna, la seule conserverie de thon en opération, aura à se battre pour rester compétitive malgré la baisse des droits de douane pour nos compétiteurs. Comme pour le textile, la solution sera d’évoluer vers le haut de gamme.
Repère
Le succès de l’industrie est le fruit d’un partenariat public-privé. Avec pour résultat qu’elle s’apprête à passer à une étape supérieure de son développement pour devenir un des principaux piliers de l’économie.
Début 1990. Tout commence avec la création du port franc. Des développeurs, à l’instar de Froid des Mascareignes et Mauritius Freeport Development investissent massivement dans la construction de chambres froides conformes aux normes européennes. Port-Louis devient une plate-forme de transbordement du poisson. Le projet de la Mauritius Freeport (2002-2005) de faire de Maurice un “world class seafood hub” se concrétise.
Fin 2003, le Joint Economic Council fait de la création d’un seafood hub une priorité à l’agenda économique du pays. Les bases sont jetées pour un développement accru de ce secteur.
Ce partenariat aboutit à l’établissement par le gouvernement et le Board of Investment d’une série de mesures incitatives aux investisseurs : incitations fiscales, dividendes non taxables, exemption de droits de douane et de taxe à valeur ajoutée sur tous les produits importés dans les zones du port franc, accès au marché local, réduction des frais de manutention portuaire, accès aux facilités bancaires offshore, contrôle à 100 % des sociétés par des investisseurs étrangers et libre rapatriement des profits.
Les lourdes barrières administratives sont enlevées et un one-stop shop est créée sous la tutelle du ministère de l’Agriculture pour faciliter les démarches des investisseurs et des opérateurs.
L’expérience de la main-d’œuvre, la qualité des infrastructures du port et du port franc, les facilités de communication par air et mer et la proximité relative de Port-Louis avec les zones de pêche sont les atouts du pays.
Les économies pouvant être réalisées par des sociétés étrangères dans le traitement du thon en coûts de transport et de production sont assez conséquentes.
Sans compter que les 1,9 million de km carrés de notre zone économique exclusive, riche en espèces de poisson pélagique et “démersal”, n’ont pas encore été entièrement exploités.
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