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Le ver dans le fruit
Les différents ministres, en cette fin d?année, se bousculent pour se délivrer des satisfecit. Ils sont, en effet, tous heureux de l?action entreprise jusqu?ici. Et, pour être bien à la hauteur du modèle premier-ministériel, ils se font même le devoir d?émettre quelques critiques et énumèrent les avenues où il leur reste encore du travail à effectuer. A égrener le chapelet de leurs réalisations, on a l?impression de vivre dans une île Maurice prospère. La vérité est plus nuancée.
On a, en fait, vacillé durant toute cette année entre des signaux qui un moment tournaient au rouge, avant de passer à l?orange l?instant suivant. C?est dire à quel point on est resté dans l?aléatoire à bien des égards. Le gouvernement a légitimement le droit et politiquement le devoir de se montrer content de lui-même. Mais après ces quatre années de gestion MSM-MMM, il est évident que l?évolution du pays a changé de paradigme.
Quand on écoute un Sushil Khushiram évoquer les nouveaux processus mis en place dans les secteurs financiers, par exemple, on distingue clairement la mutation. Même un Rajesh Bhagwan peut se targuer d?avoir imposé l?environnement comme une des préoccupations majeures du pays. D?autres gouvernants encore, peuvent se vanter d?avoir créé de nouvelles impulsions dans leur secteur d?intervention. Même avec un ministre transparent, le secteur des nouvelles technologies de l?information a fait un bond considérable. La dynamique de modernisation est bien réelle.
En fait, après des années 80 et 90, durant lesquelles le processus d?industrialisation a été poussé à son paroxysme, nous sommes passés en ce début de siècle au régime de modernisation. Ainsi, ces dernières années, il a surtout été question de la survie des secteurs traditionnels qui composent l?édifice de notre système économique. C?est l?enjeu majeur. Et les responsables du gouvernement peuvent se montrer irrités devant la critique de ceux qui trouvent qu?ils ne font pas assez d?efforts ou qu?ils manquent d?imagination.
Or, c?est bien de cela qu?il s?agit : de manque d?imagination. Quelque part, nous avons puisé toutes les possibilités et ressources des secteurs textile-habillement, touristique, sucrier? Ce qui faisait notre force, c?était un modèle de gestion adapté aux pays en développement. C?est-à-dire, aux pays qui appliquent rigoureusement les enseignements prodigués par les organismes du capitalisme mondial. Sans faire de l?anti-mondialisation primaire, il importe toutefois de faire remarquer que ce modèle atteint sa perfection non en faisant du «fire fighting», mais en s?inscrivant résolument dans la logique de l?inventivité et de l?innovation. Dans la logique de la modernisation, nous serons toujours un Etat qui fait une honorable performance comparativement à certains pays africains ou d?autres Etats insulaires. Mais, dans la logique de l?innovation, nous sommes très loin des pays comme Dubayy ou Singapour.
Ces derniers pays ont réussi là où nous n?avons jamais rien osé. Ils ont interrogé leur mode de vie, la mentalité de leur population et leur imaginaire social. Ils ont fait la guerre aux corporatismes. Ils ont défié le conservatisme. Ils ont réinventé leur nation. Bref, ils se sont montrés ambitieux.
Alors, en cette période de fin d?année et à quelques mois des prochaines législatives, des choix sont à faire. Ni l?alliance MSM-MMM ni l?opposition travailliste n?ont jusqu?ici esquissé un projet qui soit à la hauteur de cette nouvelle ambition. Ils sont tous dans la logique de la modernisation. Personne n?est dans celle de l?imagination. C?est un fait. Et c?est dit dans des termes les moins discourtois qui soient !
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