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Le trognon et les tartuffes

24 avril 2004, 20:00

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Les députés s?échauffent et les esprits chagrins poussent aussitôt des cris d?effroi de pucelles effarouchées. Je les entends d?ici ces Tartuffe de l?honorabilité, toujours à l?affût du moindre écart parlementaire. Non mais dites-moi un peu : qu?est-ce qu?on ferait si les représentants du peuple se mettaient brusquement à être courtois ? Pas la moindre petite phrase assassine à se mettre sous la plume, pas la plus petite « gentillesse » envoyée avec tant d?élégance, à répercuter avec un malin plaisir. Les comptes-rendus de l?assemblée, qui sont déjà suffisamment rébarbatifs à lire, deviendraient à coup sûr des pensums à endormir l?insomniaque le plus coriace.

Nos conversations de salon se transformeraient vite en causeries mortellement assommantes. Alors pour une fois, soyons honnêtes ! ça nous arrange bien quand ils dérapent, non ?

Il est clair que les insultes n?ont jamais mené nulle part et qu?elles n?élèvent pas un débat. Il est clair également qu?elles déshonorent ceux qui les professent et qu?il y a des limites qu?il vaudrait mieux ne pas dépasser. Mais qu?on le veuille ou non, elles ont toujours fait partie du show démocratique. On peut le déplorer, mais c?est un fait. Dans tous les parlements du monde, les échanges entre députés sont virulents, surtout à l?heure des questions et plus encore si la télévision est présente. Comme par hasard ! Tout le monde sait aussi que le gros du travail parlementaire se fait, non pas dans l?hémicycle, mais dans les commissions et sous-commissions. Alors est-ce si important ? Comme dit le proverbe populaire, « la bave du crapaud n?atteint pas la blanche colombe » ! Mais sommes-nous de blanches colombes ?

Ce que l?on peut regretter en revanche, c?est le nivellement par le bas. Il se peut qu?autrefois, les députés aient eu de l?esprit et un sens de l?humour plus développé, en un mot aient été plus inventifs, pour ne pas dire cultivés. Et que leurs diatribes relevaient plus de l?exercice intellectuel et de la figure de style que d?onomatopées éructées par des hommes des cavernes.

L?insulte est au discours, ce que le trognon est à la pomme. C?est ce qui reste quand il n?y a plus d?arguments.

Le vrai problème, ce n?est pas la grossièreté, mais l?absence de débats d?idées. C?est là que se situe la vraie injure à l?intelligence humaine dans tout ce qu?elle peut avoir d?honorable. Tout le reste n?est qu?épluchures.

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