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Le verre de trop...

11 septembre 2004, 20:00

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Les yeux baissés, Zara, 17 ans, avoue d?une toute petite voix qu?elle boit. Elle boit pour oublier qu?elle a « ene la vi dan b? », qu?elle a dû arrêter le collège parce qu?elle doit aider sa mère à nourrir ses cinq frères et s?urs. Son père a déserté le toit conjugal voilà plus d?un an.

Zara a du mal à se livrer : les mots, qui franchissent difficilement ses lèvres, sont suivis de longs moments de silence. Dur d?admettre que l?on est alcoolique. Depuis peu, la jeune fille est en cure de désintoxication, et elle est suivie également par une psychologue. Mais la route à suivre est longue?

Bon nombre de jeunes filles boivent, mais ne se considèrent pas comme alcooliques. Se sentir bien dans sa peau, avoir plus d?assurance, être in? autant de raisons qui les poussent à boire. Surtout quand elles sortent en boîte. Mais il suffit d?un rien pour que la machine infernale démarre. Et que s?installent dépendance? et déchéance.

Mellie, 18 ans

Je bois quand je sors. Cela me donne un sentiment de liberté et de l?assurance. Plus je bois, plus je perds mes inhibitions. Je me sens alors euphorique et sexy. Mais je ne me considère pas comme une alcoolique.

Je ne bois pas tous les jours, mais juste quand je vais en boîte. Il m?est arrivé une fois d?être complètement saoule. J?avais bu tequila sur tequila pour le fun, et pour voir combien on pouvait en boire mes copines et moi. Au bout de huit verres, je ne comprenais plus rien. J?ai vomi quand je suis rentrée chez moi. Ça a été une mauvaise expérience. Depuis, je m?arrête quand je sens que je vais être malade. Je crois qu?un verre d?alcool ne fait pas de mal, mais il ne faut pas en abuser, c?est tout !

PSYCHO

La princesse à la gueule de bois

Il était une fois une jeune et jolie princesse qui s?ennuyait dans son grand palais d?argent. Elle errait à travers les innombrables couloirs du château lorsqu?elle se retrouva nez à nez avec un miroir magique. « Oh Miroir Magique, je ne sais que faire dans ce palais, n?aurais-tu pas une idée qui saurait me distraire ? », demanda la princesse. « Il existe une potion qui changera ta vie en plaisir, veux-tu goûter à cet élixir ? », lui susurra le miroir. Notre princesse accepta.

Dès ce jour, sa vie bascula et cet ennui se changea en une succession de plaisirs et d?ivresses éphémères. De fêtes survoltées en programmes pour met nissa, la princesse perdit peu à peu sa beauté. Le maquillage ne parvenait plus à masquer ses traits tirés et son teint cireux, ses belles toilettes se changèrent en haillons bigarrés. Des princes mal intentionnés guettaient ces moments pour l?attirer loin des regards indiscrets afin de profiter de son corps, l?exposant ainsi à la maladie du siècle et aux grossesses.

L?excitation et l?euphorie cédèrent la place au ralentissement, à la fatigue. La princesse devenait incapable de se concentrer, était de plus en plus sujette à des pertes de mémoire. Ses études, autrefois brillantes, s?effondraient au fil du temps. L?entourage royal s?inquiétait de ses brusques changements d?humeur, de ses excès de violence. Elle se repliait sur elle-même, s?enfermant dans sa chambre où son unique occupation était de succomber à l?élixir. Diverses maladies attaquèrent son corps.

« Que m?arrive-t-il ? », se demandait la princesse. Son amour pour la potion avait aveuglé son jugement. Elle réalisa enfin dans quel piège elle était tombée. La princesse décida donc d?arrêter de boire. Toutes les bouteilles de potion furent détruites. Apparurent alors des douleurs atroces, ses mains, son corps entier, étaient secoués de tremblements qu?elle ne pouvait contrôler. Notre gracieuse princesse vomissait, transpirait, à longueur de journée. « Il ne me reste qu?à mourir, ma vie ne vaut plus rien », se lamentait notre pauvresse.

Un soir de calvaire, elle se traîna jusqu?au miroir magique.

« Oh Miroir, vois ce que tu as fait de moi ! » Le miroir riait :

« Tu es la seule à avoir fait le choix de goûter à cet élixir, je ne t?ai pas forcée ! Les raisons pour lesquelles tu y as cédé en valaient-elles seulement la peine ? »

Tromper son ennui, succomber à la curiosité, l?incapacité à résister à la pression, le manque de confiance en soi, oublier ses problèmes peuvent pousser les jeunes filles, telle la princesse, vers l?alcool, porteur de fausses promesses.

Avoir besoin de boire pour s?amuser, pour oublier, ne pas pouvoir s?arrêter lorsque l?on a commencé, laisser tomber ses activités, signifient qu?il y a déjà un problème. L?alcool ne cache rien, sauf soi-même.

Sabrina PUDDOO, psychologue

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