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Le village de la rivière profonde

11 avril 2006, 00:00

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Deep-River, patelin limitrophe d?Olivia et de Bel-Air-Rivière-Sèche, recèle la rivière la plus profonde du pays, mais aussi une tranche d?histoire de l?industrie sucrière à ses premiers balbutiements. Le temps semble s?y être arrêté. Aujourd?hui encore, on se la coule douce loin du stress de la modernité.

La rivière est devenue légendaire, une destination incontournable au fil des années. Perchés sur le pont qui la surplombe, les visiteurs ont une vue imprenable, celle que les artistes aimeraient coucher sur toile. A cet endroit, ils sont aussi transportés par le doux bruit du ruissellement de l?eau.

Un fleuve comparé à beaucoup de rivières du pays, elle s?étend jusqu?à l?infini. De gigantesques manguiers se dressent sur les berges pour former une allée. La surface de l?eau est lisse et d?un vert opaque. Des signes, pour les habitués, d?une grande profondeur.

?La rivière la plus profonde de Maurice rejoint la rivière de Grande-Rivière-Sud-Est, qui est la plus longue du pays, avant d?atteindre l?embouchure?, explique notre guide, Dayanand Moteeram, 62 ans, président du village et du centre social. Rude travailleur social, qui s?est fait élire à cinq reprises aux villageoises depuis 1976, il est aussi un témoin privilégié de l?histoire du village et du développement qui y est survenu.

Moteeram confirme qu?en certains endroits, la rivière est insondable. Il se réfère surtout au bassin communément appelé Mackintosh ?ki pena profonder? et nous indique l?endroit où il y aurait un tourbillon ?qui happerait son homme telle une proie?.

Même les nageurs les plus téméraires n?oseraient pas s?y aventurer. Les habitants se souviennent encore de deux cas de noyade. Il y a deux ans, le malheur a frappé un proche de Moteeram. ?Mon beau-père, Ramchandar Babeea, âgé de 64 ans, se trouvait sur la berge lorsqu?il a glissé et est tombé dans l?eau. Il n?a pu s?en sortir?.

Moteeram relate également le premier cas de noyade, celui d?une dame connue sous le nom de Sakara, survenu il y a trente ans. ?Elle faisait la lessive et s?est noyée en secourant son enfant.?

Le dernier train de la sucrerie

A quelques mètres de la rivière, se trouve l?entrée de l?ancienne propriété sucrière. Le sexagénaire y a travaillé pendant 37 ans comme chauffeur. Après avoir traversé un camp sucrier où vivent encore une quinzaine de familles, Moteeram nous montre des reliques qui racontent l?histoire de l?industrie sucrière à ses débuts. Le dernier train qui transportait autrefois des chargements de cannes et un vieux moulin de cannes sont toujours conservés. Les anciens bureaux administratifs aussi n?ont pas été démolis.

La vie des habitants ? employés de bureaux, planteurs de légumes ou laboureurs sur la propriété ? est indissociable de la rivière. On y pêche encore le goramier que les gérants de pet shop commercialisent aujourd?hui comme poisson d?aquarium en raison de sa rareté dans le pays. Elle est aussi lieu de prière et de pique-nique en famille. ?A part le goramier, que j?ai acheté récemment à Rs 100 la livre, on y pêche aussi des anguilles, des camarons, des tilapia et des chevrettes?, confie Moteeram.

Le président du centre social est satisfait de l?évolution de son village. ?Avant, il n?y avait pas de routes, mais seulement des voies ferrées. Nous allions à pied à Bel-Air-Rivière-Sèche et d?autres villages avoisinants. Aujourd?hui, nous sommes mieux lotis. Les routes viennent d?être refaites et le village est doté d?un centre social renové, d?un terrain de volley-ball, d?un boulodrome et d?un jardin d?enfants, en sus d?autres facilités disponibles au village hall d?Olivia auquel Deep-River est rattaché?.

Texte et photos : Anil RAMESSUR

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